ACADEMIE DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. ^ S^g6/.•B.r. ACADEMIE DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. ^g>^g^^t>^g*^^^^1f\g^^S^ SEANCE PUBLIQUE DU 2.3 AOUT l823, DIJON, FRANTL^; IMPRIMEUR DU ROI ET DE L'ACAD]EMtE. 1824. ACADEMIE DES SCIENGES, ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. SEANCE PUBLIQUE DU 23 AOUT l823. •#".*■ vyj^vr***^^'^*' iVj.» DuRANDE , Chevalier des ordres de Saint-Michel et de la Legion d'lionneur ^ President , ouvre la seance et dit : Messieurs, Alors qu'nne eloquence sublime prete son: langage a ces principes immuables qui assu- rent la paix des Etats et le repos des peuples , a ces verites eternellesqui consolent le mal- heur par I'esperance et font des portes du tombeau le seuil de Timmortalite ; tout ce qui existe dans une cite , d'hommes recom- inandables par les vertus et le savoir, d'hom- mes distingues par la naissance , le rang et (6) les places , accourt a la voix de cette Elo- quence persuasive , et s'empresse d'ennoblir son triomplie par ses suffrages et ses applau- dissemens. Heureuse de cette pensee , TAcademie de Dijon se felicite, Messieurs, de votre reunion dans ce sanctuaire des Muses, bien persuadee que vous y rendrez lioinmage au merite dis- tingue d'hommes de lettres , qui , sur une question du plus haut interet , se sont dis- pute avec un rare talent la palme de la vic- toire. Vous, Messieurs, qui formez I'elitede cette cite fidele , vous qui vous glorifiez de voir places a votre tete de vaillans guerriers, ve- ritables modeles de la chevalerie et de la loyaute frangaise ; Des Magistrats non moins integres qu'e- claires ; Des Administrateurs devoues a leur patrie comme a leur Prince , et dont les lumieres sont Tornement d'un Trone, qui, riche de toutes les vertus , aime a s'entourer de tous les talens ; Un Prelat qui , par son merite et sa sagesse, vous rappelle les beaux temps de I'Eglise 3 Qui mieux que vous , Messieurs , pent ap- precier ce que le genie acquiert d 'illustration (7) ^ el de grandeur , lorsqu'il se consacre a la meditation et au developpement des saines doctrines ? ! C'est done a vous qu'il appartient plus spe- cialement de reliausser , par vos suffrages , i'eclat des bons ecrits 5 et leur decerner en votre presence la palme du genie , c'est ho- norer le triomplie d'un nouveau merite. En ce jour. Messieurs, dont nous vous devons la solennite, quelle satisfaction pour nous de pouvoir sous de semblables auspices celebrer I'amour des sciences et des lettres; les montrer , grace aux efforts de nos con- currens, dans toute la plenitude de leur puis- sance ; les embellir des temoignages de re- connoissance offerts a ceux qui pendant le cours de I'annee derniere ont honore cette Societe du fruit de leurs veilles et de leurs travaux ; enfin , vous rendre un compte suc- cinct et fidele de ceux qu'a leur exemple ont entrepris Messieurs les merabres de cette Academie , toujours animes du desir de se rendre utiles a leur pays et a I'liumanite. C'est vous dire , Messieurs , que leurs tra- vaux , fruits d'une sage et judicieuseobser- • vation , reposent constamment sur des fails , et non sur des theories abstraites , des recher- (8 ) clies inutiles , des sous-divisions h rinfini ,' enlin sur des mots vides de signification , qui surchargent la memoire et entravent I'etude des sciences sans ausmenter leurs richesses , sans rien ajouter a leur celebrite. Certes, il est glorieux de pouvoir etendre la sphere des connoissances huniaines j niais cette sphere a ses limites, et quiconque ne sait pas les respecter , ecoute moins I'interet de la science , que I'amour des innovations tou jours dangereux , on le desir ardent de se creer une reputation. On ne sauroit trop le repeter, les sciences n'acquierent et ne se perfectionnent que par la recherche des faits , par I'utiiite des de- couvertes^ et il est rare que des ecrits qui s'ecartent de cette route , soient scelles du 8ceau de la verite. La nature , Messieurs , est si magnifique dans son ensemble, si simple dans ses moyens, si uniforme dans sa marche, qu'on doit de- sesperer de trouver ses confidens et ses in- terpretes dans ceux qui ne voient en elle que des mots et non des choses , dans ceux qui ne lui connoissent d'autre genre de ri- chesses que des nomenclatures ou des syno- nymies. Encore s'ils ne faisoient qu'enlever k la science cette simplicite aimable qui la (9) rend pleiiie de cliarmes et de verite ; mais avec eux la lumiere se perd dans cette mul- titude de sous-divisions , dans ce f'atras de mots insignifians et barbares ; et semblable a ce beau ciel dont d'epais nuages nous de- robent I'eclat, craignons que leur sphere no se couvre enfin d'une obscurite profonde , et que bientot il n'existe plus pour les scien- ces , ni mensonge , ni verite. Par quelle fatalite se fait-il , Messieurs , que ce bouleversement des idees , que cette alteration des principes et des choses se fasse egalement remarquer dans la carriere des lettres ? L'esprit humain s'est done egare dans toutcs ses conceptions , et I'empire des sciences et des lettres n'a pas moins souffert du syste- me des innovations , que la paix des Etats et la f'elicite des peuples. Depuis qu'on deverse le ridicule sur cette simplicite de moeurs , lidele amie des douces affections de I'ame ; Depuis que I'urbanite semble exilee du cercle du monde ; Depuis que la delicatesse et I'amour du bien ont cesse d'etre en honneur parmi les liommes , et que I'encens prodigue ses par- funis au temple de Plutus 3 ( 10 ) Depuis que Tegoisine et ramLltlon ont pris la place de ces sentimens eleves qui falsoient de riiomme I'image de Dieu , on ne retrouve plus dans les ecrlts du jour ces affections ten- dres et delicates , que peignoient si bien les anciens , et dont I'heureuse expression fai- soit couler de douces larmes. Faut-il accuser de ce changement les mou- vemens politiques, qui presque toujours en- trainent apres eux la rudesse et I'aprete , ou la crainte qu'auroient eue nos litterateurs , que la sensibilite ne fut usee par les desas- tres des revolutions? Et de laseroit nee cette opinion si funeste par ses resultats , que cliez line nation devenue plus avide d'emotions violentes que de I'amour du vrai , il falloit cherclier dans le charme de I'illusion , dans I'exageration des recits, quelquefois meme dans des situations outrees, le moyende fixer I'attention et de captiverles suffrages. Triste sort de la plupart des ecrivains du siecle, qui ont immole leurs talens sur I'autel de I'interet , et trahi cette verlte , qu'on ne trouve pas plus la beaute ou regne I'affecta^ tion , que la tendresse ou regne I'art. Plus d'une fois, etouffant leur genie en partageantnos discordes , quelquefois meine le deshonorant par vine vile complaisance , ( 11 ) lis ne s'aper(^oivent point, ces ecrivains am- bitleux , qu'ils enchaiiient la pensee en la faisant plier sous le joug de I'ausses doctri^ nes , et qu'ainsi ils entravent le merite. Oui, Messieurs , il ne fleurit que dans les rangs d'une noble independance ; et tels ecrits qui pouvoient etre pleins de force et de verite, ont ainsi trompe I'espoir d'une nation gene- reuse, qu'on reconnoitra toujours a son res- pect pour le genie , a son admiration pour la gloire. Devons - nous encore mettre au nombre des causes de ce desordre litteraire le delire de la nouveaute , qui nous fait rechercher avec tant d'avidite, accueillir avec tant d'en- thousiasme la litterature etrangere, quoique souvent elle ne presente , du moins sous le rapport tlieatral , que des situations contre nature , et qu'elle etonne I'esprit sans emou- voir le coeur? Mais ne nousy trompons pas, Messieurs; ia cause la plus puissante de notre decadence litteraire , nous devons la chercher dans le mepris des saines doctrines, dans I'oubli des verites eternelles. II n'est qu'une morale douce et pure qui pulsse donner a la voix de I'liomme I'accent de la noblesse et de la veiite. II n'est qu'une religion sublime quipuisse embraser les cocurs du feu des Yertus , faire sentir a I'lioinme toute sa dignite , Telever aii-dessus de lui-meme, et lui inspirer ces pensees graiides et genereuses que ne sauroit trouver une imagination fletrie par des prin- cipes pervers, par des idees de materialisme, et par cela seul frappee de froideur et de sterilite. Ainsi , Messieurs , lorsqu'un Gouverne- ment se desorganise , tout perit avec lui ; moeurs, institutions, vertus, meme les scien- ces et les lettres, nos plus douces compagnes, et toujours nos plus fideles amies. Sans doute au peuple fraiK^ais , il ne falloit rien moins qu'une revolution des plus sub- versives, pour bouleverser les idees et chan- ger les coeurs. Sans doute il seroit moins penible de pou- voir attribuer cette decadence litteraire a I'in- fluence du genie imitatif j lacause seroitmoins blamable ; mais Teffet n'en seroit pas moins funeste a notre litterature. De meme que cliaque peuple a un carac- tere et des moeurs qui lui sont propres , de meme chaque peuple a son esprit et son ge- nie 5 et a moins qu'il ne veuille cesser d'ap- partcnir k lui-mOmo , il doit cii conserver ■ ( i3) BOigneusement et le type et le mode d'ex- pressioHi Ainsi abandonnons ces llttdratures etran- geres, dont la plupart ne produisent que des emotions passageres, ets'insinuent dans Tame sans pouvoir se flatter et du don. du souve- nir et du merite de la persuasion. Dans les conceptions de I'esprit , comme dans les mouvemens du coeur , soyons tou- jours Francais. Ce nom ne deserta jamais les drapeaux de la valeur 5 que sera-ce aujour- d'hui qu'il apparoit sous un nouveau genre de gloire , en usant du succes de ses armes, non pour opprimer et s'agrandir , mais pour reconcilier une nation avec les principes d'or- dre et de justice , et ramener dans son sein le bonheur et la paix ? Que sera-ce aujourd'hui qu'il peut em- bellir ses lauriers , et des vertus de ses Rois, et de ces souvenirs de grandeur qui nous reportent naturellement a ce beau siecle de Louis XIV, ou le guerrier trouve tant d'ele- mens d'illustration et d'liero'isme; I'homme de lettres , tant de modeles de grace et de bon gout, tant d'exemples du sublime et dubeau. Mais de nos jours ou de nouveaux prodiges doivent enfanter de nouvelles gloires , ta- clions de fiaire revivre les epoques brillantes ( M) _ de Pericles et d' Augusta 5 f'aisons plus , pre* nons pour modeles ces lyres majestueuses qui donn^rent tant d'eclat au grand slecle. EUes seules sont diaines de transmettre a laposterite I'dre nouvelle du nom fran^ais. Sur>tout n'ecoutons point certains esprita qui osent reprocher aux poetes de cet age , de n'avoir su ni interroger , ni connoitre la' nature. Ignoroit-il la nature, ce sublime CornelUe, qui avoit puise dans Tite-Live son ame de Roniain ? Ignoroit-il la nature, cet immortel auteur d'Athalie , qui reveloit jusqu'aux secrets les plus caches du coeur liumain , en les parant des couleurs enchanteresses de Virgile ? C'est en marchant sur les traces de ces grands hommes , que la litterature fera re- vivre dans ses ouvrages cette delicatesse de goiit , cette elevation de caractere , qui sont le propre du genie f'ran^ais , et qui joignent a I'amabilite du style , la purete des penseee et I'eloquence du sentiment. 11 resulte de cette digression , Messieurs , qui par del'aut de temps n'est qu'un aper^u, que depuis quelques lustres les sciences et les lettres ont subi de grands changemens 5 que dans la carriere des sciences naturelles. ( i5 ) on s*est plus occupe de I'liistolre des motSj,^ que de la recherche et de la connoissance des f'aits ; que dans la litterature le gout et les graces ont beaucoup perdu de leur in- fkience , et qu'on n'y retrouve qu'imparlki- tement le beau et ie vrai , le grand et le su- blime 5 et ce malheur , nous devons double- nient le deplorer, puisque nous en trouvons la cause dans le discredit des saines doctri- nes , dans ralfoiblissement des croyances re- ligieuses , source premiere de ces affections nobles et genereuses , qui font de I'liomme, selon ses diverses positions, Tappui du mal- heur ou le vengeur de I'oppression, le heros de la victoire , ou I'oracle de Thumanite. Heureux , Messieurs , si I'opinion que je viens d'emettre a quelques droits a votre bienveillance ! Mais redouter la decadence des lettres, et desirer pour les Frangais tons les genres de gloire , c'est sans doute par- tager vos craintes et prevenir vos voeux 5 car en tout ce qui est de gout et de convenance, on retrouve toujours vos pensees et vos sen- timens. Oui , Messieurs , vous abhorrez le faux talent qui ne s'eleve que sur les debris des doctrines et des moeurs 5 mais vous honorez de votre estime cette douce eloquence , la ( i6 ) compagne du gout, Tamie de la societe, \es delices du monde ', vous f'aites plus , Messieurs, vous enviroiinez d'eloges et de respect cette eloquence divine qui par la majeste de son langage , par la verite de ses pensees , im- prime dans le coeur de I'liOmme un caractere sacre d'honneur et de religion , I'eleve au- dessus des foiblesses humaines, et conserve dans toute leur purete ces sentimens d'amour pour son Dieu et son Roi , rempart inexpu- gnable contre la corruption du si^cle , le mepris des lois et la contagion de Panarchie.' Que les lettres soient ainsi rendues a leur ve- ritable destination, alors ellesrenaitrontdans toute leur purete j alors elles reparoitront sur la scene du monde accompagnees de tout leur eclat ; et le laurier d'ApoUon , de nou- veau vivifie , couvrira de son ombre tutelaire le beau sol de notre France. Alors les Muses , depuis long-temps in- quietes et silencieuses , s'empresseront de relever leurs autels^ elles y publieront avec pompe , le trioinphe de nos armees , la bra- voure de leurs chefs , et Fineffable bonte de notre auguste Monarque. Leurs pinceaux s'animant d'une nouvelle energie, elles nous niontreront, sous les traits (17) d^tin seul , les vertus et lapiete, la bienfai- sance et Fheroisme, la bonte et la grandeur* Permettez-moi , Messieurs , de vous taire un nom que vos coeurs vous revelent. Lisant dans tous les cceurs fran(^ais j ces divinitesdu genie feront encore retentir ieurs temples de nos chants d'alegresse , de nos expressions d'amour et de respect pour le digne heritier du Tr6ne. Ces chants triomphateurs , puissent-elles les faire entendre en ce jour de fete dont I'aurore va bientot paroitre ', en ce jour , qui seroit le corable de la felicite , si ralliant tous les Frangais sous le panache de I'honneur , il n*en formoit plus qu'une seule et meme famille etroiteraent unie et par les liens d'une Religion toute chre- tienne , et par les memes sentimens d'amour pour le Roi et pour la patrie. Quel sujet d'attendrissement et de joie , et qu'alors il seroit facile de celebrer dans toute la plenitude du bonheur , et la bra- voure de nos guerriers , et les hautes desti- nees de la France, sur ce berceau cheri , oh se trouvent reunis la consolation de tant de maux , et le doux espoir du plus glorieux avenir ! % COxMPTE RENDU HE I.'aCADE1MIE DES sciences , ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. PARTIE t)ES SCIENCES. ANNEES 1822 ET l823. ? qu'il ajouta a son traitement les frictions de clilore etendu d'eau. Tant d'opiniatrete dans la violence du mal, tant d'inefiicacite dans les remedes employes, lirent soupconner k M. Salgues que I'exal tac- tion morbide de la sensibility cutanee jouoic le premier role dans cette affection , et qu'eu consequence tons les remedes stimulans etoient contre-indiques. Ce fut alors qu'il sentit la necessite d'abandonner ces remedes, et deleur substituer les corps emoHiens et les preparations d' opium. 3 ( 34 ) II prescrlvit au nialade de se frictionncr tons les jours avec la liqueur connue dans ]es pharmacies sous le uom de baume tran- nuille , auquel il f'aisoit aj outer une once de laudanum par quatre onces de baume. De plus , il recommanda pour nourriture des mets adoucissans , et pour boisson I'u- sage du petit-lait coupe avec le sue de clii- coree. Un mieux tres prononce ne tarda pas a se manif'ester, et trois mois de ce traitement opererent la parfaite guerison du malade; la peau reprit sa souplesse , les boutons dispa- rurent, Morphee recoup ra ses droits, et bien- tot reparurent avec lui et la vigueur et I'em- bonpoint. Un medecin , vraiment ami de I'humanite, Tie doit laisser echapper aucune des circons- tances qui peuvent perfectionner son art et au"^inenter la somrae de ses connoissances. Cette reflexion m'est suggeree par I'obser- vation de M. Salgues , sur un calcul intes- tinal , qui fut pendant dix ans la cause de frequentes coliques. Vous savez, Messieurs, que ces sortes de concretions se rencontrent f'requemment cliez les animaux ; elles sont connuessous le nom de bezoard j et dans un temps Jiioins eclaire 9 elles ^toient consid^rees ( 35 ) COmme des especes d'arcanes , egalement propres k combattre toutes les maladies^ quelles que fussent leur cause et leur activite; mais jusqu'a present ilestchez rhommepeu d'exemples de ces sortes de concretions ', les premieres furent decouvertes par Mareclial et Moreau j leurs observations sont consi- gnees dans les memoires de i'Academie de chirurgie. Si nous en croyons M. Salgues , I'espece cle calcul qui fait le sujet de sa digression I'ut detachee des intestins par suite des efforts •violens, quele malade fut oblige defaire pour monter d'une cave dans une boutique un ba* ril de sonde. Le malade eprouva de suite une colique plus vive que les precedentesj cepen- dant la douleur ne fut qu'instantanee , elle disparut au moment on il crut ressentir comme un corps qui se detachoit de Thypo- condre gauche en prenant la direction du colon descendant. Ce fut ainsi que ce calcul parvint jusqu'^ I'anus , dont I'ouverture fut agrandie de six lignes en incisant le rectum et le sphincter. Cette augmentation de diametrefavorisa la sortie de cette concretion 5 depuis ce mo- ment les coliques ont entierement cesse et la personne jouit d'une parfaite sante. (36) Ce calcul examine avec attention n'offre au tact rien de graisseux ; de sorte qu'il ne peut etre conf'ondu ni avec les calculs biliai- res, ni avec les pierres de la vessie. Son aspect et sa texture peuvent le faire comparer a cette substance connue dans le commerce sous le nom d'amadou , et en bo- tanique sous celui de boletus ignarius. Exte- rieurement il presente une sorte de calotte brunatre d'une grande durete , et dont I'as- pect semble veloute. On remarque en outre cinq faces, sur Tune desquellesestune sorte de tubercule comme sur-ajoute. Dans Topinion de M. Salgues , il repondoit a I'ouverture de communication qui existoit entre la cellule du colon, oil iletoit renferme, etl'aire de cet intestin. Interieurement le tissu de cette substance paroit egalement veloute et colore comme Tamadou ; de plus on y apercoit distincte- ment plusieurs couches concentriques, dont quelques-unes semblent leg^rement blancha- tres. En serolt-il de ces couches comme de celles observees dans le tronc du bois ? et leur nom- bre dans les bezoards humains , peut-il de meme indiquer le nombre d'annees employe pour leur formation ? ( 37 ) La nature semble avoir determine cliez leg femraes I'epoque a laquelle elles deviennent aptes a la fecoiidation , par la presence mo- mentanee d'un fluide periodique, dont I'e- coulement cesse lorsque la conception s'est operee. Tout porte a crolre que I'age influe molns que le climat, sur cette revolution physique^ sous les tropiqueselle se manifeste ordinaire- ment dans la septieme ou liuitieme annee 5 etsi tout ce qui se rattache aux grands homines acquiert plus de poids et d'interet par Tespece de prestige.dont ilssont entoures, je vous di- rai , Messieurs, que Mahomet, si profond en politique , si habile dans I'art de gouverner les hommes , epousa Cadisja a cinq ans , et qu'a huit ans , elle etoit nubile , tandis que dans la plus grande partie de I'Europe ce chaugement d'existence chez les femmes s'o- pere de douze a quinze ans ; plus tardif en- core dans les contrees voisines des poles , il n'apparoit qu'a I'age de dix-huit ans. S'il etoit permis, Messieurs, d'emettre une opinion peut-etre trop hasardee, je conside- rerois le plus ou le moins de distance de la li- gne equinoxiale comme le thermometre de I'age nubile 5 et de cette donnee , je tirerois cette induction,que dans ces contrees le soleil. y (38) cet astre si puissant , Tame de la nature , la source de toute vie vegetative, n'agit pas avec moins d'intensite sur I'espece humaine que sur les vegetaux de ces pays , auxquels il semble donner plus de majestedans leurport, plus d'eclat dans leurs couleurs , plus de sua- vite dans leurs odeurs , plus d'energie dans leurs vertus. Cependant quelle que soit la force de ces verites, que I'epoque de la nu- bilaLion est marquee par un cliangement dans I'organisation , qu'il se manifeste plusieurs annees apres lanaissance, et que ce moment varie selon les lieux et les climats , il est des exceptions connues , et le plienomene le plus etonnant dans ce genre est sans doute celui dont M. Salgues nous a entretenus dans I'line de nos seances particulieres. II existe dans cette ville une jeune personne cliez laquelle cet ccoiilement periodique s'est manisfeste des la fin de sa premiere annee^ et depuis cette epoque jusqu'a ce moment ou elle attelnt I'age de huit ans , ce flux periodique apparoit tous les mois avec la meme exacti- tude que chez les femmes adultes ; cepen- dant, malgre cette aberration physique, cet enfant se porte parfaitement , et n'eprouve d'autre indisposition k Tapproche de cet ecoulement , qu'un sentiment de douleur et ( 39 ) <3e pesanteur dans la tete , accompagne d'une lassitude dans tous les membres. Exterieurement on n'observe d'a^itre signe que la teinte bleuatre des paupieres, II f'aut cependant convenir que cet ecoule- ment est peu de chose , et qu'il ne dure qu'un jour ou deux 5 alors les symptomes precur- seurs disparoissent entierement, et ne lais- sent apres eux aucun resultat , aucune suite facheuse qui puisse inquieter et compromet- tre la sante. La bravoure fran^aise qui ne connoit au- cun obstacle a sa gloire, et qui ne calcule ni peine , ni danger , par-tout ou il se present© des lauriers a cueillir , ne fut point effVayee des maux que necessairement devoit occa- sionner un changement total de climat et le sol brulant des deserts de I'Arabie. Elle vit sans murmure une ambition effrenee porter ses etendards jusque sur les bords du Nil , et de la leur faire traverser des lieux arides, qui nous font sentir avec tant de force le charme et la beaute de nos climats. Les maux sans nombre qui desolent ces pays n'epargnerent point les armees ; et les Fran(^ais comme les Anglais, tous y furent atteiiits de I'oplitalmie , qu'on peut regarder ( 4o ) au moins comme endemique dans ces para- ges, et dont le traitement est a peine connu. M. Salgues , dans le memoire relatif a cet obiet, dont il a donne lecture a TAcademie , ne transmet aucun detail sur les symptomes, la marche et le traitement de cette maladie ; son seul biit est d'entretenir la Societe du point de fait qui divise les medecins sur la contagion ou la non contagion , et de cher- cher a prouver son principe contagieux par un exemple que lui a fourni rexercicememe de sa profession. Pendan t les guerres d'Egypte cette maladie fut si commune et tellement repandue , sur- tout dans I'armee anglaise , que les medecins de cette nation n'hesiterent point a la regar- der comme contagieuse. Leur opinion sou- tenue par des faits nombreux , fut adoptee par les medecins italiens , entre autres par Mongiardini. Ay ant observe la maladie a Chiavari , il alfirma qu'elle devoit son exis- tence a des marins venus de Livoume, et que dans cette cite elle tiroit son origine d'un batiment nouvellement arrive d'ligypte, qui portoit un transport de prisonniers frangais. Son apparition sur plusieurs points de ritalie , a Yicence , a AncOne , *l Malte , { 41 ) en Siclle , dans Tile d'Elbe , et m^me jus- que dans les iles Britanniques , contribua beaucoup a repandre.cette doctrine , qui fut defendue avec chaleur par Mac Gregor , Cimba , Vasani , Farelli et Scarpa 5 mais elle ne fit aucun proselyte parmi les medecins f'rancais ; et si nous en exceptons Pun de nos collegues, M. Cliaussier, dont le merite et les connoissances font honneur a I'Academie de Dijon , tous s'accordent h penser que c'est line erreur d'envisager cette maladie comme contagieuse , et qu'il suffit de regarder I'in- flammation de la conjonctive comme epide- mique dans quelques circonstances particu- lieres. M. Salgues auroit constamment partage cette opinion , sans I'exemple ci-apres rela- te qu'il vient d'avoir I'occasion d'observer , et dont il rend compte dans les termes sui- vans. cc Un des petits-enfans d'une dame de mais sur-tout Tempi oi d'tiile pompe aspirante pour enlever les mucosites qui la remplissoient et faisoient obstacle a la respiration , m^ritent de fixer I'attention dea medecins , d'autant plus que ce moyen aussi nouveau que hardi eut peut-etre reussi si le principe du mal ne se fut pas porte sur les bronclies memes , ou il determina une or- thopnee des plus graves , dont le malade fut Victime. M. Deluc a fait parvenir h 1' Academic des recherclies imprimees sur les os fossiles , et sur la chaleur de la terre. Cette Societe, par suite de Finteret qu'elle attache a de telles recherclies, voit avec peine ses regie- mens s'opposer k ce qu'il en soit fait une analyse succincte 5 mais il lui est llatteur de pouvoir affoiblir ses regrets en consignant dans ses annales lessentimensd'attachement, de reconnoissance et d'estime dont elle est penetree pour un savant aussi profond et aussi distingue que Test M. Deluc. Si nous considerons les sciences en gene- ral , nous pouvons dire avec verite que dans ces derniers temps les progres de I'industrfQ onteu quelqu'avantage sur I'avancenjent dea sciences 5 Thoriogerie nous en offre une preuve biexi plausibly dans la d^^couverte 4 (5o) importaiite que nous a transrtiise M. Ver-» neuil , horloger cle cette ville 5 decouverte qui fait i'eloge de sestalens, et qui est des- tinee a. laire epofjue dans les fastes de la mecanique. Je ne puis , Messieurs, mieux vous en faire sentir toute Timportance et tout I'interet , qu'en transcrivant textuellement le rapport fait a TAcademie par Tun de ses niembres. Les macliines h mesurer le temps sent ar« rivees , par les travaux simultanes des geo- metres et des artistes , a une perfection si etonnante , qu'il semble que I'esprit humain iie puisse s'avancer plus loin. Si, avant les de- couvertes de Huyghens, ily a cent cinquante ans , un liomme s'etoit presente avec une horloge semblable a celles que fabriquent aujourd'hui nos habiles liorlogers , et qu'il eut fait voir que la regularite de cette ma- chine s'alteroit k peine de quelques minu- tes en plusieurs mois 5 les savans rassem- bles dans la bibliotheque de Louis le Grand, auroient hesite k en croire leurs sens , et ils auroient assigne a cet homme la premiere place parmi eux. C'est principalement a 1 'ap- plication du pendule aux horloges et du res- &ort spiral aux inontrcS; que sont dus des re-' (5i ) stiltats si importans. Huygliens , ce digne precurseur de Newton , que Louis appela du fond de la Hollaitde pour lui faire part de ses bienf'aits, est Taiiteur de ces belles in- ventions. C'est dans son immortel traite ^ De Orologio osciLLAToaio , que I'horloge- rie prend une face nouvelle , qu'une mine non encore tentee est ouverte et exploitee a line profondeur immense , et que ce grand geometre laisse des tresors a ses successeurs, Jetons tin coup d'teil general sur les hor- ioges telles que nous en jouissons actuelle- ment. Un moteur principal , poids ou res-> sort, communique la vie a. toute la machine, et transmet le mouvement a un mecanisme particulier nomme echappement ^ qu'on a varie de mille manieres plus ou moins in- genieuses , et dont la destination est de res- tituer au pendule regulateur la quantita de mouvement qu'il perd h. chaque oscilla- tion ; tandis que celui-ci determine a son tour I'uniformite de vitesse dans tous les rouages. On salt que la duree des oscillations du pendule, de cet instrument si simple et pourtant si merveilleux , qui regie le temps avec xine precision rigoureuse , mesure la pesanteur aux differens points de Ja surface du globe et bous fail; CQxinojtri? I^ figure ds (52> la terre , ne depend que de sa longueur et de I'etendue de Tare qu'il parcouit. Sa lon- gueur varie avec la temperature quil'alonge ou la raccourcit suivant qu'elle s'accroit ou dimlnue ; on y remedie par les appareils nommes compensateurs , dans lesquels on oppose la chaleur a elle - meme , on la combat par ses propres forces , on rectifio ses efl'ets par des effets semblables , mals op- poses. L'etendue ou I'amplitude des arcs par- courus depend de la force dont le pendule est anime. J'ai dej^ dit que celle qu'il perd a cbaque instant, soit par le frottement de sa suspension , soit par la resistance de I'air, lui est restituee par la roue d'ecliappement, Mais on sent que cette force regeneratrice doit etre constante 5 car si elleaugmente ou dimi- nue , le pendule decrit des arcs plus grands ou des arcs moindres 5 la duree des oscil- lations s'accroit ou decroit , et I'horloge cesse d'alier juste (1). Cette condition etoit (j) Quolqu'on dise ordinairement que la duree des oscillations du pendule circulaire est independante do I'amplitude des arcs parcourus , pourvu qu'elle rest© tres petite , on salt que ce principe n'enonce qu'une approximation ^ a la verite fort grande. Mais I'erreur iout-a-fait negligeable lorsqu'on ne consid^re qu'un ( 53 ) difficile a remplir : I'inegalite du moteur principal , les frottemens des rouages et des pivots , et sur-tout I'etat variable des liuiles, sont des causes de perturbation qu'il est im- possible de faire evanouir ; on peut afl'oiblir ces obstacles, mais non les detruire. II s'agis- petit nombre d'oscillations , devient tres sensible au bout d'un temps considerable. Supposons qu'avec una amplitude a le pendule batte exactement la seconde , et soit T , le temps de Pos- cillation , lorsque Tamplitude devient ctf On a par les principes de mecanique : \" ■z=.'7t ■/^(/ + a) a, etant la longueur du peudule , g la pesanteur , et ct) line quantite de Pordre et^ , De meme T =z7r V± ('■+"&)!) ca etant compose en Ui comme 60 I'est en « , on tire de ces equations , / " -T zzz ;", Cest I'erreur d'une oscillation. Par exemple , si 'c8= 3° et tft, = 2°. 3o' , on trouve i" - T=z — '- . L'horloee avance de cette quantite dans , 19085. 7 ° * line seconde 5 ce qui donne 4 "526928 pour un jour, et pres de 2' 26" dans un mois. La seule inegalite des amplitudes suffit done et au- delk pour produire les variations qu'on observe dans les meilleurs garde-temps. On remarquera de plus que la resistance de I'air qui n'influe pas sur le temps d'une oscillation lorsqu'elle reste de meme amplitude , altere cette duree quand I'ampUtude est variable. (54 ) soit clone cle trouver uii moteur secondaire , ou , pour in'exprimcr comme les liorlogers , un remontoir d'egalite j qui tout en puisant des forces inegales dans Taction du moteur principal, ne transmit cepenclant au pendule qu'une force motrice parfaitement identi- que a cliaque oscillation ; et cet enonce fait ressortlr toute la difficulte du probleme qui a excite les recherches de plusieurs artistes celebres , notamment de Gaudron et Thomas Mudge pour les horloges , de Haley et Bre- guet pour les montres. Mais quelque bien imagines que soient leurs procedes , ils n'of- frent pas une solution exempte de tout in« convenient. M. Verneuil qui a etudie et pratique son art sous les grands maitres , pendant trente annees , est entre dans la lice ; et apres un grand n ombre de recherches et de tentatives, est enfm parvenu a un moyen ausai simple qu'ingenieux de resoudre la question. Je me contenterai de vous en faire aper- cevoir I'esprit, sans entrer dans des details descriptifs qui exigeroient une figure pour etre bien entendus. Supposons le pendulo dans sa position verticale et commen^ant son oscillation vers la droite. Pendant qu'il acheve cette oscillation ^ ixjiq dent de la roue (55) d'ecliappement s'avance et pousse devant ell© I'lin des bras d'un levier coude. L'autre bras du meme levier porte a son extremlte un petit poids qui se trouve ainsi eleve a une certaine hauteur , mais qui , arrete par un obstacle convenable , ne peut plus redescendre. Le pendule, en executant son oscillation vers la gauche , decroche le levier , et a Tinstant jneme ou il redescend vers la droite , le petit poids retombe sur lui et lui donne une impulsion. Or il est evident que ce poids moteur du pendule, etant arrete toujours a la meme hauteur, et retombant de la meme maniere h cliaque oscillation, communique toujours la meme impulsion au pendule. En effet, lorsque le meme poids sera pousse inegale- nient par la roue d'ecliappement , et que par suite , il s'elevera plus ou moins haut , il reviendra toujours s'arreter a I'obstacle fixe , et ne retombera jamais sur le pendule que de la hauteur ou le retient cet obstacle. II se retrouvera done exactement dans la meme position , soit absolue , soit relativement au pendule, auquel il donnera, par sa chute , la meme quantite de mouvement. Les seules inegalites possibles ne sauroientprovenir que du frottement du levier sur son axe et de ses (56) variations de lonsueur en vertu cle la tern- perature. La premiere cause doit etre regar- dee comine nulle si le pivot est execute en rubis 5 et on pent remedicr a la seconde en formant le second bras de levier de deux lames courbes de metaux differens , termi- jiees par une petite boule mobile sur une vis 5 par ce moyen , que M. Breguet a ap- plique a la compensation dans les montres , on pourra amener le poids constamment k la meme hauteur , quelles que soient les va- riations de chaleur de Fair environnant. Vous le voyez , Messieurs, I'idee princi- pale de M, Verneuil consiste a isoler entiere- inent le regulateur du mecanisme de I'echap- pement, et a faire agir sur lui une force constante qui se renouvelle a chaque double oscillation. II seroit a desirer que I'auteur appliqiiat cette idee aux montres , et il ne desespere pas d'y parvenir. Penetre de I'importance du nouveau per- fectionnement que M. Verneuil vient d'ap- porter a un art qui a si puissamment contri- bue a Favancement de I'astronomie , de la navigation , et en general de toutes les scien- ces d'observation , et qui leur rend tous les jours tant de services ; j'ai desire me charger de Yousenexposer le meqanisine et de vous en (.57) faire sentlr les avantages. L'Academie s'em- pressera sans doute de raccueillir avec la distinction qu'il merite , et de lui donner aoii api^robation. Dijon , le i^^ mai 1822. * * * Ici se termine le Compte rendu de PAca- demie de Dijon pour la partie des sciences, Ainsi, Messieurs , la medecine et la cliimie , ces deux branches si importantes , Tune dans I'interet de Thumanite , I'autre dans celui des arts , sont les objets dont cette Societe s'est le plus occupee pendant les annees 1822 et 1823. Tels sont , Messieurs , nos titres a votre bienveillance ; esperons que des temps moins agites que ceux qui viennent de s'ecouler , procureront aux sciences plus de developpe- ment et plus d'eclat. Semblables a cette fleur que fane I'orage , et qui sous un ciel pur et serein , conserve sa fraicheur et sa beaute , les sciences et les lettres, pour pros- perer et s'accroitre , demandent du calme et de la securite. Ayons done cette confiance , que dorenavant nos travaux seront plus di- gnes de vous etre offerts , plus en harmonie avec cette delicatesse de gout ^ cet aiagur du ( 58 ) _ beau et dn vrai qui caracterisent d'une ma- niere si clistingiiee I'esprit de cette province. Quelle satisfaction pour I'Acadernie , si un jour le public en sortant de cette enceinte, pouvoit dire avec verite : La reputation de I'Acadernie de Dijon ne repose plus tout entiere sur d'anciens sou- venirs ; elle pent aujourd'hui s'honorer du present ! L' oracle de la Religion , I'interprete de la nature , I'auteur de la Metromanie trouvent des emules dans le \ie\\ de leur naissance , et la gloire de la Bourgogne pent de nouveau enricliir ses trophees des attributs des Mu- ses et du sceptre d'Apollon, COMPTE RENDU DES TRAVAUX DE L*ACADEMIE DE DIJON, PARTIE LITTERAIRE. ANNEES 1822 et 1823. BEDACTEUR ; M. FOISSEX. M ESSIEURS, Uii etrange prejuge voudroit fletrir parmi nous le culte des lettres. Des voix se sont elevees , qui ont proclame la sterilite litte- raire des provinces, et les provinces I'ont repete les premieres , et ces dedaigneuses paroles ont presque usurpe I'autorite d'une demonstration. II semble que , liors des sa- lons de la capitale , il n'y ait plus d'inspi- rations pour le poete , plus de meditations pour le philosophe : comme si la muse fran- icaise pouvoit oublier ce beau ciel de Pro- vence et d'Occitanie sous lequel elle est nee; comme si les bosquets de Montbard avoient perdu le souveziir de ces pages iinmorteiles (6o) que Euffon venoit demander a leurs soli- tudes. Les voix que nous accusons , Messieurs , ne sont pas des voix ennemies. C'estau nom de leur admiration pour les lettres , qu'elles nous def'endent , a nous, de les aimer. Elles nous refusent la gloire litteraire comme un patrimoine que des aiues jaloux craignent de partager avec des f'reres desherites. Dans leur mepris , elles se hatent de faire la part des provinces , et les condamnent a se trainer dans le cercle etroit de ces connoissances qui ne veulent que du temps et de la perse- verance ; de ces connoissances qui ne sont qu'utiles et qui n'ont que des succes obscurs. Ces voix ne sont pas seulement des voix etrangeres. Leurs echos se sont repetes de la capitale jusqu'^ nous ; et plus pres de nous , Messieurs , nous avons entendu d'autres voix repousser comme des liochets indignes d'un homme grave et d'une tete forte, toutes les etudes qu'elles ne veulent point honorer du nom de positives. Etrange destinee sans doute que celle qui nous livre a des me- pris unanimes s'ils n'etoient pas contradic- toires , qui nous fait dire par les hommes les plus opposes ce que ce pretre egyptien (61)^ disoit ail legislateur d'Athenes : Vous autres Qrecs ^ vous n'etes que des enj'ans ! C'est a nous , Messieurs , c'est aux socie- tes litteraires des provinces qu*il appartlent de protester contre un tel arret ; c'est a nous de rappeler aux uns que les sciences y et sur-- tout ceiles qui reposent sur I'experience et I'observation , rencontrent hors de Paris bien plus de difficultes que les lettres , puisque les instrumens et I'emulation leur manquent. C'est a nous de faire souvenir les autres, que des connoissances en quelque sorte me- caniques ou materielles ne suffisent pas k la destination de I'liomme sur la terre; et que I'ecrivain dont la voix n'auroit propage qu'une seule verlte morale , celui dont le talent environneroit d'une sainte autorite la religion de ses peres, les souvenirs ou les lois de son pays , n'auroit pas moins servi I'liumanite que celui qui invente une ma- chine ou qui decouvre une substance nou- velle. C'est k nous enfin de repondre k des alle- gations par des faits , et d'opposer au double reproche d'impuissance et d'inutilite , dont on a voulu charger la litt^rature des pro- vinces , le tableau des travaux litteraires de (60 i'Academie , pendant les deux dernieres ail*' Jiees qu'elle vient de parcourir. .Ne craignez pas, Messieurs, de jeter uil coup doeil retrograde sur ces deux anneesj vos regards peuvent se reposer sur le passe. L'antiquite, dont le eulte a depuis si long- temps uii autel privilegie dans cette enceinte, n'a-t-elle pas conserve tous ses droits an mi- lieu de vous ? Ne I'avez-vous pas exploree dans ses monumens de tous les ages ? Ne I'avez-vous pas interrogee tour- a- tour dans ses traditions les plus reeulees et dans le plus noble idiome qui ait ete parle par des horn-* mes ? L'liistoire politique , I'liistoire litte- raire vous ont trouves egalement fideles aux souvenirs de I'ancienne France , de ses vieil- les libertes, de toutes ses gloires, et aux sou- venirs non moins doux de cette province , qui ne se rappelle pas sans quelque orgueil que nos Rois ont du a ses enfans plus d'une victoire , et la muse irancaise plus d'une couronne. Les plus liautes questions de la philosophic ont ete agltees dans vos sean- ces 5 de grands noms simultanement invo- ques a Tappui de sentimens divers, de gran- des reputations attaquees etdefendues, ont encore ajoute a la solennite de ces dcbats 5 TOUS en garderezi long-temps la niemoire* (63) Enfin , Messieurs , rien n'a manque h vos voeux , le jour oil des poetes veritablemen£ inspires sont venus s'asseoir a cote de nous, pour nous confier leurs chants dignes d'un. autre age, et pour nous couronner de leurs lauriers. ANTIQUITES. ARCHEOLOGIE, Danscette revue, Messieurs, j'ai du nom- mer d'abord I'antiquite ; comme etude ou comme raodele , yous etes habitues a la re- trouver au commencement et a la fin de tous vos travaux. Les patientes investigations de rarcheolo» gie seront toujours au premier rang des ser<«» vices que I'Academie s'efforce de rendre au^?: iettres. Mais celles qui ont rempli les deux annees qui viennent de fmir , ont acquis pour chacun de nous un interet bien vif , depuis que le souvenir de ces recherches se mele aux regrets que nous laisse une perte recente. M. Girault nous avoit accoutumes sans doute h. estimer , k honorer tous ses travaux. Mais les dernieres productions d'um homme de Iettres ont quelque chose de sa- cre 5 le sentiment qu'elles inspirent participg ( 64 ) de la religion des tombeaiix ; la reconnois-* sance due aux veilles de I'auteur s'agrandit de tout le respect qui s'attache a sa ineiiioire, Mallieureusement , Messieurs , votre se^ cretaire ne pent rappeler que bien impar- faitement les derniers litres de M. Girault a Testime de tous ceux qui cultivent ou qui aiment les sciences historiques. Quelques souvenirs plus ou moins fugitifs et les la* coniques indications des proces-verbaux de vos seances , voila tout ce qui nous reste des deux annees qui ont couronne une vie si pleine et si laborieuse. S'abandonnant sans relaclie a la poursuite de resultats nouveavix, notre confrere n'a point pris le temps de mettre en ordre les feuilles eparses dont se composoient ses manuscrits ; et parrai ceux qu'il a ainsi derobes en quelque sorte a nos iouanges , nous regrettons sur-tout le grand travail auquel i'Academie des inscriptions et belles-lettres a decerne , il y a quinze mois , la premiere des trois medailles dont elle recompense cliaque annee les trois meil- leurs memoires qui lui sont of'lerts sur les antiquites de la France (i). (i) Cette medaille a ete obtenue par M. Girault, en juillet 1822. F- La x" mtdaille pour i8;j3 a ete encore ( 65 ) 11 nous est peut-etre permis de citer aveo quelque complaisance un pareil triomplie j c'est un asscz beau temoignage rendu k votre Commission archeologiquedans la personne de son President. Et qu'on ne craigne pas qu'il depose le ceste et que sa vieillesse se repose dans sa victoire. La palme qu'il a conqnise ajoute, s'ii se peut , a son ardeur. Un des correspondans de la Commission si- gnale a notre confrere un monument con- serve a Aignay-le-Duc , dans la cliapelle des Hermltes. Une inscription latine , mutilee par le temps , est la seule indication qui lui soit transmise. M. Girault s'en empare j il retablit le mot cippum dont les deux ini- tiales etoient seules restees , et il a decou« vert un autel du dieu Mars consacre k un empereur par un Romain qui liabitoit les Gaules (i)* decernee a Pun de nos confreres , M. Artaud, directeut du Musee de Lyon. (i) Voici I'inscription trouvee sur le monument, AUG. SAC. Deo MARTI cr COLLUI ET LIT r. ATTIUS PATERCIV. V. S. L. M, M, Giraxilt Texpliq^ue ainsi % Augtisto sacrum ^ Deo 5 i 66) D'anciens tombeaux egalement trotives k Aignay , un autre tombeau decouvert dans le hois de Vaux-Dixmes pres Saulx-le-Duc, les bas-reliefs de Mavilly , si mal observes jiis- qu'alors , et depuis si mal conserves , exer- ^oient presque dans le ineme temps la sa- gacite de notre confrere. II avoit fixe I'at- tention de I'Academie sur une agrafe que les tombeaux d'Aignay lui avoient offerte. Cetoit un ovale parfaitement semblable k ceux qui sont decrits dans le Compte rendu des travaux de I'Academie pour 1819 (1) , et qui tenoit encore au ceinturon d'un guer- rier ; circonstance precleuse en ce qu'elle conlirme I'opinion professee des-lors par M. GiRAULT , que les plaques de ce genre n'appartenoient pas , comme le veut Mont- f aucon , a la coiffure des femmes Gauloises , inais a I'armure des Romains. Ce memoire avoit ete suivi d'un rapport sur les monumens ddtruits depuis trente ans J\/Iarti cippum collui et litavi Puhlius Attius , Pater , civis f votum solvi lib enter y merito. Ce nom d'Attius, qui a ete celui d'un augure sousTarquin I'Ancien, et de- puis, dedeux personnages consulaires, se retrouve dans plusieurs inscriptions donnees par Gruler. (1) Voyez ce Compte renduj pag. x54etsuiv. (67) iSans ce departement, ou notre confrere s^in- dignoit de retrouver par- tout des ruines contemporaines bien plus nombreuses , efc sur-tout bien plus affligeantes que les ruines dissemin^es sur notre sol par des siecles de conquetes ou de barbarie. C'est \h qu'il fie- trissoit d'une vehemente reprobation, et le vandalisme aveugle qui devaste le present en haine du passe qu'il ne peut detruire , quis'acliarne sur despierres, comme 1 emeur- trier sur son ennemi mort , parce qu'il croit voir un temoin qui I'accuse j et Finsouciance qui ne frappe pas, mais qui laisse tomber, complice volontaire de toutes les ruines qu'elle n'a pas meme essaye de prevenirj et la cupidite qui achate pour d^molir , qui se presse d'exploiter les fleaux publics comme im patrimoine, et qui, dans le chateau d'un Vergy, dans la chapelle d'un Saint Bernard , jie voit que des materiaux a. vendre , comme elle ne verroit dans une guerre que des fournitures a f'aire , dans une peste que des heritages a recueillir (i). M. GiRAULT cherclioit a. se distralre de Ces tristes verites en reportant sa pensee sur d'autres ages , en interrogeant de plus an- i)«nir^^Wtfnem«Ba«hri (j) M. de Bonald. (68) _ cietis debris. II se consoloit en tirant de leur poussiere quelqu'une de ces villes qui lie vivent plus que dans les traditions lo- cales. II airaoit a relever leurs murs, a leur rendre leur antique enceinte , leurs fortifi- cations , leurs edifices ; il regardoit ses tra- vaux arclieologiques comme une sorte de res- tauration. C'est dans cette douce illusion qu'il a passe les derniers mois de sa vie a rassembler des documens sur deux villes an- ciennes dont on aper^oit encore des ves- tiges dans I'arrondissement de Chatillon-sur- Seine. L'une de ces villes est celle de Lan^ sugue ou Lantz-sur-Laignes y qui paroit avoir existe sur le territoire de la commune de Vertaut. L'autre est celle de Latiscon, qui etoit situee sur le mont Roussillon , ou mont Lassois, a cinq quarts de lieue nord- ouest de Cliatillon. Des sarcopliages sans inscriptions et sans emblemes , plusieurs de- "bris visiblement gaulois, un fragment d'ins- cription en beaux caracteres romainsduHaut Empire , une medaille d'or de Zenon Tlsau- xien , trouvee a peu de distance , des ves- tiges de cliaussees pavees en herisson qui viennent se croiser sur la colline , ne per- mettentpas de meconnoitre I'existence d'une ville celto-romaine, remplacee dans le moy eu ( 69 ) age par nne forteresse , et dont renceinte embrassoit tout le sommet du mont Lassois. M. BouREE, correspondant de notre Com- mission archeologique, aChatillon , compte jusqu'a cinq voies romaines qui toutes pa- roissent avoir abouti sur ce point. Enfin, un. manuscrit de I'abbaye de Pothieres cite La- tiscon comme une ville assez considerable brulee par les Van dales auy^. sidcle ; et I'as- pect du sol par-tout noircl et convert de cliarbon , un amas de decombres demi cal- cines et de masses metalliques heterogenes confirment encore ce temoignage. Parmi ces fragmens , que des fouilles lia- bilement dirlgees arraclieroient facilement a la terre , il en est qui ressemblent beau- coup a ceux qui ont ete trouves a Alise et qui ont tant occupe M. Girault dans ses derniers jours. Deja, au commencement de 1822, un de nos confreres , M. Mathieu , ingenieur , vous avoit lu un memoire ou il prouve par la double autoritede Pline (1. 34 , ch. 17) et de d'Anville (Eclairc. geogr sur Fane. Gaule), que VAlesia de Cesar etoit encore une grande ville sous la domination romaine , malgre le texte de Florus qui assure qu'elle lut rasee par les legions victorieuses. M. MAXHiEtf _ ( 7° ) vous a prodult, a I'appui de cette opinion cliaque jour mleux verifiee , le desslii d'un bas-relief en pierre trouve sur le sol d'Alise, et qui , sans etre des meilleurs temps de I'art statuaire , rappelle cependant le style antique et le culte des divinites romaines. Le dieu et la deesse, (car deux figures coin- posent ce bas-relief d'environ seize pouces cle proportion ) , le dieu et la deesse sont assis Tun et I'autre et dans la meme attitude , ieurs pieds gaudies poses sur deux scabel- lum. Le dieu tient de la main droite una ep e ; il est v^tu d'une tunique et du man- teau appele trabea ; sa tete porte tous les caiacteres de celle de Jupiter, reconnois- sable entre tous les dieux, dit Winkelman, par sa coiffure, par uneclievelure pluslongue qui descend le long des tempes , couvre en- tierement les oreilles sans former de bou- cles , et se projette en touffes ondoyantes comnie la criniere d'un lipn. II est juste toutefois de remarquer a gauclie de cette figure quelque chose qui ressemble a une massue ; le bras gauche qui auroit pu la sup- porter manque presque en entier, M. Ma- THiEU pense que ce fragment seroit quelque cedicula , et qu'il represente Jupiter custos iirbium. La deesse, coiffee d'une tour, at=! ( 71 ) trlbut qui paroit designer Cybele, est vetue cl'une double tunique dont Tune est la tala- ris ; de I'eau semble jaillir de la patere qui est en sa main droite , et sa main gauche soutient avec grace une corne d'abondance, Ce petit monument n'est pas le seul que les vainqueurs aient laisse dans Alise. Outre les voies romaines qu'on a retrouvees en. grand nombre au pied du mont Auxois sur lequel cette villa etoit assise , les fouilles executees sur les instructions de votre Com- mission permanente des antiquites, ont mis a decouvert deux voutes de construction ro- maine , faites de pierres communes et reve- tues interieurement de cette espece de mo- saique que Vitruve appelle reticulatum (V. 1. 1 , c. VIII ). Sur la paroi interieure de Tune de ces voutes , on a remarque quel- ques traces d'une peinture a fresque, genre qui commeni^oit k se repandre au temps de Yitruve, mais dontil parlecependant comme d'un usage nouveau. ( L. vii. ) Dans un atelier souterrain ont ete trouves pele-mele des morceaux de verre, de I'epais- seur d'une ligne , une enclume , une clef , des fragmens d'os et d'ivoire plus ou moins travaiiles, des stiles en fer et en i voire, une liache , des anneaux de fer , deux fibules (70 dont rune en forme cle lievre, une clocliette et desornemens en cuivre plaques d'argent, qui paroissent avoir appartenu k un cliar de triomphe , une flute en os , un ramas de ferrailles informes et d'instrumens ebau- ches , enlin plusieurs medailles , dont une de Tibere, une de Caligula, deux d'Antonin, line de Faustine, etquelques monnoies gau- loises. Ces debris se rapportent , comme on voit, h differens a^es. Nous n'af'firmerons pas que la clocliette qui en fait paitie soit une de celles qu'on agitoit par intervalles a cote du triompha^ teur , pour I'avertir , selon le temoignage de Zonare , qu'il etoit sous la main des lois, qu'il pouvoit etre frappe du dernier sup- plice et porter comme les supplicies la cloche destinee a avertir les passans de ne pas se souiller par la vue d'un bourreau et d'un condamne (i). Mais les restes du char de triomphe sont remarquables par la correc- (i) Uf sciret se legibus suhditum, et posse vel ex- tremo ajjici suppliciQ y etnolam sontihus appendi soli" tam gesture, quod ob id factum ne civiSy aut carnijici^ aut damnato occurens fpollueretur. (Zon. t, 2j Ann. in Cumilli triumpha). (73) tion du travail et le fini de rexecution. Ce sont plusieurs baguettes de fer plaquees d 'argent qui dessinoient en relief les mou- lures du char, des rosaces et despalmes ega- lement plaquees (i). Les autres fragmens que nous avons enu- meres n'ont rien de curieux. lis sont tous d'un travail grossier , si Ton excepte quel- ques debris de vases antiques assez sembla- bles aux vases etrusques , et dont la terre rouge , vernie et brlllante , comnie celle de Sarguemines , est chargee d'ornemens du meilleur gout. Nous ne rappellerions pas la decouverte d'un long cercueil de pierre, cisele de raies inegales sur les cotes et le couvercle ', nous ne parlerions ni des debris de futs et de cliapiteaux qui etoient a peu de distance, ni de quelques medailles connues, ni d'une pa- tera destinee aux sacrifices, et de plusieurs fragmens de sculpture, entr'aiitres un dieu lare, exhumes au meme lieu, si les ouvriers (i) C'est aux Gaulois d'Alexia que Pline attribue I'invention de cat art precieux : Deinde et argentum incoquere simili modo coeperef equorum maxime orna- mentis et jumentorum jugis in Alexia oppido, (HisU ?iat, 1, 3^ J c. 17 ), ^ (74) n*eussent trouve plus loin , immedlatement au-dessiis de Vsmcien cimetiere , rinscription suivante : Marti et Bellonae Sestius Nigrinus V. S. VIV. E. Ce monument eleve par Sestius Nigrinus pour accoraplir son voeu durant sa vie , n'e- toit-il pas un temple consacre aux dleux de la guerre, et dont les ruines environnantes sont les derniers restes ? Nous Savons tous combien M. Girault jouissoit d'avance des resultats qu'il se pro- mettoit de nouvelles fouilles. II classoit en espoir tous les fragmens qu'il avoit reunis , tous ceux qu'il attendoit de reclierches ul- terieures , dans un musee archeologique , dont I'idee avoit ete approuvee par M. le Prefet de la Cote-d'Or , I'un de vos mem- bres , et dont le Conseil general du depar- tement avoit consent! a f'aire les fonds. Get etablissement , pour lequel M. le comte Gharles de Damas , gouverneur de la 18^. division militaire , avoit bien voulu conce- der I'ancienne chapelle des Elus , au palais de Monsieur , auroit rapproche des frag- mens precieux pour I'histoire des arts dans les Gaules. Esperons que les obstacles iiu- ( 75 ) ^ prevus qui en ont ajourne rexecutlon se- ront vaincus , et que notre ville pourra bien- tot s'lionorer d'un etablissement qui lui manque et clter un temolgnage de plus de la protection que ses magistrats ont tou- jours accordee a tout ce qui pent etendre et encourager les travaux de I'esprit. NUMISMATIQUE. Le nom de M. Girault se lie depuls trop long-temps a tous les services rendus dans ce departement aux sciences historiques , pour qu'on s'etonne de le retrouver encore ie premier parmi ceux de nos confreres aux- quels lanumismatique aeu de veritables obli- gations pendant les deuxdernieresanneesaca- demiques. Nous ne nous rappellerons jamais sans reconnoissance qu'il a enriclii aux de- pens de sa propre collection , le medailler que la Compagnie avoit confie a son z^le. Sa correspondance , si etendue et si active , lui assuroit sur tous les points du departe- ment une ample molsson de monnoies an- tiques. Avant la fin de 1822 , et dans moins de douze raois , il avoit recueilli cent vingt medailles ou jetons , dont la moitie man- quoit au tresor numismatique de I'Acade- jnie 3 nous citerons entr'autres un 4Monm Pie et un Adrien en grand bronze , et une monnoie d'or de Zenon VIsaurien , par- faitement conservee. Des etude§ perseverantes , des reclierclies non niolns desinteressees ont dicte le me- moire qui vous a ete soumis par nn autre membre, M. -db Cii a-kt^'ey , sur lesmoy ens de reconnoitre la faLsiJication des medailles antiques eji argent, Notre confrere voudroit d'abord premu- nlr les amateurs contre la manie si extrava- gante et si dispendieuse des collections com- pletes. II redoute sur-tout ces gouts exclu- slf's dont parle La Bruyere , non pour ce qui est bon, ou ce qui est beau , mais pour ce qui est rare , unique , pour ce qu'on a et ce que les autres n' ont point. Comme le inoraliste , il ne voit plus 1^ un amusement, mais une passion quine lec^de aux plus viO' lentes que par la petitesse de son objet ; et c'est par cette manie qu'il explique toutes les deceptions qui punissent cliaque jour les curieux, sans les corriger. M. DE Charrey conseille a ceux qui veu- lent se preserver de cette maladie, de suivre dans le classement de leur collection , I'or- dre des temps , etnon celui des metaux qu*il f^ut laisser aux souverains , sans trop s'af- (77) fllger de voir un Tibere d'argent a cote d'urt Auguste de bronze , sans cherclier a grands frais le bronze introuvable d'un prince obs- cur, dont nous pouvons k loisir contempler tons les traits dans une piece d'or que notre medailler nous offre a chaque heure du jour. La vraie richesse numismatique n'est point dans un sterile amas de curiosites nulles pour la clironologie et les etudes qui s'y ratta- client , mais dans les monumens qui peuvent fixer les doutes des modernes sur la raytho- logie , I'histoire ou la geographie des an~ ciens. Le classement chronologique satisfait done au but de la science 5 il dissimule les metaux qui manquent a tel r^gne et a telle tablette 5 il epargne a I'ainateur le desespoir de ne pouvoir remplir im vide qui lui blesse la vue, dans une collection dont nulle puis- sance humaine ne sauroit combler toutes les lacunes. Quant aux curieux qui ont eu le mallieur d'adopter la classification metallique , incu» rabies cliercheurs de raretes cherement inu- tiles, notre confrere n'oublie rien pour les sauver du moins des friponneries des bro- canteurs. II leur recommande sur- tout le ma~ niement liabituel des niedailles reconnues fausses , et uuq comparaison journaliere d^ ( 78 ) ces pieces avec les medailles vraies. L'exa* men minutieux , si Ton veut , d'une piece suspecte, lui paroit la meilleure le^on qu'iis puissent recevoir. II rappelle qu'un oeil exer- ce, une experience consommee n'ont pas tou- jours mis les plus habiles a I'abri d'une fraude adroitement deguisee. L'auteur du memoire expose avec une clarte remarquable le precede mecanique dont se servoient les anciens \iO\\Y frapp er leurs medailles , et il fait voir I'impossibilite materielle de les reproduire avec une preci- sion rigoureuse. Le manque de niveau dans le champ est un premier indice de faussete ; et si ce defaut peut se rencontrer acciden- tellement dans une piece antique , il sera toujours aise de la reconnoitre a la nettete, a la profbndeur des inegalites de la face , comme le creux de Toreille et le coin de la bouclie qui , dans les medailles coulees , of- frent presque toujours une empreinte a de- mi elfacee. On decouvre facilement a la loupe si ces legeres cavites et celles des let- tres ont ete retablies par le ciselet ou le burin. L'attention de I'acheteur doit se porter sur- tout sur le cordon perle qui se trouve au- tour de la piece suspecte. Le moule ne sau» roit rendrc les angles formes par la jonc- (79) tion des perles, et leur parfaite regularite ne peut etre Touvrage du burin. II suffit que I'artlste ait appuye une seule fois plus qu'il ne faut, pour que la surface entiere- ment plane du champ conserve une legere inegalite qui trahit le faussaire. M. DE Charrey fait remarquer que I'uni- quemoyen de faire prert^re a I'argent toutes les formes du moule, c'est de I'allier h. une tres petite portion de bismuth 5 et il rappelle que par ce melange le son de I'argent de- vient aigre et le metal singulierement cas- sant. D'ailleurs les bords d'une medaille cou- lee n'ont en general que I'apparence de ces fentes dont le coin a laisse I'empreinte dans les pieces antiques. Dans les copies, la sur- face en porte a peine quelques vestiges, et la pointe d'une aiguille sufiit pour recon- noitre la supercherie. Examinant ensuite une question souvent controversee , celle de savoir s'il est exact de dire que deux medailles semblables ne peuvent etre toutes les deux vraies , notre confrere observe que lesanciensemployoient des coins mobiles, susceptibles par la m^me de prendre dans la fabrication de cliaque piece des positions tr^s varices , et que des- lors leurs medailles ne peuyent offrir d'au- _ ( 80 tre uniformlte que celle du type et du re-* vers. Les memes asperites, les memes cas- sures sur les bords , observees dans deux me- dailles, sont done un prejuge centre I'anti- quite de Tune et peut-etre de toutes les deux* Nous rcgrettons vivement que les details rassembles dans le memoire sur la fabrication des monnoies romi^nes, se refusent tont-a- fait a I'analyse. M. de Charrey en tire des consequences tou jours pleines d'interet et de justesse. Son memoire est celui d'un liomme auquel une longiie habitude des medailles a rendu Fart et la science ^galement fami- liers , et il ne laisse qu'un desir , c'est que I'auteur eten.de son travail a tons les metaux et qu'il embrasse dans de nouvelles observa- tions toute la numismatique des Romains. ANTIQUITE RELIGIEUSE. Vous nous avez ordonne , Messieurs , de vous rappeler ici deux lectures dont tout I'interet, vous le savez, est dans la puis- sance, disons le mot, dans la majeste des souvenirs dont elles sont pleines. Certes, la science de I'antiquite merite tons nos liom- mages, soit qu'elle s'attache aux moindres traces d'une nation qui n'est plus et qu'elle •vienne ajoutcr sou tcmoignage au temoi- y _ ( 81 ) _ gnage cle cenxqui ont ecrit ses aiinales, soit tjue, seule avec ses monumens et dans le silence de I'histoire, elle s'eleve a ces medi- tations qui J suivant Texpression d*une fem- me celebre, sont comme une prophetie du passe. Mais il semble qu'elle s'agrandit en- core lorsque, remontant au-dela de tons les monumens, au-dela de toutes les liistoires , hors une seule qui a precede les autres de plusieurs siecles , elle ne desespere pas de decouvrir la source commune d'ou sont sor- ties toutes les traditions du genre liumain, C'est la sans doute une taclie immense et qui depasse de beaucoup I'etendue naturelle des ouvrages qui peuvent etre lus a vos seances. II n'a point ete dans notre pensee de I'embrasser tout entiere dans le memoirs auquel nous avons donne le titre de Rap-- prochemens entre les traditions profanes les plus anciennes et les traditions bibUques, ISIous avons fait comme cet antiquaire dont parle Montesquieu , qui partit de son pays, arriva en Egypte , jeta un coup d'oeil sur le^ pyramides , et s'en retourna. Qu'il nous soit permis de borner I'analyse de ce travail au resume succinct des pi inci- paux apergus qu'il presente. L'origine da senre humain , le souyenir de sa felicite pri- 6 ( 82 ) _ mitive , les crimes du premier age du monde,' le deluge , la longevite des premiers hom- mes , leur dispersion , I^ confusion des lan- gues, enfin , toute Thistoire d' Abraham , toute celle de Moise ; voila les fails sur les- quels I'auteur du memoire interroge les tra- ditions des deux continens en les rappro- chant de la Gen^se (i). La Gen^se fait descendre la race humaine d'un seul couple. Le memoire montre cette tradition chez les nations les plus anciennes^ au milieu des peuplades les plus isolees. Les forets d'Amerique ont conserve le souvenir de la premiere famille. Les Negres la nom- ment encore aujourd'hui du nom que lu£ donne Moise. Inutile d'accumuler les temoi- gnages : les citations que nous avons grou- pees autour de chaque fait ne sauroient trou- ver place dans le compte rendu de vos tra- vaux. (i) Nous omettons a dessein dansce resumeune sort© d'appendice pxiremeut physiologique qui ne se ratta- choit point a notre travail , mais a I'objection tiree de la diversite des races d'hommes qui couvrent le globe, Notre reponse n'etoit pas seulement dans I'autorit^ du celebre Blumenbach , mais dans des fails conuus e* prouves. ( 83 ) Le bonheur de I'age d'or, si semblable aux deliees et k rinnocence d'Eden, est, comme Ton salt , une tradition presque uni- yerselle. Gelle de la long^vite des hommes qui peu- plerent le monde est molns coniiue , mais Hon certes moins generale. Hesiode, le plus ancien des poetes profanes et le p^re des tlieogonies grecques , Hecatee de Milet qui preceda Herodote , Hellanicus de Lesbos , anterieur a. tous les deux , Manethon , de* positaire des hieroglyphes de I'ancienne Egypte , Berose , ce pretre de Chaldee, dont Voltaire n'a pas craint d'invoquer le text© en le mutilant, deposent comme a I'envi de i'existence de ces hommes plusieurs fois se- culaires que la Bible nous montre au temps des Patriarches. Par-tout le deluge se presente comme la deuxieme epoque du genre humain ; par- tout s'y rattache le souvenir d'une vengeance celeste. M. de Humboldt a prouve que cette tradition (i) avoit precede les Espagnols dans ie Nouveau Monde. Berose, une foule d'au- tres qui ont ecrit contre les Juifs, et dont (i) Comme celle de \q. femme au serpent^ celle dc Farclie 5 celle de \% dispersion des homraes, (84) Eiisebe nous a conserve les temoignages (i), racontent que I'Arche s'arreta pr^s du Cau- case, et que les Armeniens en montrerent long-temps les restes. Abydene (2) va jus- qu'a f'aire mention des oiseaux laches par Noe , qu'il appelle sesithrus. Que ceux qui ne croient pas au deluge nous expliquent an nioins ces souvenirs de toute la terre, cette tradition si ancienne , si universellement perpetuee , d'un fait qui seroit incroyable s'il n'etoit pas vrai. Diront-ils que ces ido- latres qui ecrivoient contre les Juifs avoient copie le recit de Moise ^ qu'il a existe on ne salt quel concert pour I'erreur entre la vieille Asie et le Nouveau Monde , entre les mysterieux pontiles de I'lnde et les sau- vages peuplades de la Senegambie ? Diront- ils que les f'aits que nous citons sont envi- ronnes par-tout de fables grossieres, etque rien ne prouve que ces faits ne soient pas fabuleux comme tout le reste ? Comme si on. avolt pu inventer le deluge et remplir deux continens d'une telle fable ; comme si les annales d'aucun peuple assignoient une epo- (1) Prepar. Evang. 1. 9, c. 4« (2) Abydene a ecrit sur Torigine des Egyptiens ^ def ClialdeenSj etc. ( 85 ) que ou ce peuple eCit commence d'y croire j comme s'il etoit si difficile de separer des circonstances , manifestement controuvees par cela seul qu'elles ne sont nulle part les memes, d'un fait principal , manifestement vrai par cela seul que sur ce point la me- moire des peuples ne varie nulle part ? La Genese nous apprend qu'il n'y eut d'a- bord qu'un seul peuple et qu'une meme langue , mais que Dieu confondit I'orgueil des enfans d'Adam et les dispersa sur la face de la terre (i). Ici encore Abydene parle comme Mo'ise -, les livres sybillins confirment les traditions sacrees. Nous vous epargne- rons , Messieurs , la sterile nomenclature des autres autorites invoquees par Eusebe. Mais ce n'est pas sans admiration qu'on retrouve les memes souvenirs aux extremites de la Haute Asie et j usque dans les deserts de FAfrique ou sur les plages americaines -, et qu'on voit jaillir de I'etude comparative des langues chez tous les peuples la decou- verte des plus etonnantes identites. Com- ment le genre liumain ne seroit-il point sorti d'un meme lieu, quand les rapprocliemens les plus inesperes forcent les plus incredules de (0 Genese, c. xij v, 6-io. (86) reconnoitre que Ticliome des anciens Persans et des Germains , celui des Indiens et des anciens Grecs se confondent dans une com- mune origine ? Qu'est-il besom de prolonger cette ana- lyse et de signaler sur I'ljlstoire de Mo'ise et d'Abraham des conformites non moins frap- pantes? Vous n'avez point oublie , Messieurs, avec quelle precision les Negres , cette na- tion separee de toutes les autres , attestent les traits les plus merveilleux de la vie du legislateur des Juifs, les dangers dont fut sauvee son enlance , la persecution de Plia" raon et le passage mlraculeux de la mer Rouge (i). La langue des Negres est la seule langue connue ou le nom de Moise exprime nettement, et sans avoir recours a aucune racine , I'idee que les livres saints y ont at- tachee (2). (1 ) lis appellent ia mer Rouge mer du Levant (GAeiC cu PinkoJi ). (2) Mojisa, nom de Moise dans la langue des Negres, €st precisement le participe du verbe monsal qui signi- fie sauver des eaux. Ce nom fut impose a Moyse par la fille du roi d'Egypte ; Tilia Pharaonis puerum adop- tavit in locum jiiil , vocavitque nomen ejus Nloyses y diccns ; quid tuli eum de medio aquarum. (Exod. \i^ to- ) II est constant que ce nom ji'est point hebreu j et (8/) Cette reraarque nous conduisolt naturel- lement a quelques recherches sur ce peuple que plusieurs anatomistes nous presentent comme voue de toute antiquite a la barba- ric par le rnallieur de son organisation. Les traditions de la Senegambie repoussent vi- vement cette injure. Les Negres ont garde la memoire d'une civilisation qui a echappe ^ leurs peres. Nos adversaires n'explique- roient pas mieux ce souvenir que tous les autres. Les Negres racontent que leurs peres ont regne sur TEgypte , et ce qui est re- marquable, sansiqii'ils aient eu depuis des siecles aucun rapport avec le pays d'ou ils disent avoir ete chasses (i). L'histoire, les monumens , les souvenirs religieux de cette antique contree sontloin de les dementir (2). depuis Pbilon et Joseph jusqu'a D. Calmet, les rabbins et les commentateurs ont ete fort embarrasses pour jus- tifier la signification que PExode lui attribue j la desi- nence qu'il a conservee en latin est evideniment grecque ct ne sauroit contrarier I'opinion de ceux qui veulent que monsa soit le nom pr4niitif. (1) lis appellent encore les Egyptiens du nom de Mesraim , c'est-a-dire du nom du 2"-' fils de Cham , qui celon la Genese a peuple I'Egypte. (2) Herodote dit en propres mots : Je pense que les Colches sont une colonie des Egyptiens f parce qu'ils ( 88 ) Les analogies du laii^age appuient merveil- leiTScirient ces indications precieuses. Volney reconnoit que les Coptes, qui sont les re- presentans directs des Egyptiens d'autrefois , out conserve des restes de I'idiorae primitif de i'Egypte , et que ces restes se rappro- client sensiblement de I'idiome des Arabes et des Ethiopiens qu'il presente comme de- rives d'un funds commun ; et nous savons d'un voyageur qui a passe plusieurs mois au Senegal, que la langue des Negres a des al'iinites frappantes avec I'Arabe qui semble meme n'en etre qu'an dialed^ (i) . L'auteur du Voyage enSyrie ajoute ^ ces rapprocliemens deja si etonnans, des observations physio- gnomoniques qui lui paroissent decisives , et il n'hesite pas a voir dans les Negres les «ii^i^— ^— ■ » I ■ ■ ^■■. . Ill ■■■ I I. ■■ I., ■ ■ -ail ^— I. — I. .»■■ ■ F ■ I— ^p^ ont , comme eux , la peau noire et les cheveux crepus-. ( Liv. II, p. i5o. ) — Le sphinx grave dans Norden et le Voyage pittoresque en Egypte a visiblement tous lescaracteresd'une figure ethiopienne. — Enfinon con- noit I'ouvrage du president de Brosses : Du culte des JDieux Fetiches , on des rapports qui existent eiitre I'anciemie religion des Egyptiens et celle des peuplea de la Guinde, (i) Ce voyageur a redige una grammaire et un die- tionnaire de la langue des Negres Wolofs , qui sont en i;e iftowent sous presse a rimpriraerie loyale. ( 89 J premiers auteurs de la civilisation grecqiie et les precepteurs du genre liumain (i). C'en est assez du moins pour qu'on ne puisse nier que les peuples de la Senegam- bie ont pu connoitre les fails qui font I'objet de nos reclierclies, avant la predication de Tislamisme qui leur fut apporte par des mis- sionnaires de la Mauritanie, et qui a pris a peine racine parmi eux. On ne sauroit trop remarquer que leurs traditions aban- donnent Mo'ise des qu'il a passela mer Rouge , tandis que le Coran suit ce grand legisla- teur en Arable. Pour la premiere moitie de sa vie , les Mahometans sont loin d'en avoir une notion aussi precise et aussi com- plete que les Negres 5 et c'est une preuve de plus que ceux-ci ne doi vent point cette notion aux disciples de Mahomet. Pres de finir cet expose , nous sommes frappes d'un fait. Dans les dernieres annees (1) Voyage en Egypte et en Syrie , del'etat politique de I'Eg. ch. I. — Volney observe que les Copies d'au- jourd'hui sont de veritables mulatres, ce qu'il explique en disant que leur sang ^ allie depuis plusieurs siecles a celui des Remains et des Grecs, a du perdrel'intensitede sa premiere couleur , quoique la figure des Coptes ait conserve son moule originel, II rappelle que Blumenbach du dernier siecle , toutesles sciences etolent devenues tributaires de rincredulite. Elle avoit deinande des armes a. tout ce qui fait autorite parmi les hommes , et toutes les in- fluences soclales avolent paru ses auxiliaires naturels. Le jour de la discussion est venu , et tout cet amas d'objections dont I'irreli- gion etoit si fiere s'est ecroule piece a piece. Les decouvertes geologiques attestent chaque jour de plus en plus que Thomme est mo- derne sur la terre. Les Freret, les Bailly, les Delambre ont reduit a. leur juste valeur les innombrables annees de la clironologie cliinoise , et ce n*est deja plus un merite de repeter ces paroles de Bernardin de Saint- Pierre : Oui y je le dis du fond de rnon coeur , je ne connois point de livre oh iL y ait des monumens plus certains de I'his- toire des nations et de ceile de la nature que la Genese„ ia disseque plusieurs momies egyptiennes qui lui ont pa- Tu appartenir a la race ethiopienne. La fenime de Salomon, fille d'un roi d'Egypte, etoit noire, si I'onen croit le Cantique descantiques, c. i, v. 4 et 5. Nigra siiniy sedforniosa, Jiliae Jerusalem ; nolite considerare quod fuscasim f quia decoloraviC me soL (90 PHILOLOGIE. Passer des apercus que nous venons de retracer sur les primitifs habitans de I'E- gypte, aux recherches d'un jeune savant sur les hieroglyphes de cette terre mysterieuse , ce n'est presque pas avoir change de sujet. Une decouverte du plus liaut interet pour la philosophie et pour I'liistoire avoit passe comme inaper^ue dans les journaux litte- raires , lorsqu'un de vos membres s'est em- presse de vous y associer en quelque sorte, en vous exposant avec detail les resultats jieuf's et positifs que I'auteur de cette de- couverte , M. Champollion le jeune , a sou- mis a I'Acadeinie des inscriptions et belles- lettres , vers la lin de 1822. Un petit nombre de docuraens , deja consignes ailleurs (1), suffisent pour faire apprecier ces resultats. Les travaux deM.de Sacy qu'il faut nom- mer avant tous les autres , selon I'ordre des temps et selon le rang que I'opinion des sa- vans lui asslgne parmi les orientalistes de I'Europe , les recherches d'Ackerblad et du D^. Young ( de la Societe royale de Londres), avoient demontre a la Ibis et les diificultes ■r^^«.iwi" (i) Dans le Journal des savans. (9^ _ inseparables de Tetude des hie'roglyplies , et riinportance des notions nouv elles qu'il etoit permls d'en esperer. M. Cliampollion , de son cote, etoit par- venu a preciser les nuances qui distinguent les trois ecritures connues dans I'ancienne E^ypte , 1*^ I'ecriture hieroglypliique qui , vous le savez , Messieurs , etoit une verita- ble peinture oii chaque idee etoit represen- tee par un objet physique employe tan tot dans le sens propre , tantot dans le sens figure ; oP Tecriture hiSratique _, sorte de ta- cliygraphie de la premiere, reduite ainsi par les pretres a de foibles traces de I'imitation des objets physiques ; 3*^ I'ecriture demoti- que f ou populaire , qui se composoit des memes signes, mais combines d'apres des regies qui lui etoient propres pour les usages civils et les matieres privees. Ces trois SYStemes d'ecriture etoient ideo- graphiques, c'est-a-dire , qu'ils represen- toient des idees et non des sons. Comment les noms propres etoient- ils exprimes dans les inscriptions hieroglyphicjues ? Ce probleme paroissolt insoluble ; et une des sources les plus precieuses de I'histoire seml:)loit per- due pour les modernes , lorsque la compa- raison des carac teres qui se correspondent (93) ;_ idans le triple texte cle rinscrlption graves sur la f'ameuse pierre triangulaire de Rosette a revele a M. Champollion une serle auxi- liaire de signes destines k exprimer le son des noms propres et des noms etrangers a la lan- gue Egyptienne. Ces caracteres qui n'expri- ment plus des idees , mais des syllabes, cons- tituent ce que M. Champollion a nomme Vecriture phoiietique , du mot grec (p^y^h (^phone ), qui signifie voice. En rapprochant les deux noms grecs de Ptolemee et de Cleo- patre , il a reconnu que les lettres communes h. I'un et a I'autre de ces noms sont repre- sentees par des caracteres identiques dans toutes les inscriptions qu'il a comparees j et c'est par des observations semblables appli- quees a d'autres noms , que M. Champollion est parvenu h. completer I'alphabet tachy- graphique de I'ancienne Egypte. II est permis de croire que cette decou- verte jettera un grand jour sur I'invention de I'ecriture alphabetlque. L'ecriture hiero- glyphique , qui representoit des idees par des figures , a toujoursparu fondee sur une ana- logie sensible ; mais la transition a l'ecriture syllabaire, et de celle-ci a l'ecriture alpha- betlque restoit un probleme , parce que ni I'esprit, ui les sens ne peuvent saisir un rap- (94) ; uelconque entre le son qui frappe Fair n'est plus , et le trait qui fixe sur le ^_j^xer son existence fugitive. Dans ce genre d'invention, chaque pas franclilt un abime, et rien jusqu'ici n*avoit fait pressentir une explication satisfaisante. M. Champollion pose comme un fait constant que, dans le clioix des slgnes hieroglypliiques etendus a la representation des sons, les Egyptiens ont pris pour signe de chaque voyelle ou de chaque consonne I'hieroglyphe consacre a peindre un objet dont le nom en langue egyptienne commencoit par le son ou I'arti- culation qu'il s'agissoitde representer. Ainsi I'usage d'une main est devenu le signe pho- netlque de la consonne T, qu*on trouve ainsi liguree par I'image d'un niveau de ma^on , parce que le T est la premiere articulation des deux mots egyptiens qui expriment ces deux objets. C'est par une application de'ce prlncipe que M. Champollion a dechiffre les inscrip- tions gravees sur les bas-reliefs et sur une des facades du fameux temple de Denderah. Personne n'ignore aujourd'hui que les unes portent le nom des Ptolemees , les autres celui des Antonins , que ces zodiaqwes de forme egyptienne, retrouves dans des tem« (95) pies de construction grecque , ont et6 traces sous les successeurs d'Alexandre 5 et cette seule observation auroit suffi pour dementir le reve de cette antiquite monstrueuse contre laquelle tant de savans liomnies ontproteste tour-a-tour au nom de la Bible et de la rai- son (1). Un travail d'une veritable importance oc« cupoit vers ]e meme temps les loisirs d'uia de nos membres, M. Gueneau de Mussy, Vousl'aviez charge. Messieurs, d*examiner I'opinion d'un savant helleniste anglais, sur les deux epopees d'Homere ; longue et pe- nible tache , dont I'interet etoit double pour vous par le nom de celuiqui a fait hommage aTAcademie de Touvrage de M, Knight (2.). L'auteur proteste hautement contre la tra- dition qui attribue a Pisistrate la gloire d'a- voir reuni en corps d'ouvrage les chants ad^ mirables dont se composent aujourd'hui !'!» liade et TOdyssee. II invoque avec force le silence d'Herodote, de Thucydide, de Pla- ton et d'Aristote , d'Aristote qui loue avec (1) M" Visconti , I'abbe Halma , traducteur de Ptolemee 5 Biot , Gosselin j Joroard , Saint-Martin ^ Letronne , etc. etc. (2) Lord Holland, , (96) tant de Justice le merveilleux ensemljle dea poemes homeriques. II s'etonne qii'iin cri- tique aussi judicieux que Heyne ait labo- rieuseinent cherche dans I'ordonnance si simple , si naturelle , de ces antiques com- positions, je ne sals quel assemblage de pie- ces rapportees. II refute ses principales objec- tions. II demande comment la bibliotlieque d'Alexandrie , ou les Ptolemees avoient ras- semble tant de manuscrits d'Homere , n'ot- froit aucun exemplaire de I'edition attribuee aux Pisistratides 5 comment Homere ne se trouve pas meme au nombre des poetes dont les rois d'Egypte firent chercher dans Athe- nes les plus anciens manuscrits. Qui d'entre nous , Messieurs , place entre les doutes de Heyne et de telles preuves , n'aimera pas mieux croire avec M. Knight que, si les poemes d'Homere ont ete morceles par les rapsodes pour la commodite de leurs au- diteurs, ilsn'ont pas moins ete composes par un meine poete (1) dans I'ordre qu'ils ont conserve jusqu'k nous, et que la seule gloire de Pisistrate est d'avoir prescrit aux rap- sodes de chanter de suite et a tour de role (i) Mille a. onze cents ans avant J, C, ( 97 ) riliade et TOdyssee rendues h. leur ordon- liance primitive ? M. DE MussY admet encore avec M. Knight que ces poesies , en traversant une antiquite de trente siecles, n'oiit pu echapper aux doubles alterations d'un copiste inexact ou d'un scoliaste souvent systematique. Mais ne seroit-ce point se laisser a son tour abu- ser par Tesprit de systeme, que de publier au XIX. *^ siecle une restauration soudaine du texte homerique , sans s'appuyer d'aucun manuscrit et comme pour dementir toute I'antiquite? Comment I'helleniste anglais n'a- t-il pas craint d'encourir le reproche de te* merite , en ef'f acant de I'lliade et de FOdyssee tons les vers qui attestent la diverslte des dia- lectes , comme interpol^s par les rapsodea dans les dges qui suivirent ? Comment ne s'est- il pas etonne de cette accusation d'ignorance que son systeme I'oblige de porter contre des hommes telsque Thucydideet Aristote, parce qu'ils ont meconnu cette unite de dialecte qu'il veut retablir dans les poemesd'Homere? Comment n'a-t-il pas senti que I'euplionie , si cliere aux Grecs, et la melodie originelle de leur langue repoussoient ces aspirations accumulees dans cliaque vers de son edition, et que rendre Homere barbare, ce n'etoit 7 ' ( 98 ) servir nl la langne du ppete, ni sa gloire ? "Le point capital du systeme de M. Kuiglit est riiitroduction du digamma des Eolieiisdans les mots ou cette aspiration blesse le plus Toreille, et ilavoue qu'onn'en trouve aucune trace dans les manuscrits les plus anciens. Mais persuade qu'Homere n'a empl oye qu'un dialecte ( I'Eolique ) , il clierclie dans des fragmens d'inscriptionsqui paroissent appar- tenir a ces temps recules, dans des rappro- cliemens de textes et des analogies souvent conjecturales, des pretives de cet idiome pri- initif qu'il prete a. son poete et qui auroit dis- paru , sans meme laisser de traces dans la me- moire des contemporains de Pericles et d'Alexandre. Si beaucoup de science suffisoit pour etablir un tel systeme , rien ne manque- roit a la demonstration de M, Knight. Mais sil'erudition la plus incontestable ne dispense pas une opinion nouvelle de preuvesdircctes et positives, M. Knight nous permettia de conserver quelques doutes. Notre mission n'est pas de nous prononcer egalement sur des recherches d'une autre na- ture , (|ue M. Seguier a livrecs au public sous ce titre : Emploi des conjonctzons et des modes conjonctifs dans la langne grecque, Avant de faire hommage i i'Ac^demie de c« < 99 ) ^ grand travail , Pauteur avoit obtenti le seul genre de succes que puisse se promettre celui qui aime assez une.langue morte pour en approfondir le mecanisme et la tlieorie : il avoit Testime des savans qui ont dedaigne comme lui de s'arreter adesgeneralites gram- inaticales, presque touj ours vagueset super- iicielles, et il ne demandoit rien aux autres. Les remarques de cet academicien sur le Tacite de la collection de M. Lemaire, faites en quelque sorte au milieu de nous, appar- tiendroient naturellementa ce Compte ren- du , si des critiques de detail pouvoient y trouver place. M. Seguier trouve encore k epurer dans le texte de Tacite, meme apres les Ernesti et les Oberlin, et ce ne seroic point une etude sterile que celle qui ajoute- roit aux travaux de ces savans hornmes. La phrase du peintre de Tib^re est tou jours si pleine qu'aucune expression n'est indif'fe- rente dans son recit : rendre au texte un mot omis ou tronque par les copistes , c'est resti- tuerunepensee al'iiistoire : et quelle liistoire! HISTOIRE. HISTOIRE POLITIQUE. Le nom de Tacite nous rappelie d'autrea €tudes, et s'U jetie c^ueique chose de sou ecUt; ( loo ) et tie sa grandeur sur les modestes meditft-* tions du pliilologue, il ne sera pas d'un moins bon angiire pour le lecteur , s'il le retrouve a la teted'tine grande composition historique. Nous devons done feliciter M. Lorain de s'etre empare du tableau des moeurs germai- iies pour nous introduire dans son beau tra- vail sur V ancienne France , apres avoir de- robe a rliistorien d^A devient pure et simple." Silefds d'Adelaide eut ete legitime, il avoit des droits incontestables a la double couronne que Louis- le-Gros avoit portee, CependanE TAllemagne ne pense point a lui, et la dalma- tique imperiale , livree pour la premiere fois aux chances d'une election aristocratique, est deferee a Arnould, due de Carinthie. Pres- que en meme temps, Eudes, comte de Paris, arriere-petit-lils de Charlemagne par sa mere, est proclame Roi de France. Ses ennemis ne lui opposent qu'un etranger dont les mouve- mens troublerent peu le royaume ; et les pre- tentions de CharleS'le-Simple^toient si loin detous les esprits, que les provinces du mid i, qui voulurent un moment se rendre inde- pendantes , ne song^rent pas meme a se f'aire (i) Esprit des lois , 1. xxxi -, ch. ly. 8 ("4) nil pretexte de son noni. Lc troisieme fils do Louis -le-Begue iie se montre que quatre ans apres , a la tete d'un soulevement suscite par I'arclieveque de Reims. Une invasion des Normands force les deux competiteurs a un partage , inegal toutefois pour Cliarles- le-Simple. Eudesmeurt bicntot sans lieritier 5 les seigneurs frappes de la necessite de s'u- nir centre les perils dont la France etoit as- siegee, reconnoissent eniin son rival (1). Les chartes du roi Eudes , ses medailles, tons les anciens monumensdiplomatiques de* mentent ceux qui n'ont voulu voir en luique le reo^ent du royaume. II lautcpuiserla liste desauteurs voisins de cette epoque, pour ren- contrer quelques temoignages dont cette fa- ble de la regence puisse etre etayee , et le sa- vant Bullet a rendu palpables I'ignorance et les contradictions des annalistes invoques pour balancer tant de preuves. Les liistoriens les moins favorables a Eudes attestent qu'il (1) lis avoient d'abord proclame le fils d'Eudes en- core enfant ( vita S. Geiiitlfi ^ ann. 898 ). Sa luort les lejeta sous la domination de Charles-le-Siinple. Cette cii'constance interuiediaire se concilie mal avec ce que Llezerai raconte des derniers momens du roi Eudes qui les auroit exliortes a nc pas resler plus long-temps re- belles au roi legitime* I'nt sacre a Reims sans opposition , et nous clterions des actes de Charles-le-Simple ou il ne compte les annees de son regne qu a dater de la mortdu pretendu regent , qu'il appelle son predecesseur ( i ) . En effet le troisieme fils de Louis-le-B^aue lie regnoit que par les suffrages des eveques et des barons. II avoit etd elu : Reglnon,qut ecrivoit sous son regne meme , le declare en. termes formels. Aussi les grands se persua* derent sans peine qu'ils avoient le droit de lui retirer un titre qu'il tenoit d'eux. Robert, I'rere du roi Eudes, fut substltue a Cliarles- le-Simple et se fit sacrer aReims. Apres sa anort , Hugues-le-Grand, son fils, refuse la couronne etlafaittombersurlatete de Raou], toujours par le clioix des grands. C'est encore Tinfluence de Hugues-le-Grand qui entraine relectiondeLouislVetdeLothairc(2).LouisV ^ ■..■■- - — ■ ■ - - - - . — — — ■- , _^ (i) V. le traite avec Henry, roi des Francs orient. Bahiz. t. 3 , an 921. — V. aussi Reginon, les Ann. da Metz, LuitpranJ , Guillavime de Jumieges , Abbon , Odoran, Oilion de Frisingue, Aimar de Chab^nnes, les Chron. de Saint-Benigne , de Saint Waast d'Arras, de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, etc. etc. (2) Totiusregni primates ELEGERUNT Ludovi- cum , filium 'videlicet praedicti regis Caro//(RaduIph. Glabet jl.i.c. I ii).V. aussi la Chron. deTonrsetMezerai, Quant a Lothairej Frodoard j annaliste couteiapo* ( ii6 ) est eiii comme son pere et son aVeul : suhli" jnatur in regno , disent les chronlques con- temporaines 5 et c'est relectlon coiisecutire de ces trois princes qui a fait illusion a beau- coup d'ecrivains. lis en ont conclu que I'lie- redite avoit ete retablie ; mais I'ambition des seigneurs Teut-elle soulf'ert ? Plusieurs gene- rations d'empereurs ne se sont-elles pas suc- cedees en AUemagne sans que I'empirecessat d'etre electif,etlaPolognen'a-t-elIepasdonne les memes exemples ? Ce n'est pas lorsque les trones chancel lent, lorsque le diademe flotte surle front des Rois, que leur pouvoir devient hereditaire ; et ^ defaut des temoignages his- toriques , la raison nous defendroit de croire que les droits du sang eussent ete rendus a line royaute demantelee, telle en un mot que la feodalite I'avoit faite pour les derniers re- jetons de Charlemagne. La couronne n'etoit done point heredi- taire lorsqu'elle fut offerte a Hugues Capet. Fils de Hugues-le Grand qui I'avoit trois fois refusee , beau-frere du dernier Roi , neveu rain, dit que sa mere cut recours \ IIugues-le-Grand pour luiconcilierlessuff rages. Q«a//zZf//o-o«<:/co//o^w/£/OT accivit f et venientem consolatur ^ ac de rr,or£CTjosrE flLII EJUS JJSf E.EGNUIH polliCGtUr. (117) du rol Raoul , petlt-neveu clu rol Eudes, pe- tit-fils du roi Robert , qu'avolt-il besoin d'u- surper un tone qui , par la force meme des choses, ne pouvoit rester plus long-temps separe du plus grand fief de la monarcliie ? Pourquoi repousseroit-on les temoignages contemporains ? Est-ce parce qu'ils assurent que la royaute fut librement deferee a celui qui seul pouvoit la defendre ? (i). Arretons-nous. Peut-etre en avons-nous dit assez pour balancer la confiance aveugle avec laquelle des liommes pleins de luinieres ont abandonne leur conviction aux accusa- teursde ladynastie capetienne. Si nous avons ete assez heureux pour desarmer des preven- tions auxquelles I'education a prete sa puis- sance , si nos adversaires veulent bien recon- noitre que notre opinion n'est pas indigne d'etre examinee, notre temps n'aura pas ete perdu (2). ■I II I ■ I II . ■» (i) V. Glaber Rad. 1. 1 c. 2 ; Odoran , Chron. de Saint-Benigne, an 987 ; Thomas de Loches ^ la petite Chron. de Saint-Denis, celles de Senones et de Saint- Medard de Soissons, an 986 , etc. etc. (2) On ne citeroit pas un seul contemporain que Bullet n'ait consulte avant de justifier Hugues-C.ipet. Les ecrivainsauxquels le p. Lelong accorde ie pUisd'au- torite pour la fin de la 2^ race sont I'annaliste de Saint- Bertin, Reginon , Luitprand et Frodoard. Ce sont pre- (ii8) BIOGRAPHIE. Une autre branche de riiistoire , qui a ten- te de beaux geiiies chez les anciens , et qui parini nous a pris quelquefois, sur-tout dans ce siecle, un essor assez eleve, devoit trou- ver place dans les travaux de rAcademie. Mais, s'il est vrai que la concision soit pro- prement I'eloquence du genre biographique, vous nous pardonnerez , Messieurs , de ne vous rappeler qu'en passant des lectures qui echappent a I'analyse par leur nature meiue. •— — — — - — — ... — .^ cisement ceux qui deposent le plus clairement des faits par nous invoques. Nous n'avons pas parle de deux erreurs de Velly, 1° II invoque contre Hugues mie lettre de Gerbert , qu'il rapporte a. I'amiee 987 oil commence la 3.^ race. Cette lettre , adressee a Thierry, evequede Metz, mort en 984 sous le regne de Lothaire, ne peut s'appiiquer a ce qui arriva 3 ans apres. 2° II rapporte que Charles de Lorraine, compeliteur de Hugues, mourut son pri- sonnier. Les annalistes lorralns racontent au contraire que leur prince s'ech'ippa, et I'on a trouve son epita- phedans uneeglise de Mastrichtj ily est appele co/TZ^e, Quoi qu'il en soit, ses enfans n'inquidterent jamais so« rival. Alably, pour soutenir Tusurpation de Hugues, en est r(5duit a traduire Tranci primates par les principaux de I'Jsk'dQ-France. N'est-ce pas vouioirse tromper 3 ( ^^9 ) La notice de M. Girault sur Claude de Beauvoir , mareclial de France sous Charles VI, n'offreguere que desfaits militalres d'une mediocre importance. Celle qu'il avoit con- sacree a Saint Bernard est le dernier travail que ses derniers jours lui aient permis. Nous devious cette double mention a sa memoire. Nous y joindrons la nomenclature des arti- cles destines par le redacteur de ce rapport a \dL Biographie universeUe (i), vaste entre- prise qui honore le XIX^ siecle et qni se re- commande comme I'oetivre en quelque sorte solidaire de toute la litterature contempo- raine. C'est encore au genre biograpliique que se rapportent quelqueslragmens de I'liis- toire litteraire de la province , que Messieurs Girault et Amanton yous avoient ofl'erts , etqn'ilsont fait imprimer sous letitrede Var- ticuLarites inedites et peu coriJiues sur la Monnoye , CrebilLon et Piroii. La publica- tion de ce travail, en le soumettant a ini autre jugement que le notre , I'enleve natii- rellement au Compte rendu de rAcadcmie. (i) Philopcemen, PJwcion, Paruta , Politierif Pulci, Properce, Pomponace, Pyrrhoji, le cardinal de Retz^ ( 120 ) philosophic:. Des discussions cVun ordre bien superieur ont retenti un moment dans cette enceinte. Mais, condamnes par les bornes naturelles de ce rapport a ne point erabrasser dans toute leur etendue des doctrines qui parta- gent le monde pliilosophique , pourrions- nous consentir a les effleurer ? Est-ce a nous d'ailleurs a faire la part de la louange et da blame sur ces debats , auxquels , vous le sa*- vez, nous n'avons pu rester assez etranger pour que I'impartialite du narrateur ne parut point plus d*une f bissuspecte?Cette considera- tion dejasiimperieuse,n'est-elie pas devenue toute-puissante, depuis que celui de nos con- freres qui etoit entre le premier dans la lice a voulu que le public se fit juge entre lui et Iious? Et que pourrions-nous dire, si ce n'est que vous avezcraintde rien prononcer surces questions, les plus liautes peut-etre qui puis- sent ^tre agitees parmi Jes liommes ? Vous avez entendu un rapport d'une clarte remar- quable , auquel nul ne sauroit refuser I'elo- ge que Montaigne donnoit ingenuement a eon livre : C'est iciun ouvrage de bonne fol. La noble moderation qui distingue la partle polemique de ce travail , les coTxuoissancea pliilosopliiqnes dont il porte remprcmte ne pouvoient echapper a rAcadeinie. Plusieurs membres toutefois refusoient encore leur conviction aux conclusions du rapporteur, et toutes ses opinions n'etoient point egalement admises par tous ceux qui partageoient sa doctrine sur la question principale du rapport. Vous avez pense , Messieurs , qu'il ne vous appartenoit point de decider en tre des liommes tels que Platon et Descartes, entre M. de la Mennais et ses adversaires , entre votre rap- porteur etM. de Bonald. Vous n'avez pas eu la pretention de f'ermer la lice , parce que quelques-uns d'entre vous etoient descendus un moment dans I'arene , et vous n'avez pas cru vous etablir leurs jugesenvotant a I'una- nimite I'impression d'un rapport qui ne peut que honorer 1' Academic (i). LITTERATURE.-POESIE. L'alliance de la Philosopliie et de la Poesie est trop ancienne ; elle s'est renou- velee de nos jours avec trop d'eclat, pour que votre secretaire s'excuse de placer dans ce Rapport les disciples d^ Platon si pres des disciples d'Homere, et de ne point trop se- (i) V. ce R^ppoft k la suite du Conipte rendu. ( 122 ) parerdeux etudes qui tant de fois ont eu dcs inspirations communes, et qui tiennent rune et I'autre k ce qu'il y a dc plus eleve dans I'intelligence crece. Ce n'est pas au liasard , Messieurs , que nous avons prononce ce nom de Poesie; les offrandes nom bre uses que les Muses ont re- e tintement lointain de I'airaiii monotone....* Ces sons religieux, mourant avec le jour 5 Ce repos solennel sur les monts d'alentourj La lune qui, pareille a la blanche vestale Qui vient faire briiler sa lampe sepulcrale Sur la toinbe isolee ou repose une soeur, Se levoit pour verser sa pensive lueurj Ces astres mi-voiles semes dans I'etendue ; Tout jetoJt I'infini dans mon ame eperdue 9 Elle avoit secoue le fardeau de ses fers 5 I^onl je n'habitois plus ce terrestre univers; Mais jusqu'aux cieux ravi sur de rapides ailes j Je croyois saluer les clartes eternelles, Entendre soupirer dans le sejour divin. E'ineffable concert du cantique sans fin, Et, nageant au milieu d'un torrent d'harmonicj Commencer le matin d'une seconde vie... Et cependant I'orfraie k travers ces vieux bois Trainoit en cris mourans sa lamentable voix : cc Le Ciel n'estpas encore aujourd'hui ta demeure^ cc Disoit-elle , tu vis sur la terre 011 I'on pleure. Nous n'avons pas encore parle de I'Ode de M. Brugnot sur la Grece ,\n. de son Idylle si touchante de la Chapelle-des-Bois. Nous ne pouvons rien extraire de cette derniere piece sans lui faire perdre quelque chose du charme que TAcademie a trouve dans sa m ( i33 ) lecture , et nous la soumettons tout entlero au public (i) J mais nous essaierons cle dero- ber quelques strophes a cette oeuvre toute poetique oii uotre jeuiie confrere a mele la plainte eloquente , mais resignee , d'une lyre chretienne aux cris de detresse qui naguere encore retentissoient dans I'antique patrie des beaux vers et des beaux arts. Ce qui distingue I'Ode de M. Brugnot en- tre toutes les compositions lyriques inspirees par les malheurs de la Grece , c'est que , sui- vant I'expression d'un de nos confreres (2) , il donne plus de regrets a son anciennesplen- deur , plus de larmes a sa desolation presen- te , que d'esperances a son avenir et d'en- couragement a ses amies. II a cliante la Grece au moment ou eile desesperoit d'elle- meme 5 et , pour citer encore le meme mem- bre , sa voix melancolique et religieuse n'a trouve pour elle qu'un hymne de deuii. Aussi la douleur du poete n'a rien de vulgaire. II jette d'abord un regard d'amour sur la France. Beni soitle doux nom (i) dont le style se distingue liabituellement par beaucoup de rapidite , et i s'el^ve, quand il le faut, a une veritable ener- gie. Malheureusement , rencliainement des pensees de I'auteur n*est pas assez marque ; il se permet trop souvent des developpemens qui ne ressemblent pas mal a des digressions, et il n'a pas saisi la pcnsee de I'Academie quant a la necessitede I'Autorite dans la So- ciete religieuse. Mais malgre ces clefauts , et quoiqu'il n'ait pas toujours evite I'ambition des figures, le vague, I'obscurite , ni surtout cette concision laborieuse que repousse le (i) Epig, : Rois, soyez attentifs ; peuples j ouvrez Voreille. (J.-B. Rousseau.) ( 147 ) g^nie de notre langue , concision qui revele bien plutot les efforts de Tecrivain , qn'elle n'atteste une force reelle , nous regrettons qu'il ne soit pas rentre en lice cette annee ; car il etoit digne de remplir toutes les espe- rances qu.'il avoit donnees a TAcademie. Da reste , tons les niemoires envoyes en 1822. avoient, par des reflexions etrangeres, nn pen deborde le sujet qui cependant etoit par lui-meme assez vaste. Par une preoc- cupation d'esprit singuliere, aucun des con- currens ne I'avoit embrasse dans toute son etendue. II falloit se borner adeveloppercette verite , que la volonte n'est forte que de ce qu'elle cede a la regie , corame rinteiligence ne vit que de ce qu'elle croit. II falloit suivre I'Autorite dans laSociete religieuse , dans la Societe civile, dans la Societe domestique,eu deinontrer la necessite par tout ce qu'il y a de plus intime dans notre nature, et forcer tous les esprits de la proclamer avec nous le premier de nos interets et le plus imperieux des besoins sociaux. C'etoit la, commeonvolt, une question de vie oudemortpourla civilisation toutentiere, et r Academie s'empressade la remettre aucon- cours,endoublantlapalzneproposee.SansLlou5 te, ilfaut gemirsur les temps ou de semblables ( >48) verltesnesontpasd'evidencepubllque.Aiisie- cle deBossuet et de Pascal , on ne demontrpit pasrAutorile,parcequ'onycroyoitetqu'ilau'" roit paru presque aussi etrange de la prouver quedelacoinbattre.Maisdans cesiecleoutou- tes lesverltessont rede venues des opinions, ou les doctrines manqnent aux pcuples desheri- tes de leurs croyances, qui s'etonnera du be- soin de les rcproduire? Peut-on reclamertrop de lemons pour cette generation avide dc jouir, qui deja s'elance dans le tourbillon de la vie, toujours prompte a s'agiter au hasard , sans savoir ou elle va , sans demander d'ou elle vient , niais habituee a considerer I'Auto- rite comme essentiellement hostile , et la li- Lerte comme la negation du pouvoir ? Des publicistes sont venus , qui n'ont vu dans I'ordre social qu'un etat de guerre entre les gouvernans et les gouvernes. lis appeloient dans leurs reves d'orgueil je ne sais que^ etat de choses ou les 2.uerres civiles seroient d'ordre naturel , oii le droit d'insurrection seroit une loi sociale : comme si la securite, sans laquelle la liberte n'est qu'un songe , pouvoit se rencontrer dans ces constitutions violentes oii Ton ne voit plus que deux en- nemis en presence , epiant I'occasion de sq devorer, ou les chefs de I'Etat sont despotes* (_i49) peinedelavie,etlescitoyensn'ont qu'aclioisir entre la tyrannle dequelquesliomniesetla ty- ranniedetous! Faut-il s'etoniier,apresd'atissi etrangestheories,c|iieleseulnoniderAiitorite auquelCiceronattachoitune idee si noble et si elevee, soit devenu iin signe de contradiction parmi les liommes , et que la plupart des con- currens en aient a peine senti toute la force, nousdirions presque toute la vertu ? Un pro- gramme special a ete publiepou:? mieuxattes- ter I'importance que nous attachions tousa cequela questionfutbien comprise. Develop- per ce programme enpeude mots, ce ne sera passeulementrappeler les intentionsdeTAca- demie , ce sera vous etablir juges du Con- cours. Les vues generales de I'Academie etoient faciles a saisir. Les concurrens devoient etu- dier riiomme , non dans I'isolement contre nature ou I'exile Rousseau , mais dans ses rapports naturels avec les etres auxquels ii doit s'unir dans la Societe religieuse , dans I'Etat, dans la famille. lis devoient montrer que si sa volonte est ton jours libre, elie n'esfc jamais independante ; qu'elle doit accepter le joug de I'ordre , ou que le desordre lui en imposera bientot un plus dur; que cette vo- lonte se manque par- tout a elle-meme 5 qu'elle ( i5o ) ^ se contredit et s'annulle , si elle ne consent a etre conduite 5 et voila pourquoi il faut a riionime social , non-seulement des conseils qui le persuadent , mais une puissance qui le contienne , non-seulement un sentiment re- ligieux qui rechauffe par intervalles , mais une Autorite religieuse qui le subjugue sans cesse.Caril nefautpasque lapenseede I'Aca- demie reste donteuse : elle ne veut pas seu- lement ce que nos volsins ont appele de la rel/gioslle (^\) ; elle veut de la religion, c'est- a-dire , selon la force nieme de I'etymolo- gie (2) , un lien pour les esprits et pour les consciences. II ne s'aglssoit done pas de mon- trer uniqnement que la religion est un grand fcien et un bien necessaire ; mais aussi que c'est un besoin pour I'homme que ses senti- mens rcligieux soient diriges par une Auto- rite comme ses actes exterieurs. En partant de la Religion, comme de la plus ancienne, la plus necessaire et la plus parfaite des Autorites , il n'est pas diHicile d'etablir celle des leoislateurs et des conduc- teurs des peuples , pour parler comme la Eibie et comme Homere. Les conditions ge- (1) L'ecole de Kant. (2) Rcligio de religare, Her plus fortement. nerales de I'autorite civile , sa source, sa n6- cessit^ , sa nature, voila d'assez hautes ques- tions pour que les concurrens se crussent dis- penses de descendre k I'examen de ses formes locales , et se perdre dans la discussion des combinaisons variables ou accidentelles qui rentrent dans le domaine de la politique par- tlculiere. N'etoit-ce pas deja une grande et noble tache que de chercher si , comme Ta penseCiceron(i),runiteestsinondansressen- ce, au moins dans la nature de I'autorite ; si, comme I'a dit de nos jours un publiciste ce- lebre , le pouvoir doit etre un, par cela seul qu'il VEUT (2) 5 et s'il f'aut reprouver comme imparfaites et contre nature ces societes an- tiques , si long-temps proposees comme mo- deles, etou la liberte n'apu soutenirl'epreuve de la civilisation et le developpement naturel des lumieres ? Tout le monde avoue que la souverainete democratique est une fiction. Mais n'est-ce pas un examen grave et qui suffiroit a de longues meditations , que celui de savoir si I'autorite qui repose sur une fic- tion , pent satisfaire a sa fin naturelle 5 si , (i) Quod nisi unum sit (Imperium ) vix ullum esse ^o^e*^. DeRep. I, 38. (2) Legislation primitive, 1. Ij chap. 9, n. 4* (152) par-tont oii le peuplea ete proclame unepuis- ./ance , I'orclre social peut etre un ordre vrai ? Et en cfiVt , tout etoit violent dans ces an- ciennes repiibliques dontla duree fut si cour- te et qa'on a tant admirees : a Rome , la guerre etrangere , seul reniede anx guerres intestines, einj)loyee comme jnoyen de gou- vcrnement par le Senat 5 a Sparte , toutes les affections natnrelles brisecs j par-tout I'es- clavage proclame necessaire , des abus de pouvoir incroyables , des nioeurs publiques qui epouvantent, un droit des gens qui fait fremir ; id , I'asservissement des fils et des meres de families la , le pauvre livre par les lois a la servitude et aux tortures; et,si Ton. veut juger de la felicite interieure, la justice des Ephores et des Arcliontes presque aussi scandaleusement celebre que celle des pro- con suls.> De tellcs discussions, Messieurs, conser- vent a la question toute sa generalite; et de tels laits , rapldeinent invoques , ne lui font certes rlen perdre de sa hauteur. Dans la So- cieteduniestique, I'autorite n'appeloitpas des considerations moins elevees. La suprematie du chef de ibmille , conime epoux , comme pere, comme mail re, a ete consacree paries |ois, et encore plus par les moeurs de tous les ( i53 ) peiiples. Ce sont la trois superlorltes legiti- mes, parce que ce sont des superlorltes natu- relles. La premiere de toutes les Socletes, la famllle a commence comme les autres , par I'Autorltej c'est la force meme des clioses qui soumet la f'emme a I'epoux ; des le jour ou elle I'a fait regner sur elle , il y a eu societej jusque-la il n'y avoit que I'echange de deux fantaisies, et tout au plus les habitudes du concubinage. C'est encore la nature qui pro- clarae Tindissolubilite de ces liens , qui de- fend a riiomme le divorce , parce qu'elle ne I'a point forme pour la promiscuite des bru- tes 5 c'est elle qui a jete nu sur la terre I'hom- ine-enfant dont le premier accent est une plainte , dont la premiere sensation est un besoin ou une douleur ; c'est elle qui , sui- vant I'expression de Bossuet , interesse a sa conservation , comme pere , cekii qu'elle a etabli sur sa tete comme chef et comme mai- tre ; et c'est sous ce point de vue que I'Apo- tre, s'appropriant une pensee qui est de tons les ages , appeloit le pouvoir hereditaire une paternite (1). (1) Force de resserrer, autant qu'il etoit en lul , dans un resume rapideles aperciis les plus generaiixdu sujet, le redacteur du Rapport declare qu'il emprunte plus d'uiie pensee ^ plus d'une expression j soil a quel- ( J54 ) Voila , Messieurs , qnelques-uns des aper- ^us generaux clont I'Academie esperoit le de- veloppernent , parce qu'ils sortoient des ter- mes memes de la question proposee. Elle savoit que cette question n'est pas nouvelle; elle a vone trop de reconnoissance aux ecrivains qui I'ont approfondie , pour ne pas appeler les concurrens a concentrer dans un foyer cominun et les lumieres dissemi- nees sur ce sujet dans ces livres qui sont Testes comme des monumens nationaux, et celles que nous offrent des ecrits plus re- cens qui seront cites a leur tour comme les plus beaux titres de la litterature contempo- raine. Sans repousser les citations qui font autorite et apres lesquelles on desespere de donner a la meme pensee une expression plus concise et plus vigoureuse , I'Acadeniie n'a point pretendu qu'elles fussent accumulees avec profusion ; elle attendolt des concurrens le talent de fondre les meditations des publi- cistes les plus celebres dans un corps de doc- trine bien ordonne et dont la forme et I'ex- position leur devinssent propres. ques-uns des concurrens , solt a des auteurs connus qu'il ne pouvoit citer sans multiplier jusqu'i la fatigue les caracteres italiques et sans surcharger son travail de notes pour la plupart superflues. En distinguant I' Autorite qui est essentiel^ lement raisonnable , de V arbitraire qui est en soi contraire a la raison, la Compagnle n'a pas voulu seulement rappeler cette verite beaucoup trop incontestable, et je dirois pres- que triviale , que I'arbitraire a entraine de grands maux 5 elle a cru qu'il importoit de prevenir toute confusion dans les idees , et de repousser tout d'abord I'accusation vul- gaire , que les amis de I'ordre sont des fau- teurs du despotisme. Elle savoit que celui qui etudie I'Autorite dans son essence reconnoit bientot qu'elle n'est arbitraire que par acci- dent 5 que la regie , pour ^tre absolue, n'est ni capricieuse , ni tyrannique, et que sa fixite meme exclut au contraire les variations et le caprice. Montesquieu a defini les lois , les rapports necessaires qui derivent de la na- ture des choses, Dans ce sens , nous disons avec lui , que la Divinite meme a ses lols ; ce sont celles qui derivent de sa nature ; et la plus absolue de toutes les autorites, celle de Dieu, loin de paroitre a I'intelligence comme souverainement arbitraire , se pre- sente a nous , dans son essence , comme la sagesse infinie ; et , dans son action , elle a recu le nom de Providence , nom sacre que la reiconnoissance des peuples a donne quel- U56) quefois a rAtitorlte sociale , emanation de celle de Dieu, et iDienfaisante comme lui pour les homines qu'il a crees a son image. A cet egard , nous devons le dire, la pen- see de TAcademie a ete peu comprise , et nous pouvons etendre a tous les concurrens le m^me rcproclie quant aux developpemens solllcites par le Programme sur I'influence secrete de L' Autorite dans ses rapports avec iiotre conduite privee et nos habitudes nio^ rales. Onn'a pas su montrer conunent VAu- torite se trouve en harmonie avec le coeur de Vhomme y avec I* esprit de I' ho mine ^ avec toute la nature de riiomnie, Le besoin de dependre nous est naturel, et c'estpour cela que nous aimons posseder et appartenir. L'homme ne sent son existence que par ses rapports avec les autres etres ; plus il nuil- tiplie ces rnpports et par consequent ses obli- gations, sa dependance, plus il existe. II n'est pas moins facile de voir , comme I'a repete Leibnitz d'apres un Pere de I'Eglise, que nos determinations les plus familieres sont des actes de foi : Pleracque actioncs nostraejide nituntur. Eten ef'fet, otez rAutorite,etriiom- nie, abandonne a toutes les fluctuations de Texamen, llvre a toute sa misereindividuelle, deliberera toutes ses croyances , tdtonnera lorsqu'il faudroit aglr , ou plutot riiomm& n'en seroit pas le maitrej il faut qu'il veullle et qu'il agisse ; c'est la sa nature , c'est la sa vie 5 et , pour Youloir il faut qu'il sache, pour savoir il faut qu'il croie. L'experience commune est la ; s'il la remet en question , les connoissances les plus simples, les details les plus vulgaires lui couteront des annees d'examen j il mourra avant d'avoir appris la vie. Mais la Providence qui I'a cree pour Pac- tion, n'a pas permls qu'il put s'arreter dans le doute. L'education nous fa^onne a I'autorite des maximes revues, et des que la raison nous arrive , nous voyons la loi faite et le cliemin. trace. L'homme se repose dans cette foi na- turelle qui lui a ete donneej car il aime croire, et il se sent attire vers rafiirmation comme s'il y reconnoissoit le caractere de la verite. Rousseau le savoit , et ils le savoient aussi ces philosophes qui ont proclame avec em- pire I'indigente souverainete de la raison. D^s qu'ils veulent persuader , ils commandent , et ils attestent par la meme que la raison n'est point faite pour cette suprematie qu'ils lui attribuent. C'est presque toujours un fardeau pour l'homme que de penser par soi-meme^ et quand un peuple reclame pour lui la li- berie des opiniozis , ii s'abiise s'il ne s'aper- ( i58 ) ^oit pa% qu'll demande seulement a penser comme ses tribuns ou ses ecrivains. Je n'exprime que foiblement des idees qui sans doutesont dans touslesesprits qui ont su s'ele ver ala hauteur du su j et propose par I'Aca- demie.ToutefoiSjSanscesserderendreunjuste hommage k ce besoin de croire qui nous presse de par-tout, Elle ne s'est point dissimule que nous portons en nous - memes un principe d'orgueil qui s'indigne de cette dependance et qui refuse de respecter comme legitime ce que la raison proclame comme necessaire, Elle a cru meme que la defense de I'autorite seroit incomplete si Ton ne rappeloit /es ecarts auxquels I'homme est condamne lors- qu' it contredit cette loide son etre. Des que I'intelligence de I'homme ne peut plus se confier qu'a ses propres tenebres , k ses pro- pres incertitudes , il aura beau s'agiter dans le vide j c'est alors sur-tout qu'eclatera son impuissance. Seul avec son egoisme, il re- trouvera par-tout sa misere et son neant. Delivre de I'autorite , il ne pourra se deli- vrer de lui-meme ^ car I'amour de soi de- mande sans cesse un nouvel aliment qui ne le rassasie jamais; et 1' homme ne pouvant consommer son independance que par I'iso- lement, est contraint de s'avoucr sa profonde ( '% ) indigence et de s'arreter en depit de ses repu- gnances dans le sentiment invincible de son imperfection. Ces verites naturelles sont aussi des veri- tes politiques ; elles sont d'une application journaliere dans les troubles de la societe civile 5 car I'esprit de faction , comme Pes- prit de secte , n'est au fond qu'un esprit d'in- dividualite plus general et plus aveugle. Mais si les faits liistoriques , et sur-tout ceux qui se rattaclient a I'epoque contemporaine, pou- voient trouver place dans cette partie de la discussion , ce ne pouvoit etre que par des developpemens rapides et dans un tableau peint k grands traits. Les concurrens de- voient negliger des details que la memoire supplee de reste quand on connoit la revolu- tion francaise 5 et qui ne la connoit pas ? Tel etoit a peu pres le plan in^que par I'Academie. EUe vouloit que toutes ces con- siderations fussent resserrees dans un ensem- ble qui , sans exclure la rapidite ni la clia- leur, en feroitmieux ressortir toute la force. Elle ne demandoit pas aux concurrens des developpemens qui excedassent de beaucoup I'etendue des discours ordinaires ; mais elle attendoit une composition dont I'auteur ( i6o ) sut s'elever aux points de vne les pins gen^- raux d'un si vaste siijet, un dlscours ou se- roient reunies toutes les considerations prin- cipalcs. Dix-neufMemoires lulsont parvenus pour le 2^. concours. Dix-huit auroient merite le prix , s'il eut sufli pour I'oLtenir , des prin- cipes qui font I'honnete liomme, et des sen- timens qui font le bon citoyen. Ces sentiinens sont presque la seule recommandation du Memoire n° i,portantpour epigraphe : Or/i- nls potestas est a Deo ; et du n.^ 5 , dont la devise est cette autre parole de I'Apotre : Obedite praepositis vestris, etc. En rappro- cliant ces discours des developpemens que TAcademie avoit indiques dans son program- me, leurs auteurs ne sauroient manquerde reconnoitre eux-memes que leurs ouvrages ne pouvoient rester au concours. Le style seul en auroit exclu ces compositions incom- pletes; Tune et I'autre decelent une main peu exercee. La premiere n'est pas exempte de declamation; la seconde, ecrite avec une mo- deration louable, manque tout-a-fait de clia- leur et de vie. Un defaut plus grave encore que la foiblesse , rincorrection a fait egale- ( i6i ) merit rejeter le n'^. 2 (i) > q"e la frequence et la barbaric de ses inversions ne permettent pas d'attribuer a une plume fran^aise. II faut le dire , ce n'est point ainsi qu'on persuade un siecle indifferent et raisonneur. Si le style philosophique doit etre sobre d'ornemens , il ne faut pas qu'il les repousse, et d'ailleurs aucune des qualites du discours ne lui est en- tierement etrangere. Quand la pliilosopliie est appelee k proclamer ces verites eternelles qui font vivre les societes , elle doit savoir s'elever a toute la dignite de sa mission , et trouver sans effort une clialeur vraie et pe- netrante , un style fort de pensees et meme d'images, une dialectique qui porte par- tout I'empreinte de cette conviction qui donne la vie aux ouvrages de Tesprit. Les publicistes les plus celebres , Platon et Ciceron chez les anciens , Bossuet et Montesquieu parmi nous, n'ont jamais dedaigne d'associer I'energie du discours a I'energie de la pensee : ils savoient que le langage est aussi une puissance,comme I'intelligence liuinaine dont il est pour ainsi dire une revelation continuelle. (1) Epigraphe : L'autorlte est un grand ressort qui doit se mouvoir alsement et sans bruit. ( Esprit des lois , 1. XII , cli. aS. ) 11 ( l62 ) Mais, pour que le langnge soit une puis- sance, il f'aut ])lns que de la correction, pins que delal'acilitejplus que del'elegance. C'est ce qu'ont trop oublie les auteurs des discours cotes sous les N*^^ ^ , 9 , lo , 14 et 19 ( i ). Nul d'entre eux ne paroit avoir soupconne I'etendue de la question proposee. Aucune prof'ondeur dans les doctrines, aucune de ces pensees qui arretent le lecteur et le forcent de reflecliir ; presque point de vues genera- les , niais une suite de reflexions , tantot trop developpees, tantot trop connues, apr^s les-. quelles on se demande ce que Tecrivain veut etablir. Les agremens d'une diction limpide et ornee ne suiiisent point a un sujet de cette hauteur , et I'indigence des ])ensees est mal voilee par quelques formes academiques. En achevant la lecture de ces Memoires, on s'e- tonne qu'ilsn'aient jete presqueaucune lumie- re sur un sujet qui appelle les meditations du pliilosoplie et se prete mal aux ampliiications des rlieteurs; toutefois nous devons aux con- (1) L'epigraphe dn u° 3 est einpnintee a M. Lemaire. Celle du 11° 19 est tiree de Job: Voici celle du n° 14 : Jdeo necessitate subditi estate, nun. solum propter irani , sed et propter conscientiam. (Ep. ad Rom. cap. XIII. ) ( »63 ) currens ce temolgnage que rAcatlemle a re- marqne clans chaciui cle cescinqdiscours, des passages dignes d'etre relusj elle regrette que I'auteur du n.^ 9 , dont Tepigraphe est un lieureux emprunt fait au genie de Tacite, se soit assujetti a une division malheureuse,dont les developpemens, forces de rentrer les uns dans les autres , ne laissoient point de liberte au talent (1). Elle auroit presque tout loue dans le n.° 14 , si la diction de i'auteur etoit moins chargee d'interrogations et d'apostro- phes 5 seulement elle se seroit plain te de la rapidite de sa marche qui le force de tran- clier les questions plutot qu'il ne les decide, et d'effleurer des verites trop fecondes pour qu'il soit permis d'omettre leurs principaux developpemens. Le n.^ 10 Ta trouvee plus severe. Le me- rite d'une elocution claire et facile est le seul qui recommande ce Memoire j mais il a me- rite de se voir signaler entre tons les autres par des erreurs qui ne sont qu'a lui. L'au- teur s'est exclusivement applique a discuter quelles sont les formes politiques qui con- viennent le mieux a I'Europe , et en parti- (1) L'autorite est juste j elle est utile; elle est bien- faisante. ( i6.f ) cnlier h. la France. Son molndre tort, c*est d'etre tout- £i- fait hors de la question propo- see : il vent qu'on assigne au pouvoir une J division telle que nul n'en puisse reconnoitre ' le siege principal, c'est-a-dire que I'Autorite devienne imperceptible pour etre toleree. L'Academie rend justice a toutes les inten- tions; mais elle doit rappeler a I'auteur qu'il n'y a point de Societe possible sans un point supreme et culminant, devant lequel toutes les inf eriorites s'inclinent, toutesles resistances s'effacent;c'estlavolonte du peredans la f*a- mille, I'inf'aillibilite dans I'Eglise, etla souve- rainetedansl'Etat; infaillibilite, souveraine- te , termes correlatifs , termes sylionymes, parce qu'ils repondent a des attributs insepa- rables, a des attributs sacres. Si le pouvoir n'avoit plus de siege principal, il y auroit com- bat entre des pouvoirs supposes egaux, et par consequent rivaux les uns des autres , il v auroit combat ; et qui ne voit pas que bien- tot il y auroit victolre , et qu'une Autorite cjuelconque sortlroit souveraine de la lutte , ou que la Societe succomberoit dans cette crise permanente ? L'Academie se devoit a elle-nieme de de- savouer cette doctrine par une improbation publique. L'auteur du n.° lo a clioisi pour ( i65 ) epigraplie ces paroles de CIceron : Que rien n'est plus naturel que Vautorite (i). Pour ne pas refuter d'avance son ouvrage , il n'a pas ajoute avec I'orateur romain, que dlviser I'autorite , c'est raneaiitir (2). Cette double maxime forme la devise du n.° i3, ecrit d'un style pur, concis et sou- tenu , mais qui ne s'eleve gueres au -dessus du ton didactique. L'auteur doit se reprocher den'avoirpas suivi I'Autorite liors de la So- ciete purement civile , et d'avoir mele a un grand nombre d'idees judicieuses des subti- lites sans objet; il falloit laisser cette meta- physique sans lumiere a ces publicistes nio- dernes , qui , considerant la Societe comme une abstraction , ont mis I'Autorite hors du rang des clioses positives. L'Autorite n'est point une idealite , c'est une puissance , et toute puissance suppose action et vie. Les dernieres annees du dernier siecle sont une assez haute reponse a ces creuses theories ou I'Autorite ideaLisee^ pour parlerun moment leur Ian gage , s'evapore en ne paroissant que s'epurer, (i) Nihil tam aptum est ad jus conditionemque na'*- turae qudm imperium. ( Cic. de Leg. lib. 3. C j. ) (2) Quod nisi unum sit, esse nullum potest. (CiCo deRep. I, 38. ) ( ^66 ) Des considerations bien dlfferentes ont ecarte du concours les Memoires N"^ ^ > ^ , 12 , i5, 17 et 18. II ne reste plus rien a dire sur le n.'^ 8, qnand on a Joue les intentions de Tauteur et donne la mesure de son travail , qui porte cette courte devise ; Ut prosint, etn'' a. pas lui- meine plus de trois pages. Le Memoire N.^ 18 est loin d'encourir le m^me reproche : ce n'est pas un discours , c'est un livre , avec toutes ses divisions et sa table des matieres. L'auteur y traite des cor- porations , du pouvoir municipal et provin- cial , du jury , du llbre-arbitre , du suicide, du duel , du celibat religieux , du droit de guerre ; en un mot, il parle un peu de tout, inenie de son sujet. Tel qu'il est toutefois, son travail nierite une distinction particu- liere ; aucun des concurrens n'a fait regretter da vantage a la Commission qu'il se fut me- pris sur I'intention de rAcademlc. Son style est inegal3 niais quoiqu'il accuse souvent la negligence , I'expression de l'auteur ne man- que liabituellement iii d'originalite , ni de icrce. Le plan de I'ouvrnge est vaste et a beaucoupd'egards bien ordonne^ on y trouve un assez grand n ombre d'idees neuves , et elles ne sent point presentees d'unenianiere ( l67) vulgaire ; on y sent par-tout nne ame pure etprofbnderaent religieuse , et Ton ne sauroit y meconnoitre I'empreinte d'une conviction independante. Peut-etre seroit-il vrai de dire que I'auteur a dans I'esprit plus de portee que d^etendue , et dans ses apercus plus d'originalite que de justesse (i). La chaleur et I'energie sont les traits ca- racteristiques du N.^ 6 (2) : c'est une home- lie pleine de force , et quelquefois de vehe- mence contre la Revolution. L'auteur peint sa pensee avec un bouheur d'expression re* niarquable ; il est eloquent a force de chris- tianisme , et ses croyances toutes seules lui ont fait rencontrer des verites d'un ordre peu commun. Malheureusementce n'est encore la. qu'un cote du sujet , et la lecture des Me- moires qui nous restent a parcourir, ramene sans cesse le meme reproche. Le temps parojt avoir manque a l'auteur du N." 12, qui jette pele-mele dans son dis- cours , des doctrines saiues , des pensees iii-r coherentes ou fausseS;, et des aperc^us d'un grand sens. Sa diction , pleine d'energie et (1) L''epigraplie uu u° 18 est tiree d'Athalie. (2) Epig. dun" 6 : Corniit in platea civltas etacqul- tas non potuit ingrtdi. ( i68 ) de negligence , tour-a-tour ferme , elevee et declamatoire , confirmeroit cette conjecture. L' Academic , dont il reclame les conseils avant de publier son travail , auroit desire plus de maturite dans la conception gene- rale du sujet, dans les developpemens,dans le style ; elle ne peut qu'inviter le concur- rent a se bien penetrer de Pesprit du Pro- gramme , et a soumettre tout son ouvrage a une meditation nouveJle (i). La Commission a remarque dans le N.** i5 des reflexions pleines de justesse sur 1' Auto- rite appliquee k I'education ; mais Tauteur n'estpas ton jours ^ I'abri dureproche d'exa- geration , et d'ailleurs il s'est tenu fort loin des questions f'ondamentales (2). Le N.^ 17 en a traite quelques-unes avec plus de soJidite que de prof'ondeur. La Com- mission a distingue sur- tout quelques deve- loppemens sur le but de I'Autorite |mais sur I'ensemble du discours, nous ne pouvons que (1 ) Epig. du n° 12 ; L'homrae en ses passions toiijours errant sans guide, A besoin etc... ( Boileau , Sat. X. ) (2) Epig. du n'' i5 : Scepffq. tenens f mollitque anirnos et temperat iras^ ( VjUGiLE, Eneide ^ I, 61 ,) ( i69 ) renvoyer I'auteur au Programme de I'Aca- demie (i). II est temps de nous reposer de toutes ces critiques dans I'exameri des quatre Memoires qui ont le plus particulierement fixe Tatten- tion de la Commission. Celui de tous les concurrens qui a entrevu avec le plus de justesse les intentions de I'Aca- demie , est sans contredit i'auteur du discours N.° 7 (2). Besoin de TAutorite , nature de I'Autorite , origine de I'Autorite , base de I'Autorite ; telles sont les divisions de ce dis- cours. L'auteur suit Thomme des le berceau. Ne de la femme ^ ses jours sont remplis de mishres (Job). Ses premiers mouvemens in- voquent un soutien et un protecteur. Dans Tadolescence , il est perdu , s'il ne se confie a la sagesse des vieillards. Plus tard , il in- terroge sa raison , et sa raison appelle I'Au- torite ; isolee , elle ne pent pas meme con- noitre la nature : des hommes qui ont fait lionneur ^ I'homme , Pytliagore , Platon , Socrate, reclament une revelation d'en haut, (1) Epig. du n° 17. Nous avoiis, il est vrai , la raison pour partage, etc. (M^^Deshoulieres. ) (2) Epig. du n° 7 : Hie est lapis qui factus est in caput an guli) et non est inalio aliquo salus. Act, IV. ( '7^ ) en confessant qii'ils s'ignorent eux-meraes* Mais cju'il regarde autour de lui, et il se verra protege par des liens nes avec lui et qu'il a trouves tout formes. Par- tout la nature at- tache le foible au fort comme a une seconde providence. Ainsi se fonde I'association des epoux; ainsi grandit la famille 5 ainsi com- mence la domesticite sur la terre. Les inega- lites naturelles commencent les inegalites so- ciales. Les hommes s'unissent par cela meme qu'ils ne sont point egaux. La nature ou la Providence suscite un homme liors de la fou- le, et les nations s'elevent. Nous ne trouvons jamais qu'unseul nom a la tete de toutes les iiistoires : c'est Fohi cliez les Cliinois,Menu dans rinde , Osiris en Egypte , Inachus cliez les Grecs , Persee chez les Perses , Ptomulus chezlesRomains. Ilsuffit de consulter les faits pour voir que toutes les grandes migrations ont ete accomplies et tons les peuples fondes sousl'autorite d'un seul. Ccs rois laissent or- dinairement I'empire a leurs lils , et I'liere- dite s'etablit dans I'autorite publique comme elle s'est etablie dans la famille par la nature des choses et par la puissance de la coutume. Tout est ici en harmonic avec les inspirations du coeur ; et si la voix des peuples est la voix de Dieu, I'accord de tous les hommes sur un ( 171 ) fait de cette nature est la manifestation d*uii besoln immuable , de I'ordre eternel , de la verite. Ainsl toutes les relations publiques sont sorties , dans I'enfance du monde , des rela- tions d'amour et de respect domestiques. Ainsi la nature de I'Autorite est d'etre pro- tectrice. Mais trop divisee , elle s*annulle , et la nature nous ramene sans cesse a la loi de I'unite. Le pouvoir veut , il doit done etj^e un. Les annales des peuples sont ici d'ac- cord avec la raison. Rome , dit Bossuet, a commence par la Monarchie et y est revenue comme a son etat naturel. Ce n'est que peu a peu que les villes grecques ont forme leurs republiques. Homere avoit dit dans les temps anciens : Vlusieurs princes ne sont pas une bonne chose ; qu'il n'y ait qu'un chef et qu'un roi. L'unite est si essentielle a tout gouvernement, que les constitutions republi- caines ont tou jours oppose des contrepoids a la puissance de la multitude. Sparte avoit ses Rois et ses Epliores ; Athenes son Areo- page et ses Archontes 5 Rome , son Senat, ses comlces par centuries et ses Dictateurs. On compte plus d'annees ou le peuple de ces republiques obelt a la volonte d'un seul,que d'annees ou il ait cru lui-mejue exercer &a ( ^7^ ) pretendue souverainete ; il passoit des volon- tes de Pericles a celles de Cleon ou d'Alci- biade , des caprices de Marius aiix sugges- tions d'Antoine. Ses desordres interieurs le degradoient autant que ses conquetes;etl'on a dit avec raison : « Ce n'est pas la nature , cc ce sont les Romains corrompns qui ont « forme les Neron et les Caligula. » C'est encore le besoin de I'unite qui dans les temps modernes avoit donne aux aristocracies ita- liennes leurs Doges , a Venise ses Inquisi- teurs d'Etat , kla. Confederation germanique un Empereur , a la Suisse son Landamman. Tel a meme ete I'effet des commotions qui ont suivi la reconnoissance du dogme ab- surde de la souverainete du peuple , que le nom de republique a disparu presque par- tout de la liste des Etats. L'auteur auroit pu ajouter a ces conside- rations des considerations puissantes , tirees de la destination meme de TAutorite sur la terre. Si elle a ete instituee dans un but d'u- nion , de securite , de fixite , il est diflicile de concilier ces trois conditions avec la souve- rainete populaire. Plus la democratie envabit I'Etat, plus il s'iiitroduit de divisions parmi ses membres ; plus les peuples manquent d'avenir , et moins il reste de securite dans les esprits. Au contraire , plus le gouverne- ment est un , plus runion des sujets devient intime. Et qu'on ne crole pas que le despo- tisme soit le plus rigoureux exemple de I'u- nite politique. Sous un despote, il y a d'un cote le maitre , et de I'autre une multitude : c'est un colosse; il est debout, mais sans ap- pui, ettous les elemens de Tanarcliie se pres- sent et souvent s*agitent autour de lui ; il est foible , car il est seul , et le defaut d' unite politique se mesure a I'isolement du pouvoir 5 il n'y a pas de lien , parce qu'il n'y a pas de I'aisceau : si I'Autorite manque d'interme- diaires et de supports, elle devient foible et Se livre au premier occupant : ce n*est pas la de I'unite , c'est de la solitude. C'etoit la le lieu d'en appeler autemoignage de toute I'antiquite republicaine, de Platon, de Xenophon, d'Aristote ,dePolybe,de Plu- tarque , de Ciceron , et de tant d'autres qui tons ont depose en faveur de I'unite, et merae de la Monarchic. Au reste , I'auteur est trop sage pour ne pas repousser toute idee de censure k I'^gard des autres gouvernemens. II declare, avec Bossuet, cc qu*il n'est aucun ^tablissement hu- c< main qui n'ait ses inconveniens 5 de sorte c« qu'il faut demeurer dajis I'etat auquel un ( 174 ) « long temps a accoutuine le peuple. C'est cc pourquoi Dieu prend en sa protection touaf cc les gouvernemens legitimes , en quelque cc forme fju'ils soient etablis. Quientreprend cc de les renverser , n'est pas seulement en- cc nemi public, il est encore ennemide Dieu.« L'auteur cherche ensuite par quels inoyens se perpetue I'Autorite j ilprouve sans peine, que par- tout ou elle est une , elle doit etre hereditaire , de sorte qu'elle se perpdtue par Les memes lois qui perpetuejit Le genre Liu- main y et qu'elLe aille pour ainsi dire avec La nature. Puis il etablit I'infaillibilite de I'Autorite 5 et, apres avoir montre qu'elle est naturelle , et par consequent divine , il la proclame par cela meme inviolable 5 les an- ciensl'auroient appelee sainte. II etoit facile de prouver par I'histoire les bienfaits de I'Au- torite hereditaire ainsi constituee , de distin- guer I'Autorite, meme absolue, de I'Autorite illimitee , et d'ennoblir I'obeissance en mon- trant I'Autorite , noncomme une force ma- terielle, mais comme un lien moral, qui place moinsunhommeau-dessus d'autrcs liommes, qu'une institution au-dessus d'autres institu- tions. Ces reflexions terminent la seconde partie. ( '7-5 ) L'origine de I'Autorite est le titre de la troisieme. L'auteur s'el^ve avec Tliistoire centre I'hy- potliese d'un etat anterleur a la famille , et centre celle d'un contrat primitif entre les peuples et leurs chefs. Ces chefs se trouve- rent faits, on ne les fit pas. Mais cette Autorite purement liumaine a-t-elle autre chose en sa puissance que des supplices ?" Sa sanc- tion veritable et derniere est done dans la souverainete de Dieu par qui regnent les Rois. cc Ainsi comprenons dans la royaute « quelque chose de plus grand que ce que « I'ignorance y admire. Ce ne sont ni les •> Nous eleverions done Sur le sable I'edifice social , si nous dil'ferions de serrer les noeuds d'une alliance devenue plus que jamais necessaire entre la politique et la croyance religieuse. Ou est la patrie ^ quaild il n*y a plus de Religion ? Cesar nia en plein senat rimmortalite de I'ame et la vie future ; Cesar f ut Toppresseur de Rome. Caton croyoit a Tune etk I'autre , et Caton combattit pour la liberie. Nous nous ferions toutefois tine illusion grossiere si nous pensions pouvoir etre ega- lement redevables a toute croyance du bien- fait de servir tout-a-la-fois de garantle aux droits des peuples et d'appui k I'Autorite. cc Dans tout Etat bien constitue , a dit Uii cc philosoplie payen (2), les premiers soins « doivent se tourner vers la Religion veri- cc table, etnon vers une religion quelconque.» De-la la necessite de clioisir entre les croyan- ces catholiques et la variete inllnie des opi- nions protestantes. L'A.utorite reparoit dans toute sa necessite, dans toute son unite ,dans laSociete religieuse; elleconsacrel'obeissance et complete tous les devoirs dansl'Etat et dans (i) Esprit des lois , 1. VIH j ch. i3« (2) Platon. 12> ( ^78 ) la famille ; elle est la source et le couronne- nient de toutes les autres Autorites. Religion tie devoueinent et de Concorde , Religion de veritable affrancliissement , I'essence du ca- tliolicisme est verite , purete, amour, comme Tessence du soleil est lumiere, purete, clia- ieur 5 a lui seul appartient done le perfec- tlonnement de riioinme et la civilisation des peoples. Chatjue pjige de I'histoire est un de- veloppement de ces assertions. « Cliez tous cc les peuples idoldtres , qui ont ignore le « Mediateur (J.-C), il y a eu ignorance « profonde de la nature de Dieu et des be- cc soins de I'liomme 5 absurdite dans le dogme, cc abomination dans le culte , atrocite dans cc les lois , ferocite dans les moeurs, peur de « Dieu, haine de I'liomme, barbaric enfin. cc Et il y a eu toute connoissance de cc la nature de Dieu et des besoins de Thom- cc me , du pouvoir de I'un et des devoirs de cc I'autre , toute raison , toute sagesse , toute cc vertu, amour parfait de Dieu et de I'liom- c< me , ordre pari'ait et civilisation consom- cc mee dans la Societe cliretienne , qui a eu cc une connoissance pleine et entiere du Me- cc diateur venu (1). » (0 Legislation primitive, 1. I, ch. 5. ( 179 ) La fm clu discours est une application de ces principes aux souvenirs et a la situation de la France. Ce Memoire se distingue par une grande clarte d'exposition , par de nombreuses re- cherches, des citations singtilierement lieu- i'euses , et par une sagesse remarquable de style et de composition. Mais on y desireroit un plus grand noinbre de vues neuves , des developpemens plus complets et un art plus delie k rajeunir des verites communes a tous les siecles. On regrette que la diction de Tauteur manque de colorisj son discours res- semble trop souvent a une dissertation : tou- tef'ois , si Ton n'y trouve point toutes les quaiites qui I'auroient rendu digne de con- querir un prix, il est incontestablement celui qui a le plus approche du but marque par i'Academie. Elle lui a decerne le premier acc^essit. Le discours N^ ii a d'autres titres a Pes* time. Le style en est plus rapide , plus no- ble, plus orne. L'imagination y tientautant de place que le raisonnement. On y rencon- tre des aper<^us qui ne sont point d'une raison vulgaire , des pages qui iie seroient pas deplacees dans nos meilleurs livres, et Ton a droit de s'etonner que I'auteur n'ait ( i8o ) pas assez largement embrasse les vues de rAcademle. Ses idees se developpent avec ordre , avec nettete 5 nials sa marche ii'est point assez pliilosophique, parce qu'il craint toujcurs qti'elle ne soit point assez oratoire, S'il a entrevu presque toiitcs Ics somniites du sujet, le pins sonvent il les indique dii doigt et se liate de ponrsnivre sa route. C'est ainsi que , presse de rendre hoinmage a I'in- fluence de la Religion en general , il ouhlie de riiconter les bienfaits et de deniontrer la necessite de I' Autorite dans la Societe I'cli- gieuse y et ce n'est point seulement alors qu'il merite le reproclie, assez grave dansnn tel sujet , d'avoir remplace la profondeur des principes par les graces d'une elocution \ive et aiiimee et paries qualites de la jeu- iicsse. Le Meinoire N° i5 est celui de tous qui l*enl'erine le plus de materiaux sur la ques- tion proposee. Dans les deux iminenses vo- lumes dont il se compose , I'auteur a reuni tous les elemens d'un bon ouvrage \ mais I'ouvrage lui-meme n'est pas fait. La premiere partie de son travail est con- sacree a. la famille , premier element de la Societe publique. L'homme qui , dans sa double nature , trouvera toujours le teaioi- ( i8i ) _ gnage invincible cle sa misere et les tltres iiiiperissables de sa grandeur , ne pent nie- connoitre la necessite de soumettre sa li- berie a la regie , d'ou la necessite de I'etat social. La Societe domestique, type de toutes les autres , commence avec I'Autorite mari- tale , plus grande , plus indelinie dans I'etat natif'ou le chef de famille est investi d'uu double sacerdoce , plus parfaite et plus re- glee dans la civilisation chretienne qui est venue apprendre a I'epouse que la souinis- sion est une de ses prerogatives. L'auteur nous montre cette Autorite , perpetuelle de sa nature par la sainte indissolubilite dti mariage , limitee par ses besoins et par ses devoirs, etenduepar la naissance desenf'ans dont la soumission , comme celle de leurs meres , n'est que f'oiblesse et amour ; et I'Autorite paternelle transmise a la mere lors- qu'elle a cesse d'etre epouse , douloureux lieritage dont elle est attristee , mais non accablee , et qu'une obeissance qui n'avoit rien de servile I'a rendue digne de recueillir. L* Autorite civile continue I'Autorite pa- ternelle; c'est la seconde partie du Memoire. Vn reproche qui ne s'appliqne pas exclusi- vement k cette partie , nous dispense de toute g-palyse. L'auteur s'attaclie blcn nioins ^ (182) rcmplir les intentions du programme publie par rAcademie , qu'i lutter corps a corps avec un puissant adversaire , avec J. J. Rousseau. Dans la troisieme division de son travail, on retrouve cette intention polemique. La deuxieme n'est qu'une refutation du Contrat social et du Discours sur Vinefj-aLitS des con- ditions parmi les hommes ; la troisieme , une reponse a la trop fameuse profession de foi du Vicaire dans Emile : c'est aussi contre la doctrine de V Emile que I'auteur etablit dans sa premiere par tie la necessite de I'Autorite dans I'education. On ne I'accusera point d'avoir clioisi un champion vulgaire ; mais ce n'est point dans un combat singulier qu'une si haute question pent etre videe, II ne s'agit pas de vaincre un homme , mais de fonder des doctrines 5 et les formes pole- niiques jettent dans la composition bien des digressions , bien des longueurs , et je ne sais quoi de personnel qui s'allie mal avec la hauteur du sujet. II est vrai de dire toutefois que les erreurs de Rousseau conduisent I'auteur a parcourir presque tous les points de la question pro- posee, II ne les epuise pas toujours ; mais la redaction un peu hative de son travail n'a ( iB3 ) point empeche la Commission de reconnoitre en lui une grande solidite de principes, unie a de tres bonnes etudes religieuses et poll- tiques. Aussi I'Academie a-t-elle partage le 2.^ accessit entre lui et I'auteur du discours N« 11 (1). Parmi les 19 Mcmoires qui ont ete suc- cessivement apprecies dans ce Rapport, I'Aca- demie a encore distingue le vs? 4> tjui annon- ce des connoissances etendues , surtout en liistoire (2,). L'auteur ne s'est pas dissimule qu'il traitoit la question d'une maniere in- complete. Mais, par I'elegance de sa diction, le bonheur de ses citations, I'excellence de ses doctrines , il a des droits a une mention honorable que la Compagnie s'est empressee de lui decerner. (1) Epigr. du N.° 11 : Les discours consacres d la ■verite doivent etre simples et sans apprcts. Epigr. du N.*' 16 : Opinionuni commcnta delet dies, naturae judicia confirrnat. (Cicero.). (2) Di^probos mores docili juventae , JDi , senectuti placidae quietein , Jiomulae genti date renique , prolemque ^ £t decus omne^ ( HoR. ) Ci84 ) Apres la lecture de ce Rapport, M. Dir- BANDE, president, a ouvert publiquement le billet cachete qui etoit joint au Memoire n° 7, eta proclame le nom de I'auteur, M. Denis RoBELOT , ancicn chanoine de Dijon. M. DuRANDE a ensuite ouvert le billet qui etoit joint au n'* 1 1 , et il a proclame le nom de M. Gervaise , Directeur des contributions directes du departement de la Manclie. Les auteurs du n° 16 et du n° 4 avoient fait connoitre d'avance a I'Academie qu'ils desiroient conserver i'anonyme, ( '85 ) RAPPORT LtU par M. Kiambourg , dans la sdance du i?i juillet 1823, sur la refittatwnqu'a faite M. de Missery , du systeme de M. de la Mennais (1). 4>>l>vrx>rj>,rvr>j^xxsrx Messieurs, Dans un ouvrage trop connu pour qu*il soit necessaire de vous en rappeler le litre , M. I'abbe de la Mennais a expose nn non- veau systeme philosopliique , qu'il appelle la doctrine du sens commun. Cette doctrine a paru fausse* a quelques ecrivains. Des objections, quine manquoient pas de force , ont ete proposees 5 M. de la Mennais a pris la plume pour defendre son systeme. M. de Missery, I'un des associes non re- sidans de 1' Academic de Dijon , a entrepris (1) L'Academie, en votant I'impression du rapport que Ton va lire, n'a rien entendu prejuger sivr l,es opinions (ju'il renferrae. ( i86 ) de refutcr ce nouvel ouvrage cle M. de la Mennais^ il a compose dans ce dessein denx ecrits qu'il a presentes successivementa I'Aca- deiiiie. C'est le dernier de ces ecrits qui va faire I'objet de ce Rapport. La Commission que vous en aviez char- gee , bien qu'elle fut decidee a ne pas sortir du ccrcle dans lequel elle se trouvoit ren- fermee , n'a pas cru toutefbis qu'elle dut se borner a Texamen pur et simple des argu- inens ([ue M. de Missery a fait valoir en dernier lieu. Comme il s'agit d'une refuta- tion , il eut ete difficile de ne point parler de I'ouvrage refute et de ne pas entrer dans I'examen dcs principes qu'il contient. De plus , et comme la matiere en discussion a deja et depuis long- temps occupe de grands esprits , donne lieu a de vifs debats, engendre divers systemes , il etoit naturel que votre Commission , jetant ses regards en arriere , chercliat dans le passe comment a pu se for- mer la nouvelle opinion philosophique sou- tenue par M. de la Mennais. Vous ne vous etonnerez done pas , Messieurs , que nous nous soyons livres a quelques developpemens en traltant un sujet sur lequel il seroit im- possible de disserter avec brievete. « II faut savoir douter oil il faut , et as- ( i87 ) «€ surer ou il faut Qui ne fait ainsl ,' c< n'entend pas la force cle la raison. » Ces paroles empruntees de Pascal condamneiit egalement ceux qui croient trop facilement et ceiix qui doutent hors de saison. Dans les siecles d'ignorance, on doit se premunir contre I'esprit de credulite 5 dans les siecles de philosopliie, on doit se mettre en garde contre le penchant qui porte au doute. L'esprit pliilosopliique tend de hii-meme au scepticlsme , c'est sa pente naturelle; les temps anciens , comme les temps modernes, en fourniroient la preuve au besoin. Epicure , en donnant aux opinions vul- gaires la sanction philosophique , avoit ose prononcer que les sens ne trompent jamais;, tons les autres philosoplies protesterent con- tre cette assertion , et il ne leur fut pas dii- ficile de prouver que les sens sont souvent en defaut. Des-lors , et comme des temoins trompeurs sont avec juste raison suspects , le doute commenca a se repandre sur toutes les connoissances que I'liomme acquiert par cette voie. D'un autre cote, Zenon de Cittie ayant pose en principe que la verite resulte du rap- port des sens toutes les fois qu'ils sont sains et degages de toute entrave , plusieurs ob- (i88) jections s'eleverent encore; et Zen on d'aiU leiirs se trouva emharrasse quand il lutohlij^e de rendre raison de ce qui se passe pendant le sonnneil. Aussi Platon , que ces difficnltes avoicnt sans doute frappe par avance, n'avoit point pris parti pour Jes sens; il avoit aban- donne, conime etant douteuses et erjuivo(]ues, les connoissances qui nous viennent par eux, se bornant a soutenir que la verite se trouve dans les idees seulenient. Separant ainsi le monde sensible du monde intellectuel , Pla- ton s'etoit contente de dcfendre celui-ci de rinvasion des sceptiques. C'etoient-la les principcs de I'ancienne acadeniie; ceux dela nouvelle laiss^rent le champ libre au scep- ticisine ; car Arcesilas et Carneade ne voyoient par- tout que des vraisemblancesplus ounioins fortes. Opposant la raison a elle-ni^me, f'ai- sant ressortir les contradictions sans nombre des systeines philosopliiques ; n'epargnantpas nieine ces axloines ou prenotions qui parois- sentd'abortl hors d'atteinte, ils ensei^noient qu'on ne pent etre certain de rien, pas meine de cette proposition qu'il n'y a rien de cer- tain ; et coinine Aristippe de Cyrene avoit insiste sur la certitude qui se rattache au sen- timent , ne voulant pas qu'on put mettre ^n doute qu'il sentoit reellement ce qu'il sen« _ ( i89 ) toifc , cpiand il eprouvoit du plaisir ou de la peine , la nouvelle acadeiiile s'attacliolt en- core k deloger ia certitude de ce dernier re- trancliement. S'il nous eut paru convenable. Messieurs, de donner plus d'extension a cette partie de notre Rapport, nous aurions rappele a votre souvenir quelques - uns des raisonnemens qu'empioyoient les sceptiques d'alors , et vous auriez pu juger qu'il etoit difncile aux dogmatiques d'etablir par la voie de I'argu- nientation qu'il y a quelque principe certain. Aussi le dogmatlque, lorsqu'il se sentoit trop presse , n'avoit guere d'autre ressource cpie de faire un appel direct a la conscience du scepti([ue, et celui-ci alors restoit confondu. Car s'il est vrai de dire qu'il y a eu des scep- tiques en speculation, il est certain en meme temps qu'il n'y en a jamais eu dans la pra- tique , la nature n'ayant jamais permis a qui que ce fiit d'etre sceptique pleinement. Ainsi la nature eloigne du scepticisme , tandis que le raisonnement y ramene ; c'est ce qui nous a fait dire en commen^ant, que I'esprit philosopliicjue tend de lui-m^me au scepticisme , la philosophie s'appuyant plntot sur le raisonnement que sur la nature et le sentiment. ( 190 ) II est Jliiiclle en effet que la ralson , quand elle a secoiie le joug cle roplnion cominiine, puisse se niaitrlser elle-meme assez pour ne pas s'elancer aii- Jela cle ses liiriites iiatureiles. Voulaat pousser alors trop loin ses reclier- ches, et sondertrop profondement la nature de la sensation , elle arrive a reconnoitre qu'il n*y a pas une relation necessaire entre la sen- sation et I'existence d'un objet exterieur, ce qui met en doute la realite des etres mate- riels 5 elle se dira done , en premier lieu , qu'il n'y a rien de certain en tout ce qui a rapport aux sens , c[ue la conscience intime de nos propres sensations 3 et I'idealisme s'en- gendre. Par rapport aux verites de sentiment , comme elles ne peuvent etre demontrees , comme elles seconlondent bien souvent avec des prejuges que I'liabitude enracine, la rai- son les rejette avec dedain : ainsi rien n'est bon, n'est juste reellement; il n'y a de vrai, en fait de sentimens , que I'impression que Ton en trouve en soi 5 mais il n'est nulle- ment prouve qu'il y ait hors de I'liomme quehjue type auquel se rapportent nos idees de justice et de bonte. Tournant ensuite contre elle-meme une (^90 Ibrce f[U*elle n'a pas su regler , la raison vient a s^apercevoir qu'elle li'a d'autre ga- rantie de la verite des priiicipes sur lesquels elle s'appule, que rintime conviction qu'elle a qu'ils sorit vrais , sans qu'elle puisse se rendre compte de ce qui etablit en elle cette conviction 5 et de la sorte elle est amenee a ce point de douter d'elle-meine aussi. Faut-il done s'etonner d'apres cela que le scepticisme , s*etendant toujours et gagnant graduellement comrae le froid de la mort , arrive enfin jusqu'a ce sens intime qui est le centre de la vie intellectuelle , et que le sceptique s'interrogeant avec crainte , en vienne jusqu'a se demander a lui-m^me s'il est bien vrai qu'il existe ? Tels sont les ecarts de la raison quand elle entreprend, en avancant toujours, d'arriver au dernier pourquoi des pourquoi. L'expe- rience des anciens temps fait voir quelles peuvent etre les suites de cette temerite cou- pable^ I'experience des temps modernes four- nit un nouveau moyen de s'en assurer. A la renaissance des lettres parmi nous , la raison , toujours trop conliante en elle- meme, a voulu marcher independante des croyances , et le scepticisme a reparu. ( 192 ) A'lnsl la pliilosoplile s'engageant dans les memes voies d'erreur qii'elle avoit jadis par- courues, a ramene le doute a. sa suite. Une ecole celebre , qui reconnoit Descar- tes pour son f'ondateur , posant le priiicipe de certitude dans I'evidence, s'est attachee a faire voir que dans la recherche du vrai , les sens et le sentiment sont de raauvais gui- des. Donnant hautement la preference a la ralson qui marclie appuyee siir des regies certalnes , en partant de prlncipes innes evi- dens J les cartesiens ont soutenu que lessens, nonplus que le sentiment, ne nous avoient point ete donnes pour former des jugemens de verite. Locke alors est survenu , qui a pretendu qu'il n'y avoit pas de principes innes. Suivant lul, tout viendroit de I'experience, et toutes nos idees , celles meme qui semblent etre le plus degagees de la matiere, outpour origine la sensation et la reflexion. Ce principe ayant ete modifie depuis, en ce que ces deux sour- ces des connoissances huniaines ont ete con- fondues par ses disciples, on a vu s'elever cette nouvelle ecole ennemiedu spiritualisrae et favorable au materialisme , destructive du libre arbitre , destructive des sentimens mo- raux , qui donne pour unique fondement k _ _ ( '93 ) la morale I'lnteret personnel , et qui place la verlte dans la sensation seulement. Kant a paru, qui a dit a ceuxqul doutoient du rapport des sens : Ce doute est fonde ; car s'il y a quelque chose liors de i'homme , ce quelque cliose nous est inconnu. Toutes les proprietes des corps ne sont que des manieres d'etre en nous , I'etendue aussi bien que le reste ; I'espace meme , ainsi que le temps , n*existent point hors de nous. Puis s'adressant a ceux qui doutoient de la verite des princi- pes qui servent de base au raisonnement dans les matieres abstraites, il les a confirmes dans ce doute, en soutenantque ces principes n'ont en soi aucune realite 5 que ces idees d*unite et de pluralite , de realite et de negation , de substance et d'accident , de cause et d'effet, de necessite et de contingence , ne sont que dansnotreentendement. Apres avoirfaitcette large part aux sceptiques , Kant prononce avec autorite , qu'il y a quelque cliose dont la realite se manlf'este h rhoinme ; c'est sou propre etre. L'homme, dit-il, s'apergoit par le sentiment intimedesa conscience, qu'il est, qu'il agit avec liberie , qu'il se rend digne d'etre heureux s'il est vertueux; que ne pou- vant etre heureux par la vertu dans cette vie, il y en aura une autre ; d'oii I'idde de riiii-; i3 ( 194 ) mortailte de Tame , celle d'un juge supreme, d'un bien absolu, de Dieu. Voil^donc le inonde pliilosophique de re- clief" par rage , sur ce qui constitue la certi- tude , en trois grandes ecoles doiit les priu- cipes opposes se heurtant,se com battant sans cesse , assurent un triomplie facile au scep- ticisme qui etablit son empire sur leurs mines. Effraye de ses progres rapides, un homme done d'un talent remarquable , a con^u le projet d'en arreter le cours, en asseyant sur line base plus ferme et plus solide qu'on ne I'a fait jusqu'a ce jour , I'edifice des connois- sances humaines. II accorde aux sceptiques que les sens sont trompeurs , que la raison individuelle est dans I'impuissance de prou- ver, que le sentiment priveestlui-meme equi- voque ; mais il voit dans le sentiment com- mun un principe de certitude inebranlablc , et il pose avec confiance sur cet unique fon- dement les principes generaux de la science et les regies eternelles de la justice. Cette doctrine a revoke certains esprits. M. de Missery la juge erronee et dangereu- se ', 11 s'est presente pour la combattre, il I'a attiqu^e avec hardiesse 5 toutefois il paroit que dans cette lutte honorable , il eut et^ llatte d'etre appuye de votre suffrage. ( '9^ ) Pour bien etablir le point qui est en dis- cussion, nous croyons devoir vous rappeler brievement quels sont les principes deM.de la Mennais ; nous developperons ensuite les raisonnemens que M. de Missery a employes pour dt^montrer que ces principes ne sont point exacts; et nous finirons en exprimant avec une sorte de defiance , I'opinion que nous nous sommes formee sur I'objet de ce debat. M, de la Mennais a re^u de la nature tou- tes les qualites qui font un ecrivain eloquent, un orateur distingue ; personne ne le con- teste. Mais a-t-il re^u dans la merae pro* portion les facultes qui sont necessaires pour erabrasser un plan vaste et I'asseoir profon- dement ? C'est ce qui n'est point encore decide. Ainsi le rang qu'il doit occuper parmi les metaphysiciens jusqu'ici n'est point marque. En attendant que I'opinion se soit fixee sur ce point, il nous semble, tout en reconnois- sant la superiority de ses talens , que Ton pent dire de cet auteur , que sa pensee reste quel- quefois cachee sous les ornemens brillans qui la decorent; que son expression, d'une ener- gie que rien n'egale , tend naturellement k I'exageration ; qu'il entraine plutot qu'il ne convainc; qu'il se rend maitre de I'esprit plu* (>96) tot qii'il lie I'eclaire. Nous ne sommes done point etonnes que la doctrine de M. de la Mennais, developpee dans un ouvrage ou Ton voudroit trouver plus de precision , ait pu donner lieu a diverses interpretations et n'ait pas ete toujours egalement bien comprise. Quant a nous , Messieurs , apres y avoir ap- porte tous nos soins , nous croyons I'avoir saisie,et nous pensons que le systemedeM.de la Mennais , degage des idees accessoires, se reduit aux principes (jue voici : II est inutile que Tliomme cherche en lui- meme le fondement de la certitude. L'liomme n'a que trois moyens de connoi- tre, les sens, le sentiment, le raisonnement : or ils sont insuf'fisans , du moment qu'il est question d'arriver a cette connoissance en- tiere et pleine qui constitue la certitude. A la rigueur , I'homme ne pent pas dire : Je pense , je suis, Mais la nature a mis en lui un penchant irresistible a croire. Qu'il le veuille ou non, il f'autque I'homme croie et qu'il admette , sur le temoignage du genre humain , mille et mille choses de la certitude desquelles il ne lui est pas per- mis de douter. Ainsi le sentiment commun, en vertud'une (^97) loi k laquelle I'homme est force de se sou- mettre , devient le sceau de la verite , et il n'y en a point d'autre. C'est le fondement unique de la certitude. C'est la regie de tous nos jugemens. Nous jugeons de ce qui est bien ou mal , llcite ou iliicite , nuisible ou avantageux , d'apres cette regie. Les relations sociales , la justice humaine , nos connoissances, notre conduite , notre intelligence en un mot re- posent sur ce fondement. Si le sentiment commun est la regie de la raison particuliere en tout, la raison de Dieu, primitivement manifestee a I'liomme par la parole , est a son tour le principe de la raison liumaine. Dieu a done revele a I'homme, dans le commencement des temps , toutes les ve-^ rites qu'il etoit necessaire qu'il sut ; et le de- pot de ces verites a ete confie au genre liu- main , qui les transmet au moyen du temoi- gnage et de la parole, k cliaque individu. Com me la verite echapperoit a I'liomme si le temoignage universel pouvoit errer, il s'en- suit que ce temoignage universel doit etre infaillible. , Toutes les verites esseutielles sont done a, la portee de I'homme , qui n'est indult en. erreur que lorsqu'il oppose son sentiment ( >98 ) particulier an sentiment general , refusant d'adinettre comrne vrai ce que tous les horn- mes croient invinclblement. Tel est, Messieurs, si nous nous sommes bien rendu compte des prlncipes de M. de la Mennals , le fond du systeme que M. de Missery a entreprls de combattre. Celui-ci , dans son premier ecrlt , avolt fait un argument auquel il a donn6 plus de developpemens dans la suite. Car M. de la Mennais ayant nie la certitude qui nous vient du sentiment, du raisonnement et de I'ex- perience, pour donner exclusivement au con- sentement commun le droit d'imprimer sur nos connoissances le sceau de la verite,M.<}e Missery s'est attache a prouver que le senti- ment commun estf'aillible,endonnantrexem» pie du polytheisme pour appui a sa propo- sition. Revenant done sur ce point dans son ou- vragemanuscrit, M. de Missery s'est exprime comme il suit ; c( Dira t-on que le polytheisme n'etolt pas tc une croyance de sens commun ? Mais de cc deux choses I'une : ou M. de la Mennais cc prend le terme de sens commun pour le fc consentement commun raisonnable , et « -alors il rentreroit sous Tempire du rai- cc sonnement ; ou il prend ce terme de sens cc commun pour le consentement commun, cc quel qu'il soit , et alors I'idolatrie deyient ec une croyance de sens commun. Telle est la maniere dont M. de Missery insiste sur I'objection qu'il tire de I'idolatrie, pour contester rinfaillibillte du sentiment commun. M. de la Mennais qui avoit prevu que cette objection pourroit lui ^tre faite , avoit annonce qu'il la resoudroit plus tard; mais en attendant, M. de Missery triomphe, et il ne craint pas de dire que cette objection est insoluble. M. de Missery opposant ensuite an systeme deM.de la Mennais celui de Descartes, dit : cc M. de la Mennais rejette le principe de ) nous fatigue ; nous nous defions de nous- memes j nous sondons I'opinion, et nous pre- nons de I'assurance quand notre sentiment est partage. Mais quand il s'agit de ces ve- rites primitives qui forcent notre croyance, et de celles qu'on pourroit en deduire par line demonstration rigoureuse , comme en geometric par exemple, nous nous inquie- tons I'ortpeude ce que pent en penserautrui. Tout homme sent tres bien qu'il n'a pas be- soin de s'enquerir de ce qui s'en dit autour de lui, non plus que de savoir ce qu'on en pense au loin, pour etre intlmement con- vaincu qu'il existe, qu'il voit ce qu'il voit, qu'il a un corps , que le tout est plus grand que la partie , que d'un point k un autre le cliemin le plus court est trace par la ligne droite, qu'il y a de la bassesse dans une per- fidie , de la mecliancete a nuire aux autres sans motifs , etc. Sur ces verites , de meme que sur une foule d'autres , I'homme trouve en lui -meme une certitude inebranlable 5 jion-seulement ii en est assure, sans s'etre mis en peine d'en recevoir la confirmation du dehors -, mais il y a de plus en lui quel- que chose qui lui dit que s'il exprimoit se- jrieusement I'intention de douter de verites 6(;mbUbles , jusqu'a ce que les autres horn- ( 217 ) mes eussent scelle de leur temoignage Topi- nion qu'il s'en est faite , il de^'iendroit Tobjet de leur risee. Voila ce que notre conscience nous dit. Des-lors si nous voulons bien accorder aux partisans du systeme de M. de laMennais, qu'il y auroit de la folic k contester, contre le temoignage du genre liumain , que Cesar ait autrefois vecuj il faut qu'ils nous accor- dent a leur tour qu'il y auroit de I'imbe- ciljite a ne croire a sa propre existence qu'a- pres que I'assurance en auroit ete donnee par le temoignage des voisins et des proches. II nous paroitdonc que le systeme deM.de la Mennais ne tend qu'a substituer a des sentimens naturels et vrais, un sentiment imaginaire et factice; en sorte qu'il seroit a craindre qu'en cherchant a etablir la certi- tude sur une base plus solide , I'auteur de I'Essai ii'en eut reellement ebranle les fon- demens. M. de la Mennais a ete seduit par une ana- logie qu'il a reconnue et developpee liabi- lement, mais qu'il a poussee au-dela du vrai. Ayant remarque qu'il y a une foi naturelle, comme il y a une foi surnaturelle , il s'est imagine que la foi surnaturelle tenant de I'autorite, I'objet meme sur lequel elle s'exer* ( 2l8 ) ce , il devoit en etre de meme de la foi na- turelle. II a done cherche pour rhoinme dans I'autorite du genre humain , la meme ga- rantie que le chretien trouve dans I'autorite infailllble de I'Eglise : de 1^ cette proposition dont la preuve est encore a faire , dont la raison a le droit de s'etonner, dont I'liistolre dement la verite , a savoir que le genre hu- main ne peut jamais se tromper. Bien plus, et toujours dans la vue de faire prevaloir le principe de Tautorite en toute espece de matiere , M. de la Mennais est alle jusqu'a nier qu'il y eut aucun atitre principe de certitude; et il ne s'est point apergu qu'il ruinoit par-la ce principe meme de I'auto- rite qu'il avoit tant a coeur d'etablir. II auroit du voir cependant que le principe de I'au- torite presupposant de toute necessite la ve- rite du temoignage des sens , ce n'etoit pas le fonder , mais bien plutot le detruire, que de commencer par nier qu'il y eut aucune certitude dans les sensations. Ainsl M. de la Mennais, quand il met en doute le temoignage des sens , donne des ar- mes centre lui , et il fournit meme , sans le vouloir , des argumens centre la certitude de la revelation. Saint Paul , ecrivant aux Corintliiens, di- ( 219 ) soit qne Dien voyant que le moncle avec la sagesse liumalne ne I'avoit pas connu, il Jui avoit plu de le sanver par la voie cle la pre- dication ( 1 ). Mais Saint Paul n'avoit pas , comme M. de la Mennais , commence par nier la certitude du temoignai^e des sens j il pouvoit des-lors, mettant en parallele,d'une part, les moyens interieurs de conviction dont tout liomrae apporte le germe en nais- sant; d'autre part, les moyens exterieurs de conviction qui resultent d'une predication, appuyee de grands miracles , insister sur I'ef- ficacite de ceux-ci, relativement a la connois- sance du vrai Dieu. L'auroit-il pu s'il se fut annonce d'abord comme sceptique 5 s'il eut ditdes sens enparticulier, qu'onne doitrien. affirmer d'apres eux ? Assurement nonj car ce ne sera jamais a celui qui aura d'abord nie la certitude qui resulte du temoignage des sens, qu'il pourra etre permis ensuite de proposer comme preuve a I'appui de la doc- trine qu'il preche, la resurrection d'un mort, la guerison miraculeuse d'un malade , en un jnot , un fait quelconque. Si M. de la Mennais , marchant sur les traces du grand Apotre, se fut borne a met« (1) Premiere epitreauxCorinthieng, chap, j^*^ j v. ai. ( 220 ) tre en doute que rhomme, clans I'etat d'af- f'oiblissement ou le peche I'a mis, puisse, avec les seuls moyens qu'il trouve en lui- nieme , s'elever jusqu'a I'idee pure de la Di- vinite 5 il auroit sans doute , avec le talent qui le distingue , ainene la raison a recla- iner elle-meme le secours de la revelation. Mais en pressant trop vivemeut la raison dont il vouloit abattre I'orgueil , M. de la Mennais a depasse le but; il s'est jete dans le paradoxe, il a laisse la verite derriere lui. Nous n'avons done pas pu suivre M. de la Mennais jusqu'au point ou il s'est avance. Quant a M. de Missery, comme il s'est plus attache a combattre les principes deM.de la Mennais qu'a faire I'exposition des siens pro- pres , nous ne saurions dire au juste si sa maniere d'envisager les clioses seroit en har- monie parfaite avec la notre. Toutefois nous n'hesitons point a declarer que surla question de savoir s'il n'y a qu'un seul principe de cer- titude , comme le veut M. de la Mennais , ou s'il y en a plusieurs, comme le pretend M. de Missery , nous partageons I'avis de ce der- nier. ( 221 ) EPITRE A M^ DE CHENEDOL^, Sur les sentimens qu'on doit porter dans I' etude de La littdrature » Par M. le Marquis d'ARBAUD-JOUQUES , Prefet de la C6te-d'0r, i_jRME majestueux , de qui la tete antique De mes toils paternels ombrage le porlique , La tempete s'apaise , et tes rameaux cheris Vont m'offrir de nouveau leurs tranquilles abris. « Heureux qui n'a point vu les fetes etrangeres , cc Et qui ne s'est assis qu'aux banquets de ses peres! » La fille du desert aux echos I'a cliante 5 Apres elle , mon cceur , tout bas , I'a repete. Helas , disois-je alors , si la faveur celeste ^ De mon astre arretant I'infliience funeste , Apres un long exil me perniet d'accourir Aux cliamps qui m'ontvu naitre et me verront mourir j Si i'y peux d'un beau jour saluer la naissance , Et d'une nuit paisible ecouter le silence , Apres que njes guerets j aujourd'hui plus bornes | ( 111 ) Mais encor par mes soins de g»-rbes coiironnes ^ Auront de leurs tribiits recompense leur maitre Content et non lasse de son travail champetre , Aucune illusion ne pourra , desormais, D'une ame fatiguee empoisonner la paix. Par I'inforlune instrult , Je clierclie la sagesse. J'abjure des erreurs qui irompoient ma jeunesse. L'amoiir qui , sous des traits si sednisans , si beaux ^ Nous offre tant de biens et nous fait tant de m luxj La iolle ambition qui nous charge de chaines : La gloire poetique et ses proniesses vaines ; Ces songes imposteurs qui m'avoient abuse Sont a jamais bannis d'un coeur tranc^uillise. Quand I'aurore invitant autour de sa corbeillo Le papillon leger , Pindustrieuse abeille , Au printemps versera la rosee et lesfleurs, J'irai j de leurs parfunis , de leurs riches couleurs ^ J'enivrerai mes sens, je charmerai ma vue. Quand Sirius , des cieux enflammant IVtendue, Jaunira le gazon sur le front des cAteaux ; Attentif ail doux bruit du feuillage et des eaux , J'irai m'ensevelir dans le bois le plus sombre, Sous la fraicheepaisseurde ses rameaux sans nombre(i). L'automne m'offrira le tresor de ses fruits. L'hiver meme pour moi , coulera sans ennuis. L'etude , I'amitie , divinites sacrees , Sauront en abrcger les plus tongues soirees. (0 frigus captahis opacu/n. ViRO. C 223 ) Qaand on volt des amis , quand on lit de beaux vers ^ ' Dis-moi , Chenedole , se plaint-on des hivers? Les lettres m'ont suivi siirdes rives ingrates j lies lettres me suivront au sein de mes penates. Leur fidele amitie se plie a tons nos golits (i). Elles habitent, vont , s'arretent avec nous ; C'est un lait bienfaisant qui nourrit la jeunesse y Un savoureux nectar qui soutient la vieillesse. Elles suivent le sage aux champs, a sa maisonj Consolent son exil , eclairent sa prison ^ Enfin , de I'infortune elles sechent les larmes , Et du bonheur lui-meme embellissent les charmes^ HoMERE cKangera par son livre immortel, Mon cabinet en temple et ma table en autel. Pres de lui brilleront ces fils de I'harmonie Dont sa puissante voix feconda le genie : ViRGiLE, le plus grand des poetes latins Qui du siecle d'Auguste out orne les destins ; L'ingenieux Ovide et I'immortel Horace ; Arioste , Milton et Petrarque et le Tasse j E.ACINE , de nos bords cygne melodieux , Qui sut le mieux parler le langage des Dienx ; CoRNEiLLE , createiir de notre illustre scene 5 KoussEAu , notre Amphion 5 et sur-tout La Fontaine, Enfant de la nature et de la verite , Qui touchant et sublime avec nai'vele , P I -ii !■ ■ ■ — ■ . . .— ■ _ — - I. ii.» ■ _ . M , — ■ -■ I .11 . . ■■ !!■■ — — ^a^i^— ^^l^l^M. (1) uidolescentiam alunt , senectutem ohlectant , secundas res ornant , adversis perfugium ac solatium prashenl , delectant domi , non impediunt foris , pernostant nobiscum , ptregrinart' tur , rusticantur. Cic, ( 224 ) Suit d\in pas Indolent, aux bords de I'llippdcrene j Ou Pan qui le conduit, ou Venus qui I'entraine ^ Oil Minerve , empruntant sa seduisante roix Pour faire aimer son culte , et pour dieter ses loi's. J'y verrai vos tableaux pleins de sel et de grace ^ Utiles precepteurs du monde et du Parnasse, MoLTERE et Despreaux, vous , immortels censeurs Des sots et des mechans , des ecrits et des niceurs. Celui qui prepara nos fatales discordes , Voltaire meme , arme de sa lyre k cent cordes, M'offiira ces ecrits qui nous ont egares , Condamnes par mon coeur j par mon gout admires. Mais ne crains pas sur-tont qile de ma solitude Soient bannis par I'envie et par I'ingratitude , Ces vrais soutiens de I'art , qui , nos contemporains, De I'envieux Zoile irritant les chagrins^ Non , tu n'entenrlras point ma voix adroite a feindre j Leur refuser la gloire ou je ne puis atteindre. Je ne m'ecrierai point : Le genie est perdu j Alors que sur ma tete il n^est pas descendu. Saint-Lambert celebrant les pompes de I'annee y De fleurs , d'epis , de fruits , de frimas courdnnee } Delille embellissant et le soc de Ceres, Et I'arrosoir de Flore , et I'osier de Palds ; Celui qui, jeune encor , dans les bois de Navarre (i) Fit entendre des chants dont il est trop avare , Et qui de Salamine interrogeant les bords, Ressuscite des Grecs les noms et les accords } m,m. .. ■ — ■! .1 , -..^i i..,^- — ■l^ ■ I. I .. ■■■■■ ■■■ 1. .1 -■■■ M ^ ■ ■■ .^MBI^ (3) Fontanes. ( 2^5 ) LWacle du bon goiat , I'eloquent interprete Du vieux Athe.nien , p^re de Philoctete (i) j Ce Bertin , de Tibulle 6leve ingenieux ; Ce Lebrun, de Pindare emule audacieux, Seront tous reunis dans ma douce retraite. J'ecouterai leur voix , et d'une main discrete J'ornerai leurs ecrits du myrte de Venus, Ou du laurier , rameaux de Zoile inconnus. Toi-meme , cher ami , dont trop de modestie Retarde les succes et voile le genie , Le matin , quand du haut d'un rocher escarpe y Degage des vapeurs qui I'ont enveloppe, Gontempiant le reveil de la nature entiere, Je verrai s'elancer dans sa vaste carriere Get astre souverain , cet orbe radieux , Qui d'une zone d'or enveloppe les cieux , Ocean de splendeur dont la flamme feconde Court en ruisseaux de feu dans les veines du monde , Saluant ce soleil qui sur ma tete a lui , Je me rappellerai tes chants dignes de lui ; Et leurs males beautes , cheres a ma memoire , Parleront a mon coeur de ta future gloire. Abandonnant ainsi mes paisibles loisirs A des goiits innocens , a d'utiles plaisirs , Si quelquefois , au bord de I'onde aganippide , Une fleur d'ApoUon tente ma main avide , Pencbe sur le flot pur qui la vient abreuver, J'oserai la cueillir , sans crainte de trouver A sa tige trompeuae une epine attachee. (4) La Harpe. If ( 212^ ) : Loin de tous nos travers , solitaire et cachde^ La poesie , lielas I dont on fait un tourmeut, Est un art enchanteur , le noble amusement Des esprits delicats et des ames sensibles. Elle cherche les hois et leurs ombres paisibles. C'est la qu'un pin superbe , iin pale peuplier, Joignent de leurs rameaux I'ombrage hospitalier, Cependant qu'a leurs pieds une onde fugitive Bat de ses flots plaintifs sa tortueuse rive (i). C'est la que s'arretant sur un bord ecarte , L'amoureuse colombe , au plumage argente , Pionge son bee de rose au sein de I'onde pure Qui lutte et fuit sous I'ombre avec un doux murmure» Oui ) c'est sur ces tableaux eloquens pour son cceur^ Que le poete emu fixe un regard reveur. La meditation fuit les riches portiqnes. Pensive, elle s'assied sous ces chenes antiques , Dont le fremissement doux et myslerieux , Fut ecoute jadis comme la voix des cieux. Un souffle poetique agite cbaque feuille. La meditation dans son coeur le recueille ; L'enlhousiasme y nait , et ses accens sacres Font retentir ces bois qtii les ont inspires. O Dryades ! 6 Pan ! ouvrez-moi vos asiles ! Mais siir-tout, loin de nous le tumulte des villes. La, tous les sentimens, confusement presses, (i) Qua pinus ingens , albaque populus , Uinhram hospitalem, consociare amant Rainis , et obliquo laborat L}'mpha fugax trepidare rivo. HoR> ( 227 ) iEt (Jans l^ame distraite aussi-tot effaces ^ Ne sont que des ecla.irs, des ebaiiclies debiles De tableaux fugitifs et d'irriages mobiles. La, sont tons ces partis I'un par I'autre affront^s ^ Rivaux d'abord , bient6t ennemis emportes. Si d'un bruit iinposteur le poete idol^tre , Aborde imprudemment cet orageux theatre^ Detrompe d'uue erteur dont il fut trop epris , Ses yeux s'ouvrent bieni6t. Que voit-il dans Paris? Autour d'un vain fantome appele renommee, II voit se disputant sa trompeuse fumee , Un peuple d'ecriA'ains cjui ratopans et jaloux ^ Nourrissent dans leur cosur un eternal courroux, Le fiel et le poison distillent de leur plume. Leur arae , tour a tour , verse et boit I'amertume. Pour eux rien n'est sacre. Cet illustre vieillard (i) Qui pendant quarante ans fut le soutien de Part , Dont la voix douce , pure, et n'offensant personne ^ Enrichit Triptoleme et celebra Pomone y Quand cette Voix expire , entend de tons cotes , Sur ses clieveux blanchis ses luuriers insultes. Plus malheureux encor I'amant de Melpomene j Qui, jeune, auroit ose triompher sur la scene, Un nuage de traits^ im deluge de oris L'accablent a I'instnnt } immobile , surpris, II s'arrete , et replie , en soupirant , ses ailes Qui devoient IVlever aux voutes eiernelless Mais aussi quelquefois le genie outrage (.) Delille* ( 228 ) Succorabe au vain desir de se croire venge. II depose sa lyre, et d'une main armee Decoche sur Zoile iine pointe enflammee. Tel , au fond d'un marais , dans le sacre vallon j Python crut en sifflant terrasser Apollon } ApoUon indigne de sa rage debile y D'une fleche perdue honors le reptile. Un noir venin jaillit de son corps traverse ; II expire en mordant le trait qui I'a perce. Mais le foible mortal qui du Dieu suit I'exemple , iN'a pas, comme le Dieu, pour son asile un temple. Des I'instant ou le trait est parti de ses mains ^ II a soumis ses jours a d'eternels chagrins. La haine le poursuit ; chaque heure qui s'ecoule , De ses vils detracteurs voit se grossir la foule. Etonne de leurs cris , de leur nomhre accable , Son courage chancele , et son coeur s'est trouble. II laisse triompher I'intrigue et I'ignorance , Et des bords du Permesse il s'eloigne en silence. Au Theatre Francais sous Pradon abattu , Qui rendra les vingt ans ou Racine s'est tu ? Son luth etoit bri^e. Devant lui les annees Suppliantes venoient , et passoient constern^es. Le Chantre d'Herminie , au fond des bois errant ^ Y vit d'herbe sauvage et boit I'eau du torrent , Et Milton n'a trouve que sur la sombre rive , De la posterity la justice tardive. Je t'ai peint le genie en sa course arrete , 0[)primc par rcnvie et par I'adversite , Tombant avec grandeur sous leur commune injure j ( 229 ) Mais de plus sombres traits rcnforcant ma peinture , Je crains de le montrer , souillant d'un vil poison La morale pxiblique et I'humaine raison. On entend tous les jours ajix bords de PHippocrene Les chants contagieux de I'impure Sirene , Ou de i'impiete la sacrilege voix , Implacable enneraie et des moeurs et des lois. Je vois avec mepris tous ces tableaux qu'accuse La subite rougeur de la vierge confuse. Je ne puis concevoir I'amant licencieux , Et le Poete athee est un monstre a mes yeux : De quel front ose-t-il celebrer la nature ? La nature pour lui n'est qu'une enigme obscure. Dieu seul en est le mot. Ce nom victorieux Est ecrit sur la terre , est trace dans les cieux. Les aquilons , la foudre, organes des tempetes, Les globes enflamraes qui roulent sur nos tetes y L'insecte qui se meut et que nous ignorons , Le sol qui nous soutient , Pair que nous respirons ^ Nos plaisirs , nos douleurs , et nos passions merae , Tout proclamed'un Dieu I'existence supreme. Rendons la poesie a ses nobles destins ; Le Ciel meme par elle instruisit les humains. Elle charme nos sens 5 elle el^ve notre ame ; Elle couvre nos maux d'un celeste dictame. Oui , d'un vol assure le Poete fend I'air j Et semblable k cat aigle alme de Jupiter , Des viles passions traversant le nuage , II subjugue I'envie et plane sur I'orage ; Ou dans un doux abri par lea Muses conduit , ( 23o ) Rival liarmonisux (\u chantre de la mih y Jl aninie des bois Sombre et la solitude. Tels sont les vrais plaisirs , les charmes de Petude* IVlais il faut aupres d'elle , appelant les vertus ^ Chercher la jouissance y et repoiisser I'abus. L'abeille sur les fleurs voltige et se repose ; Elle y boit le nectar dans des vases de rose j Tandis que le serpent , reptile insidieux , Ne puise dans res fleurs qu'un poison odieux. Les nobles sentimens font les grandes pensees^ Muses , par la v( rtu vos routes sont tracees. C'est avec un sens droit et des coeurs epures, Muses, qu'il faut s'ouvrlr vos bocages sacres. Voire elude doit etre un veritable culle : Qui n'en fait qu'un metier s'egare et vous insults, AinsI , doux dans ses moeurs , et pur dans ses ecrits, Des brigues ignorant ou meprisant les cris , Et n'y meljnt jamais sa voix independante y S'il a quelques plaisirs , le Poete les chanle. Si qnelque noir chagrin vient attrister son cceur j II invoque son luth , son luth consolateur. La f )lle ambition, la honteu^e avarice , Ue font point de sa vie un eternel supplice ; Car , sais-tu le destin du Poete orgueilleux ? C'est Sisyphe poussant sur un mont sourcilleu:^ Un enorme rocher ^ qui presque sur la cime ^ Reiombe avec fracas et roule dans I'abime j Tandis que bien^iisant , doux et religieux, Le vrai Poete , airae de la terre et des Cieux ^ Ceiui ^ue je t'ai peintj et (^ue tu nie retraces ^ ( =31 ) Sur un tapis de fleurs marche entoure des Graces; L'etude et la nature eclairent ses desirs. Ses jours sont des instans j ses travaux , des plaisirs, Mais , si le sentiment que de to! je reclame , L'amilie , d'un fil d'or daigne embellir sa trame ^ Ah ! qu'il benisse alors son destin fortune , Et qu'un agneau sans tache et de fleurs couronne ^ Tombe sur ie gazon , offert en sacrifice A Phebus protecteur , a I'Oiyrape propice. Paria, a tlecembre i8oi. ( 2^2 ) — - LA CHAPELLE DES BOIS, IDYLLE. Par AI. Ch. Brugnot, Begent au College de Tropes (AubeJ, Sur des pensers nouveaux faisons des vers anti(jues, ( Andre Chenier.) v^'etoit un jour d'automne, un soir,un des plus beaux ; L'agneau ne beloit plus sur le flanc des c6teaux. La brise etoit muette , et la feuiile sechee Tombolt k petit bruit sur la terre jonchee. Cache dans son abri , I'oiseau restoit sans voix j Et glissant a travers les grands arbres du bois , Les derniers feux du jour de leurs rayons obliques Eciairoient la Chapelle et ses vitraux gothiques. Pres de I'autel raodeste , un vieillard prosterne Humilioit son front vers la pierre incline. En longs anneaux blanchis tomboit sa chevelure, Le rosaire beni pendoit a sa ceinture. Lorsqu'aux pieds de la Vierge il eut ouvert son coeur, H se leva , reprit le baton voyageur , Et deux fois essuya quelques larraes furtives. ( 233 ) Cependant Neolls , blond berger de ces rives ^ Lui-meme, sur le seuil , prioit silencieux. Car I'hojmme , en son exil (besoin mysteiieux !) L'homme , allie du Ciel vers lequel il soupire , Jeune ou vieux , a toujours quelque chose a lui dire. NEOLIS. Venerable vieillard ^ salut ! J'ai vu tes pleurs. Puisse bient6t le Ciel adoucir tes douleurs. LE PELE.RIN. Mon fils , ton front est doux et brillant de jeunesse ^ Garde Cj^ue ta vieillesse imite ma vieillesse ! NEOLIS. Je m'attendris aux pleurs qui coulent devant mof , Aux pleurs , helas ! sur-tout d'un vieillard comme toi ! LE PELERIN. Je benis ton bon coeur, le Seigneur te benisse ! Aux coeurs comme le tien il est toujours propice. NEOLIS. Mon pere, tu dis vrai ; si je suis dans ce lieu , C'est que Dieu m'a beni , j'en rendois gr^ce a Dieu. Demain je verrai luire une heureuse journee : EUe prendra pour moi la robe d'hymenee , Marie au doux maintien , la belle du hameau. LE PELERIN. J'aime a te voir , mon fils ^ et si jeune et si beau , Plein d'espoir et joyeux commen^ant ton voyage. Le bel espoir , mon fils, sied bien a ton jeune age. Moi , je crus , comme toi , ne trouver que des fleurs Sur I'aride sentier que j'ai baigne de pleurs I ( 234 ) Ma plus belle journee^ ami, c'est la derm^re.,.:* Je I'attends.... NEOLIS. Comme moi , garde respoir, mon pere f J'ai prie bien long-temps Notre-Dame-des-Bois ; La Vierge , en ni'exaucant , m'a console deux fcis. Elle a sauve les jours de ma mere clierie j Elle m'a pour epouse accorde mon amie... Mais quels sont tes chagrins? dis-les 5 si tu voulols , Peut-etre , 6 bon vieillard, je te consolerois. LE PELERIN. En t'ecoutant, je c^de au penchant qui me guide* Un ccsur religieux ne fut jamais perfide... Ami , nul ici-bas ne peut me consoler! Mais ton air est si doux , si doux est ton parler. ». Ecoute un malheureux, et garde le mystere : Ce toit que nous voyons fut le toit de mon pere ; Ce clocher fut celui dont Pairain solennel , Lorsque I'on viut m'offrir aux pieds de I'Eternel , Fremit sur mon berceau, le jour de ma naissance. Mes jours, comme les tiens , etoient beaux d'esperance..,' Mais , je ne fus point sage autant que toi , mon fils ^ Et mes jours de vieillesse ont tous ete maudits. J'aimois aussi , j'aimois !... elle fut ma victime ; Notre amour insense dut s'appeler un crime ! La malediction de son pere en courroux Nous ravit a jamais le nom sacre d'epoux j Et sa fille bient6t , sa fille infortunee , Amante sans espoir, mere sans hymenee , ^ En mourant , deposa son douloureux fardeau , Enfant nourri de pleura et n^ pour le tombeau. Et moi J loin de ces lieux j exile volontaire 5 ( 235 ) Perrai ^ je racontai mes remords a la terr^. J'ai fait de longs cheiuins, j'ai fr.mchi les deserts Et traverse les monts ^ et parcouru les mers , Et sur le tombeau saint recite des neuvaines j Mais I'exil ^ les dangers , les fatigues , les peines y Les longs cheniins , mon fils , rien n'ote le remords ! Je n'attenHs de repos que le repos des niorts.... J'ai poiirtant vovilu voir , avant d'aller vers elle | Mon haqieau d'aiilrefois et la sainte chapelle Ou nos sermens d'hymin furent jures en vainj Car , sans Dieu , les sermons n'ont pas de lendemain. O roon fils , qu'ai-je dit ?., oiais ton ame est si bonue } Je ne in'en repens pas. NEOLIS. Que le Ciel te pardonne I La langue qui trahit toujours m'a fait horreur. Was-tu pas , saint vieillard ^ expie ton erreur? Va , je prierai pour toi, Mais je veux , 6 mon pere^ Que tu viennes ce soir habiter ma chaumiere. La nuit est deja sombre ; ecoute I'Angelus I LE PELERIN. Mon ami ^ ton hameau ne me reverra plus. Us m'ont tous oublie , comme le Dieu severe Qui pour mieux me punir m'a laisse sur la terra, Je leur dirois ; je vis , quand ils n'y pensent pas I Jfon , jamais ton hameau ne reverra mes pas, Jadis , j'en ai fait voeu devant la Vierge sainte Dont I'image sacree est la , dans cette enceinte. Jieureux le criminel qui pent se repentir ! NIEOLIS. Quoi I tw ne Yiendrois pas !.• ou done vas-tu dormir | ( 2.36 ) LE PELERIISr. La ) pres de la Chapelle.... Ami , je te demande D'accepter de mes mains cette legere offraude , Des reliques , mon fils , qui viennent des saints licux ^ Pour te ressouvenir du vieillard malheureux. Le vieillard te benit 5 prends tout ce qu'il te donne : Sa benediction ne peut nuire a personne. Adieu. J'ai trop long-temps dans I'exil habite y Et je n'ai plus besoin de I'hospitalite.... Toi , mon fils , sois heureux ! que ton chaste hymenee Compte , a chaque soleil ^ une belle journee ! Adieu , mon fils. NEOLIS. Du moins , 6 vieillard genereux ! Lalsse-moi t'apporter de nos fruits savoureux , Du vin vieux qui pourra rechauffer ta vieillesse y Car tu parois , mon pere , epuise de foiblesse ! Je vole et je reviens. II s'eloigne en pleurant, Et plus agile accourt ^ charge de son present. II trouva le vieillard le front dans la poussiere 5 II attendit de peur de troubler sa priere. Comme au temple regnoit une muette horreur ! L'astre des nuits versoit sa blanchatre lueur A travers les vitraux de ['antique chapelle. Neolis marche enfin 5 par trois fois il appelle... Mais rien ne lui repond au fond du temple saint y Hors I'echo qui resonne au nom de Pelerin.... Cet autel , vieux temoin d'un serment temeraire , Vieillard , tu I'embrassas a ton heure derniere. ( 23/ ) NOTICE SUR SIR JOSEPH BANKS, Lue a la seance publique de V Academie des Sciences y Arts et Belles-Lettres de Dijon ^ le ^3 aoilt 1823. M ESSIEURS, Le besoin du savoir et le deslr de s'orner i'esprit de connoissances agreables et utiles, ont toujours fait rechercher et accueillir par rhomme de gout, tout ce qui porte avec soi le cachet du beau, du juste et du vrai^ par Tami des sciences naturelles , tout ce qui fait connoitre les richesses de la nature, la beaute de son tableau , la variete de ses nuances , et la majeste de son ensemble. Vous sayez , Messieurs , que Tesprit et le ( 2^8 ) genie pcuvent a I'iriini varler lenrs produdJ tions, et que par la multitude cle leurs moyens createurs, ils sont en qnelque sorte inepui- sables et dans leurs rlcliesscs et dans leurs ressources. Mais quelque rlche que soit la nature, ses productions, conslderees indi- Vlduellement , n'ont qu'une seule manierd d'etre ; leur mode d'exlstence , leurs carac- teres , leurs formes , leurs couleurs sont su- jettes a peu de variations; et alors que d'ha- blles naturalistes les ont examinees et etu- diees , ils ne laissent a leurs successeurs riert de nouveau k decouvrir, rien qui puisse ex- citer leur emulation , flatter leur attrait pouf la science , et faire briller leur merite dans le monde savant. Pour enrlclilr son pays de nouveaux ob- jets , pour lul procurer de nouvelles jouis* sances, il falloit done cliercher des regions inconnues , et agrandir sa gloire avec i'im- mensite de Tunivers. De la decoule naturellement Porigine et le but des voyages de long cours , si recom* mandables par les services distingues qu'ils ont rendus h. la navigation , au commerce et aux sciences. Oublions, s'il est possible, ces voyages qui ne furent entrepris que par I'espoir des con- _ ( 239 ) quotes , ou la soif de I'or ; oublions ces eX^ peditions des Cortes et des Pizares , qui ne signalerent leur arrivee dans des regions loin- taines , que par des actes d'injustice et des traits de barbarle jleurs souvenirs dechirans font repandre trop de larines a I'liuraanite 5 mais , Messieurs, quel iiiteretne se rattache pas a ces voyages qui reconnurent pour cause des motifs nobles et touchans , le charme des sciences , I'extension du commerce , et les progres de la civilisation. Nous leur devons la connoissance des pro- ductions de la nature les plus admirables et les plus merveilleuses. J'en atteste ces snperbes etoffes apportees des rives du Gange ; Ces metaux precieux , dont le sage emploi fait le bonheur de la vie ; Ces pierres etincelantes de feu , dont la beaut^ forme son diadSme j Ces vegetaux inconnus jusqu'alors, dont Flore embellit ses jardins, et dont s'enrichis- sent les vergers de Pomone. J'en atteste ces aromates precieux , que nous offrons en holocauste au Roi des rois. J'en atteste enfin ces remedes dtonnans, qi.ll sont notre espoir dans les differens ages (Mo) de la vie, et qui souvent se jouent de la fau* du temps, toujours prete a nous atteindre. Graces soient done rendues h ces homines celebres qui, par zele pour les sciences , par amour pour I'liumanite , ont eu le courage de se derober aux douceurs de la societe, de s'exiler sur une mer orageuse , et de ne se laisser intimider ni par la f'ureur de ses Hots, ni par la crainte d'un eternel adieu ! Eli ! quelle admiration ne meritent pas de sem- blables sacrifices , lorsque , pour commander a la fortune , on n'a besoin , ni des perils de la guerre , ni des hasards de la navigation ? La passion du bien , le desir de la gloire em- bellissent alors toutes les actions de la vie. A de si nobles mobiles, a tant de coura- ge et de devouement , joignez , Messieurs, les qualites du coeur,qui sont I'ame de Texis- tence ; vous aurez une idee de celui dont je vais publier en ce jour solennel les tra- vaux et les talens. A ces traits , vous avez deja reconnu Sir Joseph Banks , qui fut chevalier de I'ordre du Roi d'Angleterre , conseiller prive de Sa Majeste , president de la Societe royale de Londres, correspondant del'institutde Fran- ce , et Associe etranger de TAcademie des sciences , arts et belles-lettres de Dijon. Si ies grands lioinmes existent pour Ponies- ment cles nations , si dans tons Ies temps ces iiommes distingues furent ieurs premiers li- tres d'honneur et de gloire, c*est un service a rendre h. la posterite, que de perpetuer de semblables modeles, en lui laissantun tableau fidele et precis de Ieurs talens et de Ieurs tia- vaux. L'eloquence,parrorgane d'uncelebre ora- teur , a deja paye son tribut aux manes de ce grand liomme ; heureux qu'il ne me reste plus que la tache du sentiment ! II me sera , Messieurs , moins difficile de m'en acquitter en lisant dans vos coeurs ces expressions d'a- tnour et de reconnoissance , ces accens de regrets et de douleur que le Frangais fait en- tendre sur la tombe de I'homme de bien, et dont ii lionore toujours le courage et I'he- ro'i'sme , Ies vertus et le genie. A cet iage ou Ies illusions de la vie sont dans toute leur puissance , ou son image nous apparoit sous Ies couleurs Ies plus rian- tes et ne nous laisse entrevoir que I'aurore d'un beau jour , Banks montra Ies plus lieu- reuse§ dispositions. Ses etudes commencees au college d'Eton, ijon , naquit en cette ville le 7 avril 1734, d'un pere qui y exer^oit un olHce de procureur au Parlement. L'education du jeune Volfius fut soignee. Done d'lieureuses dispositions , il fit au Col- lege de Dijon que tenoient alors les Jesuites, des progres rapides qui fixerent sur lui I'at- tention des prof'esseurs de cet institut siexer- ce a denieler, dans les eleves confies a ses soins, les sujets qu'il lui importoit de s'atta- cher conime propres a perpetuer dans son sein la succession de gens liabiles de laquelle il tiroit son lustre depuis son orlgine. Entrede bonne heure dans la compagnie de Jesus, ou il prit les ordres sacres, M. Vol- fius ne deujentit point Tidv^e que ses supe- rieurs en avoient congue ; il y resta jusqu'a la suf^pression de cette societe, operee en France en 1763. Alors M. Volfius fut appele k occuper au College de Dijon , une des deux cliaires de Rhetorique qui entrerent dans sa nouvelle (267) _ organisation. Homme d'esprlt et de golit , f'a- jnilieraveclesclassiquesanciensetmodernes, forme dans I'art oratoire sur les grands mo- deles , ce professeur vit constamment siiivis par une jeunesse nombreuse , les cours dans lesquels il savoit si bien reduire en pratique les preceptes de I'eloquence appliquee a tons les genres qu'elle pent embrasser. Toutle monde connoitla Khetoriquefran- ^aise qu'il composaen faveur de ses elevesj elle a ete plusieurs fois reimprimee. La der- niere edition est de i8i4« Dans ce petit ou- vrage, M. Volfius se montra maitre consomme dans I'art de presenter les preceptes, et hom- me d'un gout sur dansle choixdes exemples. C'est un des meilleurs livres elementaires qui existent en ce genre 5 aussis'est-il main- tenu dans I'honorable possession de faire partie de ceux adoptes pour I'enseignement au College royal de Dijon. L'epoque de la cloture des classes four- nissoit cliaque annee a M. Volfius I'occasion de haranguer la f'oule nombreuse qui se por- toit aux exercices qu'il presidoit 5 et cliacune de ces solennites litteraires etoit aussi pour I'orateur une occasion de triomphe , tant il etoit tou jours heureux dans le choix de son sujetj tant il possedoit I'art de le developper ( 268 ) dans toutes ses parties avec une clarte ad- mirable : art habituellement rehausse chez lui par I'accent de la conviction , un organe sonore, une chaleur entrainante. Aussi nos chaires chretiennes, les bancs de nos tribunaux, notre barreau Rirent-ils et sont-ils encore peuples de sujets formes al'ecole de M. Volfius et desquels il pouvoit s'enorcneillir. Tons aussi ont constamment conserve pour leur maitre, alors meme qu'ii suivit une ligne autre que celle qui I'avoit tanthonore, des sentimens touchans d'at- tachement et de reconnoissance. La place de M. Volfius, homine que re- commandoitun talent oratoire tres distingue, une grande regularite de moeurs, des con- noissances profondes dans la litterature an- cienne et moderne , beaucoup de finesse dans I'esprit^ la place de M. "Volfius ne pouvoit manquer d'etre marquee parmi nos devan- ciers. Ce fut le 3o novembre 1784, epoque de la plus haute splendeur de FAcademie de Dijon , f[ue cette compagnie I'admit dans son sein. L' Academic deplore les obstacles qui n'ont pas permis que les porte-feuilles de M. Volfius^ lui fussent ouverts apres sa mort ; il ne lui reste ricii de scs ouvrages 5 imais elle conserve le souvenir du Discours sur ['education qui convient aux femmes , tju'il prononca , en 1787, dans une seance presidee par feu Mg^'. le prince de Conde, et qui attira I'attention toute particuliere de cet illustre protecteur de TAcademie. La Compagnie n'a point oublie non plus d'autres morceaux tres remarquables lus par M. Volfius dans ses seances publiquesj tels sont VEloge du Docteur Durande (1); des Reflexions sur le caractere de I' eloquence de BossuET, et sur les causes qui out con- tribue h le developperyi); V Eloge de Claude- JMarc-Antoine d'Apchon, ancien eveque de Dijon, mort arclievetjue d'Auch en 1783(3^ , etc. , etc. On voudroit jeter le voile du silence sur une epoque de la vie de M. Volfius : celle on il a eu le malheur de se laisser sacrer comme eveque constltutionnel sous le titre d' eveque de la Cote-d'Or, diocese de Dijon. (4), et de toinber , par suite de cette pre- »■ — ■ ■ M M M^ ■■■■■■■! M.M f M 11 HM ^— ^^ (1) Seance du 28 juillet 1799. (2) Seance du 2 aout i8o3, presidee par M. Volfius. (3) Seance du 3o mars 1816. (4) Expressions de la lettre de M. Volfius au Sou- verain Pontife ^ ecrite de Dijon , dans le couiaut d© mars 1816. ( 27° ) mi^re fautc , dans une multitude d'autres/ Mais ces fautes, M. Volfius les a expiees par une retractation solennelle dans les formes canoniquesj il a merite , par cet acte de cou- rase et d'humilite cliretienne , sa reconcilia- tion avec I'Eglise et sa reintegration dans la communion de N. S.P. le Pape Pie VII , qui, par un rescrit du 28 avril 1816 , daigna lui rendre I'exercice regulier des fonctions sacer- dotales : Intcrdicto oratori ( porte le rescrit) usu pontificalium , et quolibet episcopalis dignitatis signo(\). M. Volfius est mort k Dijon , le 8 fevrier 3822, emportant les regrets de 1' Academic 5 elle a voulu honorer ses f'unerailles par une deputation nombreuse cliargee d'accompa- gnersadepouille mortelle jusqu'a son dernier asile , et qui s'est acquittee pieusement de ce triste devoir. (1) M*". C.-N. Amanton , membre de I'Academie, a communique a la Compagnie , copie de toutes les pieces officielles relatives ^ la reconciliation de M. Vol- fius avec I'Eglise, lorsque, dans la seance du 20 aout 1 82 J , il a lu un Mcmoire historique sur M. Jeari- Baptiste Volfius f etc. , duquel est extraite la Notice cj^ue I'Academie public aujourd'hui. ( 271 ) M. Louis Caillet , aiiclen secretaire de rAcademie de Dijon pour la partie des let- tres, etoit ne le 3o avril 1736. II avoit a peine parcouru le cercle ordinaire des etudes clas- siques , lorsqu'il fut appele a enseigner les belles-lettres au college de Beaune , dont il etoit I'un des plus brillanseleves. En 1764, au moment ou I'enseignement de la jeunesse fut retire aux Jesuites , on le pressa d'accepter une cliaire au college Godran de Dijon, dont ila dirige le pensionnat pendant liuit annees, avant d'etre associe a M. Tabbe Volfius dans la cliaire de rhctorique, sous le titre de pro- fesseur de poesie. Ses nombreux eleves n'ou- blieront jamais la modestie et la douceur de son enseignement. On salt avec quelle vene- ration liliale iis se pressoient en foule a la porte de leur prof'esseur, pour lui servir de cortege au moment cu il se rendoit a son cours, Plusieurs d'entre eux conservent en- core avec un soin religieux la Voetique ele- mentaire qu'il avoit redigee pour eux : elle n'a point ete rendue publique. Ce qui distin- guoit sur-tout M. Caillet, commeprol'essenr^ c'est la predilection qu'il accordoit a I'etude approfondie de la langue franc^aise et de la litterature nationale. Admls dans le sein de I'Academle le j5 fevrier 1781 , et choisi pour ( 272 ) partager avec M . Jacotot , son collegue , le3 fonctions de secretaire, vacantes par la mort de M. le docteur Maret, il remplit ces fonc- tions avec zele jusqu*au jour ou la tourmente revolutionnaire Tenleva en meme temps a TAcademie et a ses eleves , a la fin de 1792. Jete par les suffrages publics dans differentes fonctions administratives , il francliit sans reproclie la longue epreuve de nos orages politiques , dans la ville de Beaune ou il s'etoit retire : c'est la. qu'il s'est etelnt au mi- lieu d'une famille nombreuse , le 26 aout 1822. Aucune vertu sociale ou domestiqne n'a manque au caractere de M. CalUet. II a honore ses dernieres annees par un retour solennel a la Religion de ses p^res 5 et c'est tin liommage de plus que TAcadeinie se plait a rendre a sa memoire. Pierre -Paul Prudiion naquit a Cluny ; dansleMclconnois, en 1759. Les Benedictins avoient un college renomme dans cette pe- tite ville, I'une des capitales de leur ordre. C'est la que Prudlion fit sous leurs auspices ses etudes de latinite. Ses precoces disposi- tions pour la peinture determinerent ses parens a. I'envoyer a Dijon. Ayant obtcnu de I'abbe de Cluny une pension pour leur ( 273 ) Ills , lis le mirent sous la direction c!e M. Devosge pere, dont la memoire ne perira point parnli les eleves hombreux qu'il a for- mes. Les progres de Prudhon lurent rapideSd Apres quekjues annees, il retourna dans son pays J at s'y maria avec la fille d'un avocat. Cette union deplnt a son protecteur qui lui retira sa pension. Force de se creer des res- sources, il partit pour Paris , oil il cbtint peu de travail et de succes. A I'epoque du concours pour la pension triennale que les Elus de Bourgogne assuroient a un eleve de I'ecole de Dijon, pour continuer ses etudes a Rome , M. Devosge rappela Prudhon dans nos murs. II obtint sur ses condisciples le premier prix et fut couronne en 1784 par Mg'". le Prince de Conde. Le sujet du prix etoit : Vompee se brillantle doigt cliez Gentius y roi des Esclavons ,pour lui prou- i'er que Les plus grandes douleurs ne luije- roient pas dire son secret. Prudhon etudia particuli^rement a Rome Leonard de Vinci , I'liomme le plus extra- ordinaire qui ait peut-etre existe , et lui em- prunta sa belle maniere de peindre , vigou- reuse et fondue. Les premieres productions de Prudhon etoient pour la couleur un peu 18 ( 274 ) vineuses; mais rimitation du Titien et clit Correge lui lirent abandonner ce deiant ; et re consultant que la nature , il fit heaucoup d'ouvrages qui le cJasserent a juste tltre au rang des Peintres les plus distingues de ce siecle. Son gout le porta particullerement a trai- ler des sujets gracieux ', cependant il reussit egalement pour les sujets severes ; et Ton ad- mire au Musee de Paris son magnifique ta- bleau de la justice et de la vengeance divine poursuivant le crime ^ et une belle descente de croix, son dernier ouvrage. II existe une grande quantite de gravures faites d'apres ses desslns et tableaux : des idees ingenieu- ses , jointes a un beau caractere de dessin, les font reclierclier des connoisseurs. M. le comte de Sommariva possede un tableau de Psiclie enlevee par Zepliir et des Amours; puis Zephir se balan^ant au-dessus de I'eau , et le beau portrait en pied de M. de Somma- riva lui-meme. (^ar le talent de Pruclhon etoit d'une grande stuiplesse, et il traitoit le genre du poitrait avec une grande habilete. II avoit fait, il y a quehpies annees , un tableau de VJssumption de la Vierge , com- mande par le Uoi pour sa chapelle. Prudhon, doue des inoeurs les plus douces , etoit bon pere et bon ami. Ses nombreux tableaux lui meriterent la croix d'honneur et lui ouvri- rent les portes de I'lnstitut. ( Academie des beaux-arts). C'est a I'eloquent interprete de cette Compagnie a louer dignement un peiii- tre qui a honore I'ecole frangaise , la pro- vince ou il etoit ne, et la cite qtii , Ja pre- miere, a pressenti et encourage son talent. L*une des pertes les pins sen silkies qu'alt f'aites receminent I'Academie est sans contre- ditcelle de M. Claude- Xav ie r Gik k\ji.T , avo- cat, ancien Conseiller-auditeur a la cliam- bre des Comptes de Bourgogne et Bresse, ancien maire d'Auxonne , juge de paix du 3^ arrondissement de Dijon , conservateur de la bibliotheque de I'Academie , garde de ses medailles, et president de la commission archeologique permanente , formee dans son sein. M. Girault, nea Auxonne le iSavril 1764, apres avoir fait d'excellentes etudes au col- lege de Dijon et termine son droit en 1783, renonca k tou.s les plaislrs fri voles du jeune age , pour se livrer entierement a I'etude, et son gout n aturel le porta vers les recherclies liistoriques et litteraires. L'AcademIe de Be- sangon avoit propose en 1788 , pour sujet ( 276 ) de prix , cette question : En quel temps te comte d' Auxonne a-t-H ete dctache de la province Sequanolse? M. Glraiilt encore jciine entra dans la lice, et la profondeur de scs reclierclics hvl nierita le ])rlx. Get heii- reux conp d'essai, qui luiouvrit les portes de rAcademie de Besan^on, et ensnite celles de TAcadamie de Dijon, le /d jnillet 1789 , ne fit qu'enflamnier son zele, et augnienter son gout pour Telude , sur- tout pour celle de I'histoire, dont il cultiva particulierement deux branches essentielles, lanumismatique et I'arclieologie. Mais ce qui honore M. Gi- rault, comme franc et vraiBour2;ui2;non, sin- cerement devoue a la gloire de son pays , c'est que I'histoire de la province qui lui a donne le jour a ete I'objet constant et pres- qu'exclusif de toutesses pensees et de toutes ses veilles. Aussi avoit-il pris pour devise ce vers d'Ovide : Et pius est patriae facta referre labor. En elfet on pent dire qu'il a explore a. fond laBourgogne et principaletnent le de- parteinent de la Gote-d'Or. Tout ce qui tient a I'histoire politl([ue, civile, ecclesiastique et litteraire de ce beau pays j les villes, les Ijomgs, les villages, Icujantiqviite, Torlgiue tie leurs noms , leurs monumens, les details conserves par la tradition sur les curiosites de chaque lieu, les tombeaux, les statues, les me- dailJes que le hasard y a fait decouvrir; les an- ciennes abbayes, les chateaux, les ruines, les vieilles chartes, les coutumes bizarres, Ics usa- ges singuliers, tout a ete du ressort de M . Gr- . rault; tout a ete examine, analyse , decrit et consigne par lui , soit dans Jes journaux scientiliques , soit dans les archives des dif- ierentes Academies qui s'etoient empressees de se I'associer , soit dans les ouvrages spe- ciaux qu'il a publics; et combien d'autres monumens de son erudition et de son ardeur inf'atigable pour les recherches s.e trouvent manuscrits dans les nombreux porte-feuil- les qu'il a laisses ! II n'est pas surprenant que tant de travaux utiles qui se sont succede rapidement et dont la liste existe ( au nom- bre de 63 ) dans la notice interessante qu'a publiee notre confrere M. Amanton, Varis et Dijon 1823, //z-8^ de 16 pages; il n'est pas surprenant, dis-je, que tant de travaux utiles aient fait apprecier en France le merite de M. Girault, et lui aient donne entree dans un grand nombre d'Academies* Ct Societes litteraires , qui toutes se sont fe- licitees d'avoir un associe dont Tactivite re- ( 278 ) pondolt a rerndltlon. Que Ton consulte les memoires et les rapports annuels de la So- ciete royale des anticjuaires de France ; de la Societe academique des sciences de Paris ; des Academies de Lyon , Bordeaux, Rennes, Nancy, Macon, Bourj^, Vesoiil, etc. etc., on y trouvera noiuhre de dissertations, de me- nioires , et de lettres de M. Girault, qui prou- vent qu'il ne regardoit pas comme un titre oiseux riionneur d'appartenir a ces corps sa- Yans. L'Academie de Bordeaux s'empressa de decerner a ses Essais sur Dijon ^ la medaille d'or qu'elle accorde aux ouvrages qui lui paroissent off rir le plus d'interet et d'utilite, Cet ouvrage a ete traduit en anglais par Sir God'ham, ecossais. A la distribution des prix arclieologiques qui a ete f'aite par I'lnstitut a sa seance du 2.0 juillet 1821 , notre savant confrere obtint le premier accessit y et a la distribution des memes prix , qui eut lieu le ^(i juillet 1822, rinstitut lui decerna la pre-^ jni^re des medailles d'or. II a encore regu plusieurs autres temoignages honorables du cas que Ton faisoit de ses travaux. Membre residant de TAcademle de Dijon, M. Girault y a constamment donne I'exem- ple de I'assiduite aux seances et d'un zelq goutcou pour tout ce qui interessoit I'hoA- ( 2"9 ) neur etla prosperiie de la coniprignle ; charge par la coiifiance de ses confreres du soiii de la bibliotheque et du inedaiiler de I'Acade- mie , il s'est distingue sur-tout par un grand travail sur ce dernier objet, par le bel ordre qu'il a etabli dans I'arrangeraentdes niedail- les, et par les augmentations dont il a enriclii cette precleuse collection , augmentations qui souvent ont eu lieu aux depens de son propre medailler. L'archeologie etoit aussi pour lui un objet de predilection j president de la Commission desantiquites, ilen arempli les fonctions de la manlere la plus active et la plus eclairee; il desiroit vivement cou- ronner ses travaux dans ce genre par I'erec- tion d'un musee archeologique ou seroient etales tous les monumens antiques produits des f'oulUes qui ont ete faltes sur le sol de la Bourgogne ; il soUlcltoit des autorites supe- rieures un local k cet effet , lorsque ses de- marches furent arretees par une maladle lon- gue et douloureuse, qui, sans affolblir ses forces morales ni son zele ardent pour le travail, I'enleva cnlin le 5 novembre 1820, a sa f'amllle eploree , a ses amis , a ses con- freres eta I'estime de ses concltoyens. Nous ne presentons M. Girault dans cette notice , que comme un savant dlgne de ( 28o ) tousles regrets des differens corps Utteraires; auxquels 11 appartenoit. Si nous avions eu k parler de ses qualites personnelles, et de ses connoissances en litterature proprement dite, il eut fallu parcourlr un nouveau champ non moins vaste que celui qui vient de nous occuper ; nons nous contenterons de dire avec notrc confrere M. Amanton ( Voyez sa Notice^ P'^g- 7 Gt 8 ) , que ccM. Girault fut cc un liomnie d'une exacte probite , un ma- ce gistrat integre , un citoyen tres attache a cc son pays et un sujet devoue au Roi et asa cc dynastie Quoique convert de la pous- cc slere des chartes et des vieilles chroniqueSj^ cc il ne fut point etranger aux belles-lettres j cc une immense lecture avoit meuble sa me- et moire de ce que les ecrivains du siecle cc d'Auguste et du siecle de Louis XIV of- cc frent de plus saillant. On en trouve la cc preuve dans les heureuses citations d'au- cc teurs classiques, dont ses nombreux ou- cc vrages fourmillent. II y avoit beaucoup a cc apprendre dans sa conversation ; et maU cc gre la tenacite qu'il montroit ordinaire- « ment dans ses opinions , il est pourtant cc vrai de dire qu'ij se rendoit avec facllito « aux observations que lui faisoient ceux de c«. ses confreres auxquels il soumcUoit f^ixcU ( 28i ) cc qiiefols ses ouvrages avant de les livrer a cc I'impression. ^^ Nous pouvons d'autant plus garantir la verite de cette derniere as- sertion , qu'etroitement lie avec M. Glrault par la conl'ormite de nos gouts poiir les re- clierclies , et invest! de toute sa confiance lit- teraire , nous n'ayons eu qu'a nous feliciter de nos relations quotidiennes avec lui, et de la deference qu'il vouloitbien avoir pour nos observations parce qu'il savoit , disoit-il , qu'elles etoient dictees par rattachement et nullement par un esprit de contradiction. En perdant M. Girault, nous avons perdu un sincere ami, le seui avec lequel nous pas- sions habituellement nos courts momens de loisir, momens qui n'etoient jamais infruc- tueux. Si sa mort a cause generalement de vils regrets par I'estime que Ton faisoit de son erudition et de ses travaux litteraires , qu'on juge de notre douleur,, nous cjui, vi- vant dans son intimite , avons ete , plus que tout autre, dans le cas d'apprecier ses qua« lites personnelles! Aussi avons-nouspartar,d sincerement les sentlmens douloureux niia a. sa perte a fait eprouver a sa famiile eploree* CATALOGUE T)es livres dent il a ete fait hommage a I'Academie J du 2.4 aoiit 1821 aui/^ auut 1820. OUVRAGES COMPOSES PAR DBS MEMBRESDE l'aCADEMIE. 1. LiXAMEN de plusieurs lois relatives k la repression des abus de la liberie de la presse, par M. Carnot, conseiller a la Cour de cassation. Nouvelle edition. Paris, 1821. In-8° , 3i4 pages. — M. Riamuourg , Rapporteur. 2. Histoire de la Guerre et des Negociations qui ont precede le Traite de Teschen 5 par M, le couite de CouRTiVRON. Neiifchatel , j^83. Ia-8.°, 148 pag. 3. Annales de I'Agriculture fran^aise j par MM.'"' Tessier et Bosc , Associes non residans. Paris , aoiit 1821. — juillet 1823. Jn-8°. 4. Memoire bibliographique et litteraire , par M. Del AN dine. Paris , sans date. ( Lyon , 1816). In-8.°, 488 pag. — Rapporteur , M. Foisset. 5. Essai pliilosopliique et medical sur la douleur con- sideree plus specialement comme affection essentielle^ dissertation inaugurale , par Charles-J.-F. Revolat , docteur en medecine. Montpellier, 1821. In-4°. j 55 p. 6. Memoircs sur les pheaomenes de la propagation ( 283 ) du princIpe contagieux de la fievre jaune 5 par M. MoREAU DE JoNN^s. Paris, 1821, — MM. Antoine etPROTAT, Rapporteurs. 7. Essai de Geographie ancienne et moderne , par M. Devilly. — M. Gueneau d'Aumont, Rapport. 8. Annuaire du departement de la Cote-d'Or , pour 1822 5 par M. Girault. 9. Relation de la fete inaugurale cel^bree a Dom- remy le lo septenibre 1820, en i'honneur de Jeanne d'Arc,par M. de Haldat. — M. Peignot, Rapport, 10. Voyage en Italie , fait en 1820 , precede d'une excursion au Vesnve ; par le doct. Louis Valentin. Nancy , 1822. — M. Durande , Rapporteur. 11. Refutation de la defense de I'Essai sur I'indiffe- rence en matiere de religion , par M. I'abbe de la. Mennais; parM. Suremain de Missery, associe non residant. Dijon, 1822, in-8*'. — M. Foisset , Rap. 12. Discours sur I'institution du medecin suivant Hippocrate 5 par M. Richard de la Prade, corres- pondant. Lyon, 1822. In-8°. i3. Flore du departement de la Haute-Loire , par M. Arnaud , correspondant au Puy. — M. MorlanDj Rapporteur. i4« Eloge de M. F. Mandel , doyen des pbarma- ciens de Nancy, et conespondant de I'Academie de Dijon. Par M. de Haldat , Secretaire de la Society royale des sciences de Nancy. — M. Foisset, Rapport. \5. Discours sur ce siijet : ( Combien les Lettres , les Sciences et les Arts peuvent ctre cultives avec succes dans le departement du Puy-de-D6me et dans toute VAuvergne ; et quels sont les moyens de les y rendr& ( 2t54) florissaris? Par M. I'abbe Lacoste de PlaisAnce. — * M. d'Aumont , Rapporteur. 16. Opuscules envoyes parM. le clievalier Alexandre Lenuir ; 1°. Nouvel Essai sur la Table Isioque , in 80. 2.° Dissertation sur ces questions : A-t-il exists Tin tribunal pour jiiger les Hois d'Egypte , aprks leur mort ? Les Pyr amides d'Egypte etoient- ellcs destinees d servir de tombeaux aux Hois ? i6 pag. in-8°. 3.° Observatians sur une statue antique represen- tant un hermaphrodite. In-8.°, 16 pag. 4.° Observations scientifiques et critiques sur le genie des Peiiitres. In-8° , 29 pag. 5.° Notice historique sur I'ancienne peinture sur verre. In-8° , 29 pag. 6.® Observations critiques sur la raetempsycose. In-S.'^ , 4o p-'ig. 7.° Notice historique sur la sepulture d'Heloise et d'Abelard. In-S.*^, 25 pag. 8.° Monumens de Siiint-Denis. In-8°. , 16 pag. 9.° Observations sur I'origine du carnaval. In-8° , 24 pag. lO*'. Description d'une taplsserie rare et curieuse, faite a Bruges. In-8.° , 29 pages. •— MM. Devosge, et Peignot, Rapporteurs. 17. Odes sur la Force et la Vertu , par M. Riche- •rolle, correspondant. In-8.°, 12 pages. — M. Foisset, Happorteur, 18. Les Regicides 5 dithyrambej par M. Tezenas ( de Montbribon ) , correspondant. ( 285 ) l9« Etudes STir La Fontaine , par M. GuiLtAUMfe^ Correspondant. (Besancon), 1822, in-S"^. — M. Foisset^ Rapporteur. 20. Table des 36 derniers volumes des Annales de Chimie , etc. Par M. Colin , associe non residant. Paris, 1821. lu-8°. 21. 1.° Memoire sur la maladie qui affecte les va- ches laitieres de Paris et des environs ; par iVI. Huzard, associe non residant. In 8". 2.° Instruction sur la maniere de conduire les va- ches laitieres J par MM. Chabert etHuzARD. Paris^ 1807. In-8.° y^. Notice sur les mots hippiatre , veterinaire et marechal 5 par J.-B. Huzard. 3.^ edit. 1816. 4°. Instructions sur les soins a donner aux chevaux pris de chaleur 5 par M. Huzard. Nouvelle edition, 1817. 5.° Rapport a la Societe royale et centrale d'agri- culture sur le concours pour des Meinoires ou ob- servations pratiques de medecine veterinaire. Paris j J 821. In-8°. 6°. Instruction sommnire sur la maladie des betes a laine , appelee pourrlture ^ par MM. Tessier et Huzard. 1822. — M. Masson , Rapporteur. 22. Opinions politiques pendant les sessions de 1814 k '819 ; par M. le due de Brissac, associe non re- sidant. 23. Discours prononce pendant la session du college du departemcnt de la C6te-d'0r , par M. le due de Brissac , president de ce college. 24. Notice sur le general Legrand , parM. Devilly, «orrespondant. ( 28^ ) 25. Lettres de M. J. -Andre de Luc , sur les o§ fossiles de quelques grands qnadnipedes , et faisant Suite au Memoire sut les os fossiles d'elephant. — M* Jj'AuMONT J Rapporteur. 26. De I'eniploi des conjonctions grecques , suivi des mcnles coiijonctifi. de la langue grecque ; par M. Seguier, Prefet de la C6te-d'0r. Paris, 1814. In-S"*- — M. DE MussY , Rapporteur. 27. Rapport fait a la Societe royale et centrale d'A* griculture, dans sa seance publique du 14 avril 1822, sur le concoiirs annuel pour des Memoires et obser-» rations pratiques de medecine veterinaire. Par M*^* HrZARD. 28. i**. Des maisons de sante destinees aUx allenes ^ par M. Salverte. Janvier 18?. 1. In-8". E.o Notice sur le conseil de salubrite etabli pres la prefecture de police de Paris j par le meme, Aout 1821. 3.° Notice sur la vie et les ouvrages du chevalier Louiji Cadet de Gasslcourt j par le meme. *— M. Antoine, Rapporteur de ces trois ouvrages. 29. I.*' Nouveau systeme de ponts en bois et en fer forge 5 par M. Poyet , architecte , membre de rinstitut. In-4°. 2.° Rapport du conseil g(5neral des ponts et cKaus* sees sur le systeme des ponts en bois et en fer forge } suivi de la refutation de ce Rapport , par M. Poyet. 3.° Deux Memoires sur la necessite de transferer I'Hotel-Dieu de Paris k Pile des Cygnes 5 par le meme. 1786. In-4°. 4.° Projet d'une nouvelle sail? d'Opera, et reponse 287 ) aux cfltiques cles journaux sur ce projet } par Id meme. 5.° Projet de places et edifices. Paris , an 8 , in'4°* fc— M. Mathieu , Rapporteur de ces ouvrnges. 00. 1*^. Chensical Catechism with tables etc., by Sam. ParIces, member of the royal institution etc. London. 1822. In 8°. 2.° A letter to farmers and gratters on the advan- tages of using of salt in agriculture , etc. Par le meme. London, 1819. In-8°. 3.° Thoughts of the laws relating to salt etc. Par le meme. London, 1817. In-8". — MM. d'AumonTj DE GouvENAiN ct TiLLOY , Rapporteurs. 3i. Ode a. la superbe Rome j par M. Vaysse, ins- pecteur des postes au Mans. — M. Seguier , Rapp. 32. Poesies, parM. Mollevaut, de I'Academie des inscriptions et Belles-le'tres. Paris, 1822. In-18. Traduction de la vie d'Agrlcola; par le meme. Paris, 2822. — MM. Petgnot et Foisset, Rapporteurs. 33. Lettrps bourguignonnes , par M. NAViLLE,cor- respondant. — M. Morlano, Rapporteur. Meme ouvrage , 2^. edition. Dijon, aoAt 1823. 34- Recherches sur les auteurs dans lesquels La Fon- taine a pu troiiver le sujet de ses Fables. Par M, Guillaume , correspondant. Besancon , 1822. 111-8". — M. Petgnot , Rapporteur. 35. Traite de la Clavelee , de la Vaccination et de la Clavelisation des betes a laine ; par M. Hurtrei. d'Arboval, correspondant. Paris, 1822. In-8.° — M. Salgues, Rapporteur. 36. Essai pour servir a I'histoire des fievres adyna- ( 288 ) hilqtics et ataxiques 5 par M. MontfAIcon, correi[Ji' Lyon, 1823. In-S". — MM. Salgues enPnoTAT, Jiap. 07. Horace et I'emjierenr Aiigiiste; ])ar M. E. Sal- ve rte , corr. Paris, 1^23. In-8''. — ]\I. Foisset, i?^^* 38. Manuel du Bil)lioj)liile, ou Traite du clioix des livres ; parM. G. Peignot. Dijon, 1823. 2 vol. in-8°. 3y. Notes et Mernoires de culture ; par M. Thouin, de I'Academie des Sciences, associe non-residant. 1 voL in-4.*' ]^1- — M. Masson , Rapporteur. 40. Manuel de PObservaleur en medecine 5 par Mi le doct*". Marchand. Paris j 1822. In-24. — M. Antoine, Happorteur, 4i. Essai sur la douleur, consideree sous le point de vue de son utilite en niedecine , et dans ses rapports avec la physiologic , I'hygiene , la patl)ologie et la tlie* fapeutique. ParM. Salguesj acadeniicien residant* Dijon. In-j2. 42. Code d'Agriculture , par M. J longue pour ce catalogue* 43. Kudiment of Chemistry y by Sam. Parkes, etc •— M. d'Aumont, Rapporteur. 44' Notice biographique sur M. J. - B. Desplas , ancien professeur de I'ecole velcrinaire d'Alfort 5 par M. SiLvESTKE , secretaire general de la Societe royale et centrale d'agriculture de Paris. Paris , 1823. In-8°. ( 2i39 ) 45. Le Maire dii Palais, tragedie; par M. Ancelot* Paris , 1823. In-8*'. — M. Lorain , Rapporteur. 46. Ouvrages de M. Herschel ; 1 .° A Collection of examples of the Application of the calculus of finite differences , by J. Fr. W.. Herschf.l F. R. S. London et Edinb. etc. , etc« Cambridge , 1820. ln-8". 2.° On the places of i^5 double stars. London ^ 3821. In-4.° 3." On the aberrations of compound lenses and "object glasses, London, 1821. 111-4". 4°. On certain remarkable instances of deviation, from Newtoii^s scale in the tints developped by crystals with one axis of double refraction on expo- sure to polarised light, 1820. In-4°' 5°. On the rotation impressed , by plates of rock crvslal on the planes ''of polarisation of the rays of light as connected , with certain peculiarities in its crystallisation. Cambridge, 1820. 6.'' On a remarkable peculiarity in the law, of the extraordinary refraction of differently coloured rays exhibited by certain varieties of apophillite. Cambrid. 1821. In-4^ 7°. On the separation of iron from other metals. London, 1822. Jn-4°. 8." On the reduction of certain classes of func- tional equations to equations of finite differences. Cambridge, 1820. In-4". — M. d'Aumowt , Ka/?. 47. Ouvrages de M. BabbagE. 1°. A letter to sir Humphry Davy on tke appli^ Cation of machinery to the purpose of calculating; ( 290 ) and printing mathematical tables, fromCli. Baebage, esq- M. a F. R. S. Lond. and Edinburgh, etc., etc. Lojidon. 1822. 2®. On the application of analysis to the discovery of local theorems and porisms.By Charles Babbage, etc. Edinburgh , 1822. Iu-4°- — M. d'Aumont y Kapportcur. 48. Observations et remarques pratiques sur I'adrai- ristration dii seigle ergote contrc I'inertie de la niatrine dans la parturition 5 suivies de quelques reflexions sur I'tinploi dts lavfc-mens raercuriels dans le traitement de la syphilis chez les nouveaux nes; par le docteur Desgranges, medecin a liyon. Montpellier, 1822. In-S". ENVOIS BES SOCIETES COFtRESPONDANTES. 1. Extraitsdes^travaux de la Societe centrale d'agri- culture du departement de la Seine inferieure, 1820 — 1822. M. Masson, Rapporteur. 2. Precis analytique des travaux de I'Academie des sciences etc. de Rouen, depuis sa fondation en 1744 jusqu'd I'epoque de sa restauration le 29 juin i8o3. T. 5. 1781-1793. Rouen, 1821, in-8° , 398 pag. fig. — • M. Peignot, Rapportevr. 3. Seance publique de la Societe acadt'mique du de- partement de la Loire inferieure , tenue le 3 septembre 1821 , Nantes 1821 , in-8°, 1 19 pag* — Rapporteur, M. Peign >t. 4. Seance publique de la Societe d'agriculture, com- merce, sciences, etc. du departement dela Marne,lenuc 1j 27 aout 1821. Clialons, 1821, in-8°, 88 pag. ( ^'9^ ) 5. Rapport fait a la Societe royale et centrale d'a'^ gricultiire, dans sa seance du iSmai i8c8, surl'iisage des moulins a bras; pari\'jM. Yvarr , Lubbe, Challan rapp. , Paris 182) , in 8^ avec fig, 54 pag. 6. Annales de la Socieie d'agricullurej sciences, arts et belles-lettres du departement d'Indre et Loire. T. i, 2,3,4 et 5. — Rapporteurs, MM. Masson, Bonnet. 7. Seance pubiique de la societe libre d'emulation de Rouen, teniie le 9 juin 1 821 , in-8°. 8. Seance pubiique de la Societe d'agriculture, com- merce 5 sciences et arts du departement de la Marne , tenue a Cliab^ns le 5 seplembre 1820, in-8°, 96 pag. 9. Academie des sciences , arts et beiles-iettres de Caen J 1821, in-8"*, 4^ p^g' 10. Rapport sur les travaux de I'Academie de Caen? par M. Hebert secretaire, annee 1821, in-S°, 07 pag. 11. Annales de la Societe d'agriculture, arts et com- merce du departtment de la Charente, T. 3, 4 et 5. J 2. Seince pubiique de la Socieie des amis des sciences , lettres , agriculture et arts, tenue a Aix , le 7 juin 1821 jin-S'^. 46pag<' — Rapporteurs , MM.Masson, deGoUVENAIN. i3. Memoires de la Societe d'agriculture et arts dii departement de Seine et Oise, publics depuis la seance pubiique du 9 jnillet 1820 jusqu'i celle du i5 juillet 182JJ 21' annee, Versailles 1821, in-8'', 1 74 P-'^g* ^^vec i4' Proces-verbal de la seance pubiique ^de la So- ciete d'agriculture, commerce et arts de Boulogne-sur- mer , tenue le 3 juillet 1821. Boulo^c , i82i5in'8''^ 56 pag. ( 292 ) l5. Notice des travaux de la Societe rf»yale Se me- ^ecine de Bordeaux , depuis Is derniere seance jmbli- que jusqu'au 29 aoAt 1821 , Bordeaux 1821 , in-8°. — tiajyporteur , M. Antoine. J 6. Compte rendu des deux seances publiques tennes par ['Academic de Besancon le 25 Janvier et le 24 ^^'i^' 1821. — Kapporteur, M. Peignot. 17. Journal de la Societe d'agriculture et commerce du departeraent de la Haute-Sa6ne. — Rapporteur, M. PiXGNOT. 18. Cimpte rendu de la Societe d'emulation du Jura. — Rapporteur, M. Pbotat. 19. Precis de la Constitution medlcale observee dans le departeraent d'lndre et Loire, pour le 3^et 4^ trimes- tres de 1821 , I'annee 1822 et le i^' trimestre 1823, pu- fclje par la Societe medicale de Tours.— Rapporteurs, MM. Antoine et Pbotat. 20. Menxoires de la Societe royale d'Arras pour I'en- couragement des sciences, lettres et arts, torn. 3. Arras , i82i,in-8°. — MM. d'Aumont et Masson , Rapp, 21. Journal des proprietaires ruraux pour le midi de la France , redige par les membres de la Societe royale d'agriculture de Toulouse. Tom. 17, n.°* 9, 10, 11 et 12 ^ torn. 18 et 19. In~8°. — M. Masson , Rapport. 22. Compte rendu de I'Academie des sciences , arts et belles-lettres de Lyon, pour I'annee 1821. — — M. FoissET , Rapporteur. 23. Compte rendu de I'Academie des sciences, arts et belles-lettres de Macon, pour I'annee 1821. — M, GiRAULT, Rapporteur. 24. Analyse des travaux de la Societe royale du Mans, 1 vol. in-S.**— ..M. D'AuuiONT , Rapport. ( 293 ) a5. Tableau analytique des travaux de la Societe des. Bciences, agriculture, lettres et arts du Bas-Rhin ; pai^ M. H. HuGOT. Strasbourg, 1821. In-8®,—M.MASSON, Rapporteur. 26. Transactions of tbe Society for the encourage- mentof arts, manufactures and commerce. Tom.Sg. — MM. Mathieu et Masson, Happorteurs. :2.j . Transactions of the society for the encourage- ment of arts , manufactures and commtrce. With the premiums offered in the year 1821. London, 1821, in-S**, — MM. Sene , d'Aumont ^ Rapport, 28. Society for the encouragement etc. Premiums offered in the session 1822-1823. London. In-8°. 29. Transactions of the society for the encouragemen of arts, etc. vol.40. London j 823. In-S".— MM. Senj^ et d'Aumont , Rapporteurs. 30. Meraoires du Comite agricole central du depar- tement de Sa6ne-et-Loire. In-8°. 3i. Bulletin de la Societe royale d'agriculture, scien- ces , etc. de Limoges. N." 1 . 32. Bulletins de la Societe d'encouragement pour les cinq derniers mois de 1821 , I'annee 1822 et les huifc premiers mois de i823. — -M. de Gouvenaik, Rap, 33. Precis de la Societe royale des arts du Mans.— * M. d\'\umont, Rapporteur. 34' Annales de la Societe des sciences , arts et belles-lettres d'Orleans. Tomes i , 2 , 3 , 4 6t 5. ■— MM. ProTAT et DE Ch ARRET, Rapp. 35. Memoires de la Societe d'agriculture , sciences et arts du departement de I'Aube. Premier cahier, i^ j trimestre 1833. — M. Masson , Rnppo.'teur. ( 294 ) 36. Bulletin de la Societe royale J'agriculture , art* e\ commerce des Pyx'euees orientales. ( Mars 1822. ) In-8°. 37. Journal d'Agriculture etc. du departementdeTAr- riege. Tom. 3 , n". i3. Avril 1822. — M. Grasset , Jiapporteur. 38. Seance publique de I'Academie des sciences , arts et belles-lettres de Besancon ; 25 Janvier 1822. — - M. Peignot, Ilapporteur. 39. Notice sur M. Paris, arcLitecte du Roi et dessi- jiateur de son cabinet 5 par M. Weiss, membre de I'Acadernie de Besancon. —M. Peignot, Rapporteur. 40. Memoires d'Agriculture et d'economie rurale et domestique , publics par la Societe royale et centrale d'agriculture , pour I'annee 1820. Tom. 1 et 3. Paris, 1821, ln-8°. — M. Grasset, Rapporteur. 41. Seance publicjne de la Societe rnyale de m^de- cine , cliirurgie et pharmacie de Toulouse , tenue le o mai 1822. — M. Ant )iNE , Rapporteur. 42. Precis analytique des travanx de I'Academie de B-ouen , pour 1821. — M. Peignot , Rapporteur. 43. Seance pub'ique de la Societe centrale d'agri- culiure du departeinent de la Seine ijiferieure. 1823. In-8°. — M. Grasset , Rapporteur. 44- Becueil de I'Academie des Jeux Floraux. 1822. In-8". — AIM. Amanton et Peignot , Rapport. 45. Bulletin de U Societe de Geographic. Tom. 1 , Ji^^ 1 , 2 et 3. Paris. In-8,° 46. Reilexioas et obseryations sur I'hiver de mjl buit pent vingt-dtiix j lues a la Societe royale dts arts du J.'l^ns. J822. In-8°. — M. Pi-iGNOT 5 R.apportcur, ( 295 ) 47' Annales de la Societe d'agriculhirc , sciences , arls el belles-lettres du departement d'lndre-et-Lolre. — M. Bonnet, Rapporteur. 48. Notice des travanx de la Societe de medeciiie de Bordeaux. — M. Antoine , Rapporteur. 49. Rapport fait a la Societe royale de medecine de Bordeaux, an nom d'une Coiiiniission cliargee di' faire des recherclies sur cet objet : Ceux qui ont eu la vac- cine peuvent-ils etre atteints de la variole ? "— M, Antoine , Rapporteur. 50. Bulletins d'industrie agricole et manufacturiere, publies par la Societe d'agriculture , arts et commerce du departement de la Loire , arrondissement de Saint- Etienne ( le dernier est du mois de juin i823 ). — MM. Bonnet et Masson , Rapporteurs. 5i. Memoires de la Societe centrale d'agricullure et des arts du departement de Seine-et-Oise , publies dans la 22^. annee. — Remis aux niemes Comniissaires. 52. Proces-verbal de la seance pnblique de la societe d'Anriculture , de commerce et des arts de Boulogne- sur-lvlei- 5 tenue le i5 juillet 1832. — - M. Masson, Rapporteur. 53. Seance publique de la Societe libre d'enuilaiiou de Rouen. — M. Gueneau t>'Aumont, rapporteur. 54. Proces- verbal de la seance publique de I'ecole secondaire de medecine de Bordeaux , tenue le 3i aout 1822. — M. Antoine , Rapporteur. 65. Memoires et rapports de la Societe d'agriculture et arts du departement dii Doubi.5 2.'^ annee de la res- tauration. — MM.. Bonnet et Masson, Rapport. 56. Memoires de la Socio le royale d'Anas j poui^ ( 296 ) rencouragement des sciences, lettres et arts. Tom. 4* ;*^ et 2.^ liv. — M. Charbonnier , Rapporteur. 5j. Seance publique de la Societe d'agriculture , commerce , sciences et arts du deparlement de la Mar- ne , teniie a Chalons le 26 aout 1822. — MM. uk SIussT et PiiiGNOT^ Rapporteurs. 53. Mt^moire&ur la nutrition des plantes et la coupe prematnree des bles , par M. Febuiheu ^ presente a Iq, 3ociete d'agriculture de Seine-et-Oise. — M. Durande, Rapporteur. 59. Extrait raisonne des proces verbaiix des quatre premieres seances de la Societe d'agriculture de Dole, departement du Jura. — M. Bonnet , Rapporteur. 60. Societe des sciences medicales du departement ^e la Moselle. In-8*^, ^5 pag. — M. Senk , Rapp. 61. Gompte rendu de la Societe des sciences , arts et belles-lettres de Macon, an 1022. lu-S" , io4 P^lg- »— JVI* l>E GouvENAiN , Rapporteur, 62. Recueil agronomu|ne, public par la Societe des sciences 5 agriculture et belles-lettres du departement de Tarn et Giironne. Aout 1821 • — Jiiillet i823. In-8°. — ■ Rap. MM. Masson et de Goxjvenain. 63. Ephemerides de la Societe d'agriculture du de- partement de I'liidre , pour 1822. Seances des 4 avril pt i^*^- septembre. d^. Notice des travaux les plus remarquables de i'Academie royale du Gard , de 1812 a 1822 j par M. )'helip , medecin , secretaire j 2 vol. in-8*. -—Rapport. ^I, P'AUMONT. jS5? Trait^ de lapoudre la plus convenable aux armes ^ ^jislqnjpar un menibre duja So^iett d'eucourageme*i; ( ^97 ) pour I'indiistrie nationale. Paris, 1820. —M. Sen^ . Rapporteur. 66. Comptes rendus de I'Academie de Lyon : savoir, celui de 1823 , par M. Beraud 5 1816, par M. Cochet^ 18; 6 , par M. Ballanche ; et pour 1831 , par M. Guil? lemet. Ly^jn, i822.0uatre broch. iii-8°. — M. Loraik, Rapporteur, 67. Setinpes publiqxies de I'Athenee des arts de Paris, j8i3-i823. In-S**. — M. FoissET , Rapporteur. 68. Societe rovale d'agricultiire de Lyon 5 compte rendu des travaux depuis le i^*^. mars 1821 jusqu^au i.^'"avril 18225 par M. Grognier. — M. Mokland, Rapporteur. 69. Rapport snr les travanx de la Societe royale et centrale d'agricnlture 5 par M. Silvestre. jO. Seance publique de la Societe royale de mede- cine, chirurgie et pharmacie de Toulouse, i5 mai 1823. — M. Antoine , Rapporteur. 71. Seance publique de la Societe academique de JMantes , i822. — M. Salgues , Rapporteur. ^1. Rapports faits a la Societe royale d\igriculture dans sa seance publique du 6 avril 1823. In-8.'' 55 pag, 73. Bulletin de la Societe d'agriculture , etc. du de-? partement de I'Eure. N.° 7. Juillet 1823. 74. Rapport fait a la Societe royale et centrale d'agri- cnlture 5 sur le concours pour les memoires et obserA'a- tions-pratiques de medecine veterinaire. Paris, 1821. In-S**. — M. Grasset , R^apporteur. 'j5. Compte rendu des travaux de la Societe royale d'agriculture , liistoire naturelle et arts utiles de Lyon , depuis le 13 mars 1820 jusqu'au \.^{ marg 1821 j par { 298) M. L. F. Grognter. Lyoti , 1821, Iji-S" ; 270 p. fig. •— IVI. MoRLAND , Rapportevr. 76. Expose historique et statistique des travanx de la Socicl6 d'emulation et d^agriculture de TAin , aniiees 3819611820. Bourgj 1821. Iu-8''. — M. GiKAULT, liapportcur. 77. Sociel^ des sciences medicales du departenient de la Moselle, seance generale. Juillet 1821. Metz.In-8'^. •— 7? apporteur , M . d' A v mont. 78. Memoircs publics par la Societe royalc et cen- trale d'agricuhure , annee 1822. T. 1 , iu-8''.— M. de GouvEXAiN, Rapporteur. •jg. JMcmoirs of the astronomical society of London. Vol. the first.— London, 1822. In-4.°— M. d''Aiimont, Rapporteur, 80. Journal d'Agriculture , lettres et arts, redigo par des membres de la Societe d'emulatlon et d'agriculture du departement de I'Ain. (Aout 1821, — juin i823).— » ]MM. IMasson et Bonnet , Rapporteurs. ENVOIS DIVERS. J . Annales europeennes de physique vegetale. T. 2; 5 , 6 , 7 , 8 , 9 et 10^ livraisons. — MM. Grasset et MoRLAND , Rapporteurs. 2. Memoire sur les Cours d'eaux et canarix d'arro- sage des Pyrenees Orientales 5 pi»r M. Jaubert de Passa. Paris , janv. 1821. In-8°, 3ii pag. et ilgur.— M. Gk asset, Rapporteur. 3. Blbliothequeuniverselled'ngriciilture. Juill. 1821. Vol. 6. /\. Chefs-d'oeuvre dramntiques de Voltaire, acconi- ( 299 ) pagn^s de prefaces et Je notes historlqyes; par M. Le-* PAN. OEdipe , tragedie avec des chceurs , representee pour la premiere fois le 18 novembre ayiS. In-8°. ; 166 pages. 5. Observations sur I'appareil Tinificateur de Mll^, Gervais , suivies de reflexions sur son opuscule ; par M. Delavau j proprietaire. Bordeaux, 1821. In -5** 5 J 64 P'lg- — M. DE GouvENAiK , Rapporteur. 6. Ouelqucs reflexions sur Part de faire le vin , de ■le decuver ; par M. V. Toulouse. In-8°; i5 pag. 7. Observations sur la Pliysiiilogie vegetale etsur le, systemepbysiologiquedeM. AubertDupetitThouarSj membrede I'Acad. des sciences, etc. par M. Feburier, In-8.°; 79 pag. 8. De Ja Variole on petite verole et de la vaccine 5 par Marie-( harli? 5ai les de Valognes. In-12, 1821 . — M. Protat , Rapporteur. 9. Rapport sur i'appareil vinificateur de MU^. Ger- Tais , au nom d'une Commission speciale k Lyon 5 par M. J.-F. Tekme , docteur en medecine. Ly-on, 3822, In-S". — M. DE Gouvenain , Rapporteur. JO. Memoires sur la Charrue consideree princi.pa- lenient sous le rapnort de la presence ou de I'absence de Pavant-train, par C.-J.- A. MATHiEU de Dombasee, correspondant E Morogues. Orleans, 1823. In-li.° Rapporieiir ^ M. Amanton. aS.Bibliotheque universellcj juin 1821 — juillet i823^ Geneve , in-8°. 29. Annales de pliysique etde chiinie, Janvier 1822-^ aout 1823. Paris, in-8°. 30. Bulletin general des annOnces scientifiques pdr M. le baron de Ferussac. 3i. Notice sur les antiquites trouvees a Cailly par M. Levi ie jeune. Rouen, 1821. Rap. M. Girault- S: LISTE Des memhres dc V Academle dcs sciences ^ arts et belles-lettres de Dijon, JuiN 1824 (i). PROTECTEUR. Son Altesse Sekenissime Monseigneur 1e dug de bourbon , PRINCE DE CONDE, BUREAU. President : M. Barbier de Reulle ^, Presitlent de Chambre a la Cour royale. Vice-President : M. Antoine, Docteur Pn iTiedecine« Secretaire : M. Peigxot , Inspecteur de PAcademie rovale universitaire. Secretaire- Adjoint : M. Foisset , Avocat. Sibliothecaire-Garde des Mcdailles: M. C.-N. Amak- TON ^ , Conseiller de Prefecture du departement de la C6te-d'0r. (i) Aux termcs des nouveaiix statuts ile rAca, M. Berthot *, Inspecteur-General de I'Universite de France, Recteur de I'Academie royale universitaire de Dijon, Doyen de la Faculte des Sciences et Pro- fesseur de Mathematiques a la meme Faculte. ( CI, des Sciences), 7 Juillct i8o3. M. Protat, Docteur en raedecine. (CI. des Sciences et CI. des Belles-Lettres). 7 Juillet i8o3. M. Devosge , Directeur de I'Ecole des Beaux- Arts, et Professeur de peinture a la meme Ecole. (CI. des Beaux-Arts). 11 MarsxZod. M. GuicHARD, Pharmacien. (CI. des Sciences). 21 Janvier 1807. M. Proudhon , Batonnler de I'Ordre des Avocats , Doven de la Faculte de Droit. A. L. ( CI. des Bel- les-Lettres). ij Juin 1807. M. Couturier, Professeur de Rhetorique au College royal. (CI. des Belles-Lettres.) 8 Juin 1808. M. Masson-Four, ancien Pharmacien. ( CI. des Scien- ces). 12 Avril 1809. M. Travisini , Maitre de Chapelle de la Cathedrale. A. L. (CI. des Beaux- Arts). i4 Juin 1809. M. Mathieu , Ingenieur-Arcliitecte. ( CI. desSciences et CI. des Belles-Lettres ). 7 Avril i3i2.. M. Peignot, Inspecteur de PAcademie royale univer- sitaire ) charge par commission temporaire des fonc- ( 3o7 ) tioiis ^e kecteur. ( Ci. des Belles-Lettres). 8 De-^ cembre 18* 3. M. BoRNiER , Professeur de Sculpture a I'Ecole des Beaux-Arts. (Cl.deijBeaux-Arts). 6 Septembre 181 5. M. Gueneau-d'Aumont, Secretaire de la Faculte des Sciences, Professeur de physique a la meme Faculte et au College royal. (CI. des Sciences et Gl. des Belles-Lettres ). 24 Janvier 1816. M. GuENEAu DE MussY # , doyen de la Faculte des lettres , Professeur de litterature grecque o.o. M. CosTE , ancien Secretaire perpetuel de I'Academie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Ecsan- con , a Besancon. 26 Juillet 1809. S. S. le Comte Daru (G. C. * ), Pair de France ; de i'Ordre royal et militaire de I'Aigle-Blanc de Fologne; comraandeur de i'Ordre de Saint-Henri , de ^^yic 9 Membre de I'Institut (Academic francaiae ), etc., a Paris. IX Avril \.^o\. (3io) M. Delcros ^ ) Capitaine de premiere classe au Corps royal des ingenieurs geographes, Employe aux ope- rations de la Carte de France , a Paris. 29 Novemhre 1820. M. Desfontaines ^, Membre de I'Institut ( Academie des Sciences ), Professeur de botanique au Jardin du Roi , a Paris. 3 Juillet 1 798. M. le Baron Denon (O. * ) , de POrdre de Ste-Anne, de deuxieme classe , de Russie ; Membre de I'Institut ( Academie des Beaux-Arts), a Paris. 3 Juillet 1 798. M. le Baron des Genettes ( C. i# ) , JVledecin en chef des armees, Membre du Conseil de sante au Minis-^ tere de la guerre, a Paris. 14 Nlars, 1810, M. Desvignes , Maltre de Chapelle de I'eglise metro- politaine Notre-Darae de Paris, etc., aParis. 26 Avril 1820. M. Du Chanoy #, Docteur- Regent de I'ancienne Faculte de Medecine en I'Universite de Paris, etc. 3 a Paris. 11 Mars i779» M. le Comte Francois de Netjfchateau ( G. * ), Membre de I'Institut ( Academie fran^aise ) , Vice= President de la Societe royale et centrale d'Agricul- ture seant a Paris , etc. a Paris. 18 Janvier 1765. M. Fremiet-Monnier , a Bruxelles. 4 Mai i8o5. M. GiBELiN , Docteur en medecine , Secretaire perpe- tuel de la Societe des Amis des sciences , des lettres, de I'cigriculture et des arts d'Aix ( Bouches-du- Rlione), a Aix. 12 Novemhre 1809- M. Gxsss. {Stephano)^ Correspondant de I'Institut royal (Academic royale des Beaux-Arts), a Naples, 5s^ ^Qv^mbre 1805. (3ii) M. GuiLLATJME J Juge au Tribunal de premiere ins- tance de Besancon , Secretaire-Adjoint de PAcademie royale des Sciences, Belles -Lettres et Arts de cette ville , a Besancon. 22 Mars 1820. M. Guillemot ^, ancien Ingenieur en chef des Fonts et Chaussees, a Paris. 3 Juillet 1798. M. I'Abbe Hemmer , Secretaire perpetuel de la Societe meteorologique , etc. , a Manheim. j3 Novembre 1783. M. Hernandez , Professeur a I'Ecole de medecine navale J a Toulon. 4 Janvier 1809. Sir Herschel (J.-Fr.-W.), de la Societe royale de Londres , de celles d'Edimbourg et de Getting , Se- cretaire de la Societe astrononiique de Londres , a Londres. 7 ^out i^ii. M. le Chevalier Huzard ^ , Chevalier de I'Ordre de Saint-Michel , Membre de I'Institut (Academic des Sciences ) , Inspecteur-General des Ecoles royales veterinaires, etc., a Paris. 22 Aout 1798. M. Jacotot, Professeur de litterature a I'Universite de Louyain. 22 Aout 1798. JVI. KuHN, Professeur d'anatomie a Leipsick. 26 Jan- 1 vier 1792. JVI. Angus te de Labouisse , Horames de lettres a Cas* telnaudary. 26 Mai 1824. M. le Chevalier LANDRiANi,a Milan. 21 Juillet ij^S. M. deLasalette # , Marechal-de-Camp d'Artillerie , a Grenoble, i^*" Mars 181 5. M. Leearbier aine, Membre de I'Institut (Academie royale des Beaux- Arts), a Paris. 11 Avril i^oj\. M. le^Chevalier Lenoir ^ , Administrateur des mo- ( 3l2 ) numens de I'eglise royale de Saint-Denis, de la So- cieteroyaleacademiquedes Sciences de Paris, a Paris. ^ Decembre 1818. M. Lesage , Inspecteur des Ponts et Chaussces , a Va- lence. 21 Janvier 1807. M. Lesueur * , Chevalier de I'Orrlre de Sainl-Micliel, Surintendant de la musicpie de la Chapelle du Roi , Membra de I'lnstitut ( Academic des Beaux-Arts ) , a Paris. 26 Juillet 1809. IVI. le Corate Maret *, ancien Conseiller d'Etat , a Paris. M. Martin, Docteur en niedecine, ancien President de I'Academie de Lyon, a 19 Fevrier 1812. M. Masuyer , Docteur en medecine , Professeur de chimie medicale a la FacuUe de medecine de Stras- bourg, 23 Decembre 1784. fA. I'Abbe Mermet, ancien Censeur des etudes, etc., a Saint-Claude. 29 Avril i^ii, M. MoLEEVAUT , Membre de I'lnstitut (Academie des Inscriptions et Belles-Lettres ) , a Paris M. Parkes (Sam.), Membre de ['Institution royale de la Grande-Bretagne , de la Societe linneenne, et da la Societe geologique de Londres. 24 Juillet 1822. M. Persoon , 3 Decembre 1823. i\l. Petitot ^, Conseiller - Secretaire - General du Conseil royal de I'Instruction publique , a Paris. 18 Janvier i8o4« M« Planche , Pharmacien, Membre titulaire de I'Aca- demie royale de medecine , a Paris. 24 Fevrier i8i3. ]^], PoYET , Arthitecte de la Chambre des Deputes et (3.3) de la ville de Paris , Membre de I'Instltut ( Acade- mie des Beaux-Arts), a Paris. 9 Juillet 1789. M. QuATREMERE DE QuiNCY ( O. ^ ) , Chevalier de rOrdre de Saint-Micliel , Membre de I'Institut ( Aca- demies des Inscriptions et Belles-Letties et des Beanx- Arts), Secretaire perpetnel de celle des Beaux- Arts , a Paris. 8 Aout ^821 . M. Radet, Homme de lettres, Pensionnaire du Roi , a Paris. \?> Novembre 1802. M. le Chevalier Riboud pere #, President honoraire a la Cour royale de Lyon 5 Correspondant de I'Insti- tut (Academic royale des Inscriptions et Belles- Lettres), de plusieurs Societes savantes regnicoles et etrangeres 5 Secretaire perpetuel de la Societe d'emulation et d'agriculture de I'Ain, a Bourg. j8 Janvier 1 781 . M. Saissy, Docteur en medecine , aLyon. 20 Novem- bre 1811. M. Salgues (J.-B.), Homme de Lettres, k Paris. 23 Juillet 1823. M. SAMoioLowiTz , Docteur en medecine, de la Societe royale d'Edimbourg, etc., a Cherson. i5 Aout 1782. M. Seguier (O. 4i) , Prefet dn departement de I'Orne, a Alencon. 12 Juin 1822. M. SuREMAiN DE MissERY , ancicn Officier au Corps royal d'artillerie , de la Societe royale academique des Sciences de Paris, etc.,aBeaune. 23 Juillet 1789. M. le Chevalier Tessier^^ , [Chevalier de I'Ordre du Saint-Esprit , Membre de I'Institut ( Acad, royale des Sciences ) , honoraire de I'Academie royale de loedecine , etc. , h Paris, 3 Juillet i79S, ( 3i4 ) M. ThiebAud nE Berneaud , Sous-Bibliotliecaire k la Bibliothecjue Mazarine, a Paris. 4 Janvier iSi 5. M. Thouin *, Professeur-Administratevir au Jardin du Roi, Membre de I'Institut ( Acad, des Sciences), associe libra de 1' Academie royale de medecine , etc. , a Paris. 3 Juillet \ 798. M. le Clievalier Valentin ^t*, Chevalier de I'Ordre de Saint-Micbcl , Docteur en medecine , ancien Profes- seur et medeciu en chef des H6pitaiix francais en Araerique , associe nou residant de I'Academie royale de medecine , a Nancy. 18 Janvier i8o4« M. Van Mons , Professeur de chimie , a Bruxelles. 18 Janvier i8o4' M. Vaucher , Ministre du Saint Evanglle et Profes- seur de botanique , a Geneve. 6 Uecembre 1809. M. Vauquelin*, Chevalier de TOrdre de St. -Michel, Membre de PInstitut (Academie des Sciences ) , Pro- fesseur-Administrateur du Jardin du Roi, etc., a Paris. 2 Decembre 1802. ASSOCIES CORRESPONDANS. M. Ainiy (^rtAur) , Membre de la Societe linneenne, Secretaire de la Societe pour I'encouragement des arts, manufactures et commerce de Londres. 18 Mai 1818. M. Amoreux, Docteur en medecine, u Montpellier, J 5 Juillet 1 79<^' M. Arnaud Paine, Docteur en medecine , auPuy. i", Avril J 81 8. M. Artaud , Directeur du Miisec , a Lyon. \Z Janvier j8o8. (3,5) M. Audibeht-Caille , Docteur en medeclne, a Bar- gemont. 28 Juin 1809. M. Balme , Docteur en medecine, a Lyon. 4 Aout 1819. M. Baumes, Professeur ^ la Faculte de medecine de Montpellier. 23 Janvier 1783. M. Berriat-Saint-Prix , Professeur a la Faculte de droit de Paris. 1^*^^1^0/1811. M. BoucHARLAT, Homme de lettres , Membre residant de la Societe royale academique des Sciences de Paris. 5 Juillet 1820. M. Brugmann , Docteur en philosopliie , aGroningue. 27 Mars 1783. M. Brugnateeli , Professeur d'Histoire naturelle, a Pavie. 29 Novembre 1820. M. Brugnot , Regent d'humanites , au College de T'royes. 17 Juillet 1^11. M. Brunel , ancien Directeur de I'Academie de Be- ziersj a Beziers. i^"^ Mars 1792. M. Burard , ancien ingenieur des mines du Palalinat , etc. , a Paris. 18 Novembre 1802. M. Cadet de Vaux, Associe libre de la Societe royale et centrale d'agriculture , etc. j a Paris. 6 Janvier i8o3. M. CnAMPOLtioN-FiGEAC , Secretaire de la Societe des Sciences et des Arts de Grenoble , k Grenoble. 3 Avril 1808. ^, Chasle de Latouche, de la Societe des Sciences, . Arts etBelles-Lettresde Macon, a Belle-IsIe-en-Mer, 26 Mai 1824, (3i6) M. N. Chatillon, Homme tie lettrcs , a Paris. 24 Decembre 1823. M> CiiEzE , Docteur en niedecine, a Cliulon-sur-Sa6ne. 20 Aout J 823. M. CoiNDET, Docteur en mddecine, a Geneve. 18 Te- inter 1818. M. Colby, Membre de la Societe royale , a Edimbourg. i8iV/.7/ 1818. M. CoLLYER, Membre de la Societe philosopliique , a Londres. 28 Janvier j8i8. M. CxjRWEN , JMembre dii Parlement d'Aiiglcterre. 18 Mai 1818. M.DELAMARTiNEaine,de la Societe des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Macon, a Macon. 4 Aoilt 1791* M. Deluc (J. -A. ), a Geneve. 24 Juin 1818. M. Desgranges, Docteur en niedecine, a Lyon. j8 jlout 1791 • M. Desormes-Duplessis, Proprietaire manufacturier, ^ Verberie. i4 Ji^in i8co. M. Desprez a Paris. 2 De- cembre 1802. M. Devilly (L.)j Membre de plusieurs Societes sa- vantes, a Metz. 23 Janvier 1822. M. DonwEL , a Londres. 14 Janvier 1818. M. Dubois, anciien Chef de division au Ministere de i'liiterieur , a Paris. 22 Aoilt 1798. M. Dlhamee •*, Membre du Conseil general des mines, Inspectcur-GiJneral , a Paris, ^^i Novcmbre 1802. M. FtRo^r J Docteur en niedecinej a Paris. 22 Alars 1816. ( 3i7 ) M. Feytou , Bibliolliecaire tie la vllle de LangreSj k Langres. \^ Aout ijf^S. M. Francols, ancieu Chirurgien de Ik Marine, a Auxerre. i4 Aoilt \'j^^. M. Gali,ot, Docteur en medeclne , ancien Depute anil Etats-Generaux, a Saint Maurice-ie-Girard. 29 Jan." 'vier 1789. M. GouLET J Architecte , a Paris. 21 juillet i8o3. M. Gregory ( Olinthus) , Meinbre de la Societe phi- losophiqiie de Londres, a Woolvich. 1^ Janvier \^\i, M. Grognier, Professeur a PEcole royale d'Economie Iruraleveterinaire de Lyon ; Secretaire de la Society royale d'agriculture , histoire naturelle et arts utiles de la meme ville, a Lyon. 16 Mars 1821. M. Grunwald, Chevalier du Lyon belgique, Docteur en medecine J a Bellevaux, pres Bouillon. \\ Avril 1782. M. DE Haldat , Docteur en medeclne, Professeur de chiraie , Secretaire de I'Academie des Sciences , Lettres et Arts de Nancy, a Nancy. 23 Alai i8o4- M. Hazard-Mirault, Secretaire-General de I'Athe- nee des arts , etc., a Paris. 27 Janvier 1819. M. HuBAUD , de I'Academie de Marseille, a Marseille. 5 Juillet: 1820. M. HuRTREL d'Arboval , Amatcur de Part veteri* naire , a Montreuil-sur-Mer. i^*^ Mai 1816. M. Lacoste DE Plaisance , Professeur de physicjue et d'histoire naturelle , k Clermont-Ferrand. 22 Avril 1807. M. liAMOUHEUx (^Justin) ^ Substitut du Procureur du ( 3i8 ) Roi pies le Tribunal de premiere instance, a Nancy; 24 u4out I S08, M. Larche , Docteur en medecine , k Paris, 9 Mai 1821. M. Lavallee , ancien Secretaire da Musee , a Paris* 1 1 Avril 1 8o4» M. Legrand # ( C. # ".. Marechal-de-Camp du Corps royal du genie, en retraite, a Vosne pres Nuits. aS Novembre i8o4« M. Lemaistre #, ancien Inspecteiir- General des poudres et salpetres, a La Fere. 18 Novembre 1802. M. Lombard, de la Societe royale et cen.rale d'agri- culture, a Paris. i3 Janvier ij85. M. Maleet-Butini , Homme de lettres, a Geneve. i5 Juillet 1 790. M. Maquart, Homme de lettres, a Paris. 29 Novem- bre 1820. M. Marchant , Docteur en medecine, de I'Academie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Besan* con , a Besari^on. 4 Fevrier 1 800, M. Matthey, Secretaire de la Societe de Medecine j a Geneve. 32 Mars 1820. M. MoNTFALCoN , Docteur en Inedeclne , a Lyon. 16 Avril 1823. M. Cesar MoREAu , Eleve vice-consul de France en Angleterre, a Londres. 12 Novembre 1817. M. MoREAu de Jonnes *, Coirespondaiit de I'lnsti- tut (Acadenjie royale des Sciences) , elc. , a . . . . » 26 Novembre 1817. M. Naville , Docteur en medecine, au Bourgneuf. 30 Aoiit 1823. (3.9) M. Opoix , Inspccteur des eaux minerales , a Provins« 9 Avril \j'lo. M. Perolle , Professeurd'anatomie J a Toulouse. 19 Jul/ let ij^'2.* M. Edouard Petit, Docteur en medecine j a Corbeil. 19 Aout 1818. M. Petitot, Statuaire , a Paris. ^?> Decembre 1802. M. Pettitgrew , de la Societe plulosophique , a Lon- dres. 28 Janvier 1818. M. PicQUET , Docteur en medecine , decore de la grande medaille d'or du Merite-Civil d'Autiiche 5 etc., a Saint-Claude. 12 Decemhre 1804. M. Ponce, Graveur, a Paris. 21 Juillet 1800. M. Ramet, Sculpteur, a Paris. 24 Aout i8o8. M. Raymond , Prefet , et Professeur de matliemati- ques speciales an College royal de Chambery 5 de PAcademie royale de Turin , de celle de Goettingue, etc. , a Chambery. 17 Juin 1807. M. Regnier # , Conservateur du dep6t central d'ar- tillerie , a Paris. 8 Fevrier i8o4' M. Revoeat, Docteur en medecine, a Bordeaux. 16 Mars 1808. M. Richard de la Prade , Docteur en medecine , Professeur de medecine clinique, a Lyon. 10 Aout 1808. M. Richerolle, Professeur de rhetorique, a Avalon, 22 M^ars 1820. M. Rochet, a Villey-sur-Tille. 3o Novembre 1798. M. Eusebe Salverte , Homme de lettres , a Paris. 3 Aout 1801. M. SiLVESTRE ^, Secretaire perpetuel de la Societe ( 320 ) roy.ale et centrale cragriculture , a Paris. 8 Janvief i8o3. Sir John Sinclair, Baronnet, fondateur de la Societe d'agriculture de Londres, a Londres. 19 Aout 1818. IVl. TtzENAs (de Montbrison), Homme de lettres , a Paris. 22 Aout 1821. M. Thomas , Secretaire de la Societe medicale de la Nouvelle-Orleans. il\ Decembre 1823. M. Thomassin (O. ^ ), Docteur en medecino, anclen Chirurgien en clief des armees, aBesancon. 11 Aoui 1783. JVI. TouRNON, Docteur en medecine j a Toulouse. 29 Avril 1 8 1 2 . M. Waisse , Inspecteur des postes , au Mans. 23 No*- vembre 1808. NoTA. L'Academie etant dans ^intention d'aJo\itef desormais exactement, au nom de chacun de ses Mem- bres residans, non residans , et de ses Associe's corres-^ pondanSf ses litres academiques et autres, les personnes inscrites dans la presente Liste sont invitees a mettre la Compagnie dans le cas de remplir cet objetj par I'envoi de la notice de ces litres a son President. im ^< ■* >i ■■■ M— I , ■ . " ■ I II- ■-.... ■ - ■ ' ' ■! - I ■ _ .1 ij -n TABLE DES MATIERES. U Tscou RS d'ouverture de la Sdance publique du 23 aoilt i823 Page 5 COMPTE RENDU. Partle des Sciences , redigf^e par M. Du- RjiNJOE, . i » * . . . i8 CHIMIE. Analyse nvuvelte de la scille , par M, TiLLOY. . . • * ^^ l^ouvelles expdriences sur la bile , par M. Sbne. 1.6 * — sur lesjerinens , par Mi Colin. . . 3o MEDECINE. Observation sur le Prurigo formlcans , par JSl. Sjlgues. . ♦ 33 - — sur un calcul intestinal ^ par le meme . * 3^ — sur un singulier phSnom^ne de menstruation y par le meme. ..... 38 — sur le caractkre contagieux de I' ophtalmie 3 par le meme. ..... 3^ '— sur une nouvelle cause de rupture du tendon d' Achille , par le meme. . 4^ . — sur V ablation d'une paupi^re iu' ferieure affectee d'un vice cancereux, par le meme. . — - sur unfait de double vaccination, par M, le Docteur Desgrjnge , » . ^j <* ( 322 ) 3ur le tetanos amSricain , par M, Lachatse ...,.., 4? •■ — $ur une affection aphteuse trait Je par M. .RjECAMiER, ..,.,.».. 4^ GEOLOGIE. J^Ie moire de M. Deluc , sur les osfos- siles et sur la chaieur de la terre. , 49 MECANIQUE. J\I^moire de M. Gueijf.au d*Aumont, sur un nouveoji perfectionne merit du pendule trouve par M. Verneuil , Horloger a Dijon.. . . . , 5o J'artle des Lettres , redigee par M, FOJSSET. .....,,., ^9 ANTIQUITES. ARCHEOLOGIE. Autel du Dleu Mars , a Jignay-le-Duc 65 Tombeaux d'Aignay. ^^ Jiecherches sur L'ancienne ville de ha- tiscon , pres de Chdtillon-sur' Seine. 68 J^as-relieftrouv^ a A Use , par M. Ma- THJEU 69 f^ouvelles fouilles d'Alise 71 Projet d'un Musee arch^ologique a Dijon. 74 NUMISMATIQUE. Mdmoire sur les moyens de reconnoitre la falsification des Mddailles anti- ques en argent) parM. dm CjiARHEY. 76 ANTIQUITE RELIGIEUSE. B.approchemens entre les traditions pro-^ jan^^ les plus anciennes et les tradi- ( 323 ) tions bibliques ,par M. Foisset, . , Bi PHILQLOGIE. Dicouvertes de M. Champollion sur Pecriture hieroglyphique, .,,... 91 Sur une edition d'Hom^re , par M. Knight 95 j^emarques sur Le Tacite de M, Le- maire^par M* Seguier 99 HISTOIRE. HISTOIRE POLITIQUE. Des Ubertds de I'ancienn^ France y par M' Lorain ,..,,.... loo CRITIQUE HISTORIQUE. Legitimite de L" avenement de Hugues Capetalacouronne ypar M. Foisset» 110 BIOGRAPHIE, Notices par MM. Girjult , Aaianton et FoisSET, . ............ 118 PHILOSOPHIE. Rapport sur la doctrine de M. de la Mennajs , par M. Riambourg, . . 120 (Voy. le texte meme dii Rapport, pag. i85. ) UTTERATURE. Epitre a M, de Chenedole , par M. le marquis d'Arraud-Jouques 1226 ( Voy. plus bas , pag. 221 . ) Ode a Louis XIV, par M. Brugkfot. . 124 Chant guerrier d'un Eduen , par le m^me . 126 Traduction du recit d-Ugolin , par le (324) jlf^ditaiion po^tigzie J ^a.r\e meme, '.' . iSl Ode sur La Qr^ce , par le me me. . . . i33 CONCOURS POUR 1823. Rapport sur les Mdmoires de chimie envoyds au concours , par M. Sene. iZj Rapport sur Le concours ouvert sur la question de l^Autorite , par M, FoissET, . .142 Noms des Concurrens qui ont obtenu Les deux accessits 184 Rapport de M. Rijmeourg sur La refu- tation qu'afaite M. de Missery du s^ Sterne de M, de la Mennais. . ; . i85 POESIE. Epitre a M. de ChSnedole surLa mora- lity du Poete , par M, Le marquis n'ARBjuD-JouqvES, * 22I La ChapeLLe des Bois ^ id^LLe ^ par M. Brugnot, » ' 232 NECROLOGIE. Eloge de Sir JosepJi Bancks , par M, UURJNDE 2,37 J^otice sur M. Volfius 266 — surM. Caillet 271 — sur M. Prudhon 272 — surM. GiRAULT * 275 Catalogue des Livres envoy cs h, L' Aca- demic , du 24 aoilt 1821 au 24 aotlt 1823 28a histe des Membres de tAcadcmie, . . 3oa